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Angela Dupraz

#87 CHANGEMENT MAJEUR DE PARADIGME

  • 21 avr.
  • 9 min de lecture

  • Nouveau regard sur l’étiologie


Finalement derrière le symptôme nous avons la pulsion de Vie à l’œuvre et quand celui-ci surgit, c’est que le processus de « sanatogénèse » (et non de pathogénèse) se met en marche !

Il est difficile alors de parler de psychopathologie là où un être va vers un rétablissement de sa santé psychique à travers son symptôme. Il ne s’agit donc plus de guérir une pathologie, mais d’accompagner un processus en marche vers la santé. Ce processus étant souvent laborieux et difficile à réaliser, c’est là qu’intervient le rôle du praticien, tel un « accoucheur » de la psyché.

Le propos est ici vite résumé et peut sembler simple, mais en réalité le praticien devra œuvrer avec une infinie subtilité au milieu des nombreux détours que lui proposera le patient. Le propos peut aussi sembler incompréhensible aux yeux de quelques autres, tant le paradigme de la pathologie est ancré, et tant la souffrance du patient est parfois édifiante.

Nous retiendrons ici que le praticien devra ne pas tomber dans le travers de chercher à éradiquer une cause nuisible, mais devra plutôt chercher à réhabiliter une précieuse part de soi « venant au monde ».

Finalement ce que l’étiologie considèrera comme cause n’est autre que la douleur éprouvée, suivie de la pathogenèse que représente le processus mis en place par la pulsion de survie lors du trauma. La cause et le processus sont donc d’origine interne.  L’ensemble produit une mise à l’écart, un clivage au sein de la psyché*. C’est cette fracture qui peut être considérée comme étant « la pathologie ».

*Qu’il s’agisse de la mise à l’écart d’une part ressource ou d’une part blessée


Puis la pulsion de Vie récupère et protège (dans l’inconscient) ce qui été séparé, et met en place un projet de réhabilitation ultérieure (qui se fera après un temps de « gestation »). Ce projet se manifestera à la conscience avec l’émergence de symptômes (« sémiogénèse »), qui assurent ainsi le lien entre les parts évincées et la conscience. Nous avons là un processus de « sanatogénèse ».

 

  • Processus de « sanatogénèse »


En psychologie et en psychiatrie, habitués à considérer les symptômes comme des pathologies, nous oublions parfois qu’ils ne sont que des « signes » et non les maladies elles-mêmes. Pourtant, le DSM est une nosographie sensée répertorier les psychopathologies ! Il liste des signes (étudiés statistiquement) pour savoir si on a un trouble anxieux phobique, ou un trouble des conduites signes alimentaires (par exemple de type anorexie mentale) ou un trouble obsessionnel compulsif… ou un tout autre trouble (la liste est longue). Malgré la somme considérable de travail et de rigueur statistique qu’il a demandé, il ne fait en réalité que répertorier des … pour aboutir à des symptômes… sans pour autant nous éclairer, ni au niveau de l’étiologie (ce qui s’y trouve dûment explicité en avertissement), ni concernant la pathogénèse, ni même vraiment sur la nature de la pathologie correspondant au symptôme.

 Si quelqu’un souffre d’un trouble anxieux phobique, ou d’un trouble alimentaire nous avons là son symptôme dûment décrit dans le DSM (avec tous les indices et sous-indices, et même de précieux éléments de contextualisation ou de diagnostics différentiels). Mais quelles sont les pathologies associées à ces manifestations ? Nous voyons « ce qui se passe », mais pas vraiment « pourquoi ça se passe ainsi ».

Finalement, en psychologie et en psychiatrie, il arrive trop souvent que ce qui est nommé « psychopathologie » (maladie) ne soit le plus souvent que « sémiologie » (symptôme). Les thérapies qui en découlent visent alors trop souvent à « guérir le symptôme » et trop rarement à « guérir la maladie ».

A cette carence notoire nous ajouterons que le symptôme peut, en plus, ne même pas être associé à une pathologie, mais à un rétablissement en cours de l’état de santé mentale du sujet. Ce qui fait qu’il ne s’agit plus de se pencher sur une pathogénèse mais sur une « sanatognèse ».

Ce nouveau paradigme bouleverse la vision du praticien pour lui faire entrevoir une possibilité se situant à l’opposé de son décodage habituel (qu’il ne doit pas pour autant abandonner sur le plan biologique de la santé corporelle ou du somatopsychique).

 

  • Sait-on ce qu’est la psychopathologie ?


Si la pathologie de la psyché n’est pas le symptôme, alors qu’est-elle ? En effet, nous sommes tellement habitués à mélanger les deux termes qu’il peut sembler curieux de considérer soudainement qu’on n’a pas identifié ce qu’est réellement la psychopathologie. Dans certaines situations psychiatriques, quelques désordres neuronaux, quelques problématiques neurologiques ou de neurotransmetteurs, pointent vers des causes physiologiques qui sont bien identifiées par l’étiologie. Mais il s’agit là du cas corporel (où nous garderons cependant à l’esprit les éventualités psychosomatiques). Dans les situations « purement » psychologiques le mystère reste entier (même si nous y gardons aussi les éventualités somatopsychiques).

En fait, pour envisager l’idée de psychopathologie, il serait utile de voir où se situe le trouble ou le déséquilibre, où se trouve le « disorder » des américains. Il ne semble pas se trouver dans le symptôme quand celui-ci signe plutôt un retour à l’équilibre en train de se faire.


Si nous prenons la chaîne de cause à effet dans le processus complet, nous avons


1- un évènement pénible

2- auquel fait suite une souffrance éprouvée par le sujet

3- dont il résulte une fracture de sa psyché, un clivage (entre le Soi et sa part blessée ou sa part ressource évincées)

4- s’accompagnant aussitôt d’un projet d’intégration de cette part de soi dès que cela sera possible

5- dès que c’est possible un symptôme apparaît pour accomplir ce projet.


L’étiologie ne doit pas chercher la cause dans l’événement pénible (fausse « cause première »), mais dans la souffrance éprouvée quand celui-ci se produit, et dans le clivage qui en résulte.

 

Le processus de pathogénèse (survie, fracture) est suivi d’un processus de « sanatogénèse », qui ne provient pas non plus de l’événement douloureux initial, ni même de cette fracture de la psyché, mais du projet de réhabilitation qui se met en place aussitôt.

Où est donc alors la pathologie ? On pourrait sans doute la situer dans le clivage, la fracture de la psyché. Ce clivage n’a rien de psychotique, il permet simplement à l’individu de ne pas être ébranlé par ce « bout de soi trop douloureux » ou de ne pas « abîmer ce bout de soi ressource, encore trop fragile ». Ceci, nous l’avons vu, est l’œuvre de la pulsion de survie. Faisant ainsi, bien que générant une amputation de soi, elle permet un maintien suffisant de l’équilibre du sujet.

Extraordinaire intuition de Philippe Pinel (1745-1826) qui choisit de parler d’aliénés et non plus de fous, considérant que les patients étaient des êtres devenus « étrangers à eux-mêmes ». (« alien » venant du latin "alienare" signifiant « rendre autre » ou « rendre étranger »).

S’il y a pathologie quelque part, ce sera au niveau de la fracture. Mais même ici, cela est ambigu, car cette fracture a un rôle protecteur. Néanmoins nous pouvons dire « Solution de continuité de la psyché » pour évoquer cette fracture… et c’est cela que le praticien est sensé guérir (le mot « solution » signifie « fracture », ainsi qu’il est utilisé en médecine pour désigner les fractures osseuses : « solution de continuité du segment osseux »). Nous avons dans cette fracture de la psyché la vraie nature de la pathologie.

Comme le praticien en psychothérapie ne dispose ni de radio ni de scanner de la psyché, il devra avoir la compétence nécessaire pour repérer ces fractures à partir des symptômes que son patient lui présente.

Il importe de comprendre que cette fracture est généralement en cours de guérison quand le symptôme apparaît (donc quand le patient consulte) et le praticien se devra de l’accompagner par son rôle de médiateur entre le Soi qu’est sujet et cette part de soi qui lui revient à travers ce processus.

La psychopathologie consiste donc en la fracture de la psyché, qui se trouve produite par la pulsion de survie qui en assure la genèse suite à la douleur (c’est cela que doit considérer l’étiologie). Le symptôme, lui, sera produit par la pulsion de Vie dans un processus de « sanatogénèse », afin d’aller vers la réduction de cette fracture.

Résumons ce à quoi se rapporte chacun des termes en 7 étapes :

  1. Etiologie : étude de la cause, que nous trouvons dans la souffrance de la psyché face à une situation (et non dans la situation)

  2. Pathogénèse : ce sera ici le système de protection assuré par la pulsion de survie, générant la fracture de la psyché.

  3. Pathologie : elle se situe alors au niveau de la fracture réalisée par la pulsion de survie (en vue d’une protection)

  4. Sanatogénèse : la pulsion de Vie va produire des symptômes dans un processus de « sémiogénèse » (en vue de réhabilitation)

  5. Sémiologie : c’est la connaissance des symptômes à partir desquels le praticien pourra identifier la fracture.

  6. Psychothérapie : c’est le moyen par lequel un praticien assure la médiation au niveau de la fracture identifiée.

  7. Individuation : c’est le résultat auquel l’individu aboutit grâce à une plus grande intégrité de Soi.

Dans le cas de certaines blessures récentes, la pulsion de survie ne parvient pas à faire son œuvre de « mise à l’écart ». Le praticien n’est pas confronté cette fois à une médiation à effectuer, mais à une « fracture qui ne se fait pas », ne permettant pas alors au patient de « souffler un peu » en attendant le moment de la médiation, ni de « mettre à l’abri une part précieuse de lui ». Ici la pathologie vient du fait que la fracture temporaire ne se fait pas et la douleur actuelle envahit le sujet. Cela concerne les accompagnements en situations de crises, mais aussi parfois des situations anciennes où le patient à toujours l’impression d’être celui qu’il était lors du choc.

 

  • Les symptômes comme guides


Quand le patient consulte le praticien, ce dernier va partir du symptôme pour trouver le juste chemin.

Le symptôme est généralement conçu de telle façon qu’il reflète le ressenti de celui qu’était le patient lors du choc. Partant de la sensation actuelle, le chemin s’ouvre alors vers « celui qu’était le patient avec sa sensation antérieure ».

Ce chemin s’ouvre le plus souvent de « pattern » en « pattern »*, c'est-à-dire de sensation analogue en sensation analogue. En quelque sorte, le « senti » fait le « sentier ».

 

*Le mot « pattern » est un mot de psychologie venant de l’anglais signifiant « patron de couture », un peu comme si le sujet à partir d’événements différents réalisait toujours la même construction émotionnelle.

 

Au bout de ce chemin, le praticien se retrouve alors avec, face à lui, ces deux parts de la psyché séparées par la pulsion de survie. Ayant bien identifié cette zone de fracture, il va pouvoir en accompagner la médiation (il va « réduire la fracture » ou, si on veut plus précis, « rouvrir le contact »).

Cela se passe simplement, mais avec beaucoup de subtilités. En effet, pour se laisser entrevoir, la part de la psyché « en gestation » doit être assurée que le projet est bien de la rencontrer et non de s’en débarrasser. Tout se joue dans la posture et dans le projet du praticien, qui lui confèreront tel ou tel non verbal, signifiant au patient s’il est ou non en sécurité à ce sujet.

Un praticien qui cherche « une chose mauvaise à éradiquer » aura un non verbal signifiant un danger pour le patient. Ce dernier entrera en résistance pour ne pas laisser abîmer ce qu’il devrait « mettre au monde ».

Un praticien qui cherche bien cette fracture et la part précieuse de son patient à retrouver, mais qui au lieu de l’entendre et la « reconnaître dans son vécu » cherchera à la calmer, à la délivrer de son ressenti, représentera aussi un danger (celui de la nier). En effet, le ressenti s’apaise quand il est reconnu et non quand on cherche à le calmer.

 

Un praticien qui non seulement identifiera cette fracture mais aura pour projet « la reconnaissance de la part de soi concernée et de son vécu » dégagera un non verbal suffisamment signifiant pour sécuriser le patient (tant dans ce qu’il est que dans ce qu’il a été) et permettra à la médiation de s’accomplir assez rapidement.

 

Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Symptômes, des alliés méconnus de la santé », juin 2011.

 


« Sur le plan intérieur, une attitude très importante est de regarder très tranquillement ce qui se passe. Ce regard présuppose une attitude de recul. Il ne s'agit pas d'analyser, mais d'exercer ce regard de l'homme qui est engagé sans être accroché ; de l'homme qui regarde sans être saisi par ce qu'il voit. Arriver à ce grand calme qui embrasse la situation. Il ne faut pas confondre ce regard qui embrasse calmement une situation avec le regard distant de certaines personnes. Ce regard particulier est celui qui déchire le lien du moi qui a peur, du moi qui a une prétention, du moi qui veut sauver quelque chose. Ce regard détaché est à entraîner pendant l'exercice de la méditation. Parce que dans ce regard s'exprime la profondeur de l'intériorité de celui qui médite. Grâce à ce regard s'approfondit aussi, pendant la promenade qui suit l'exercice, l'intériorité des choses qui vous entourent. Tout ce que nous voyons est une intériorité secrète mise dans un état de mystère. C'est donc la surface des choses qui représente le mystère. On ne peut pénétrer ce mystère que grâce à cet autre regard. Le centre de l'être. » Karfield Graf Dürckheim

Psychopraticienne, mentor et formatrice certifiée en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins en thérapie déléguée en Suisse.


Bien chaleureusement, Angela Dupraz


Genève, le 21.04.2026


Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com

 

 
 
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