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Angela Dupraz

#26 INCONTOURNABLE DELICATESSE ET OUTRANCIERES PRECAUTIONS

  • Photo du rédacteur: Angela Dupraz
    Angela Dupraz
  • 19 août 2025
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 déc. 2025

La délicatesse est une qualité essentielle chez un praticien. Bien sûr elle l’est aussi dans notre vie de tous les jours, mais concernant un praticien, elle fait même partie de son professionnalisme.  Il convient cependant de distinguer délicatesse et précautions. La délicatesse est douceur existentielle, alors que de trop nombreuses précautions peuvent vite devenir une indélicatesse face la Vie.

 

L’ASSISE EXISTENTIELLE

La sensibilité hors de la fragilité

Prendre appui sur la Vie, c’est s’assurer d’une bonne base. On mélange souvent sensibilité et fragilité. Qui est sensible s’appuie sur la Vie et bénéficie d’une perception existentielle qui n’est pas que sensorielle… il bénéficie de plus d’assurance et n’est pas fragile.

Par contre, qui est émotif, loin de la réalité (donc non sensible à la réalité), n’accède qu’à du fantasmé qui le ravit ou l’effraie … et aussi, qui s’appuie sur sa force personnelle aidé d’une acuité seulement sensorielle et cognitive sera bien moins stable également, car leurré par diverses croyances techniques… il s’exposera à bien des déboires tout en dépensant une grande énergie. Cette énergie sera souvent investie pour que la Vie en lui, et en l’autre, ne se manifeste pas trop au niveau de ses symptômes ou manifestations.

La revue « Jusqu’à la mort accompagner la vie – JALMALV » me demanda un texte sur la résilience des personnes en fin de vie. Ce que je fis volontiers. En recevant le numéro concerné (N°101 juin 2010), j’ai été surpris, en dépit de la grande qualité de cette revue, par tous ces énoncés de différents auteurs, affirmant la fragilité des Êtres en fin de vie. En effet, les soignants travaillant dans ces services me disent souvent qu’ils trouvent plus de Vie auprès de ces personnes que dans la vie sociale… car les patients y sont particulièrement authentiques. Ainsi, ils ont moins d’énergie mais sont existentiellement plus vivants. Ce sont même souvent ces personnes en fin de vie, qui prennent soin de ceux qui les accompagnent, car ceux qui les accompagnent et qui sont en bonne santé, sont souvent plus fragiles qu’eux. Curieusement ces personnes en fin de vie touchent la Vie de plus près et bénéficient de plus de stabilité que ceux qui ne la voient pas avec cette acuité. Le Dr Jean-Jacques Charbonier parle même de conscience intuitive extraneuronale (La conscience intuitive extraneuronale – Ed. Guy Trédaniel 2017).

Seul l’appui sur la Vie donne l’assurance souhaitée. Bien sûr la force que nous engageons peut être très utile, à condition qu’elle soit conduite par une sensibilité à la Vie et non par des volontés de combat ou d’éradication. Être sensible, c’est être conscient de la Vie qui est en soi et qui est en l’autre. C’est se laisser toucher par elle, en éprouver de la réjouissance.


 

Un « Chez-Nous » familier

Les précautions viennent d’un appui excessif sur le « chez Soi », pour ne pas abimer le « chez l’Autre » auquel nous sommes aveugles. Ces précautions peuvent résulter, comme nous l’avons vu, d’un besoin de sécurité personnelle (éviter de fâcheux feedbacks), mais elles peuvent aussi résulter d’un profond désir de ne pas abîmer l’autre (on a conscience de la nécessité du respect, mais on n’en a pas les moyens).

Il y a les spécificités de chacun, que nous découvrons au fil d’un échange, et nous ajustons notre pas à chaque pas, selon ce que l’autre nous révèle, sans rien préméditer. Notre guide, notre socle, notre assurance ne viennent pas d’une force personnelle, ni d’une capacité prédictive, mais d’une sensibilité à ce qui se passe à chaque instant… et surtout d’un appui sur ce « chez Nous » d’Humanité. Il ne s’agit que d’ajustements qui s’accomplissent en partenariat avec l’Autre, au fur et à mesure de l’échange, spontanément.

Ce « Chez-Nous d’Humanité » est un curieux « endroit » (qui n’est pas un lieu) dont nous ne savons rien, mais qui nous est profondément familier.

Outre Carl Rogers, qui nous dit que ce qui est le plus intime est ce qui est le plus commun à tout le monde, Jean Decety (professeur de psychologie et de psychiatrie à l'université de Chicago), nous propose : « L’empathie est fondée sur notre capacité à reconnaître qu’autrui est semblable à soi, mais sans confusion entre soi-même et l’autre. »

Il s’agit donc pour mieux se rencontrer d’avoir d’une part cette notion du « semblable » (le « Chez-Nous d’Humanité ») et d’autre part ce « différent » (le chez Soi de chacun qui nous rend distincts). Être distincts sans être distants peut nous conduire à cette délicatesse et à cette assurance.

C’est là que tout se joue entre deux Êtres. C’est là que se trouve la base qui permettra tout le reste. C’est là ce qui engendrera la délicatesse authentique, libre des outrancières précautions qui ne seraient qu’une insulte à cette humanité qui est en chacun.

 

Oser y être

Le « Chez-Nous d’Humanité » ! Un « endroit » non spatial, « familier » mais inaccessible au savoir. Quoi que tangible, il ne se « touche » qu’en dimension de « connaissance », en proximité et en intuitions. Une sorte de résonnance entre l’autre et soi qui fait qu’on trouve non seulement le « semblable » en lui et en nous… mais aussi que rien de nos différences n’en sont altérées, ni dans le « chez-Soi », ni dans le « chez-Lui ». A la fois vaste et cosy, autant libre que chaleureux, comme une sorte de « Maison retrouvée », mais dont l’intimité est à la dimension de « l’Univers », qui s’offre à nous en chaleureux environnement.

La connaissance est existentiellement expériencée, alors que le savoir est cognitivement organisé. Ce « Chez-Nous d’Humanité » vient toucher ce que nous cherchons plus que tout au monde : l’Humanité de l’Autre, et l’Humanité de Soi. Comme le dit Abraham Maslow : c’est ce que nous cherchons plus que tout au monde, mais ce dont nous avons le plus peur. Oser y être, c’est un peu passer outre nos craintes, nos croyances, nos réflexes, nos automatismes… pour nous laisser aller là où la Vie nous appelle. Aucunes peurs quand on y est, mais que de craintes pour oser y aller !

Oser y être ! Là est la question. Découvrir, au-delà de la première crainte, qu’il ne s’y trouve aucun risque, que la source de nos compétences s’anime, que nous y sommes avec ce que la Vie a de plus intime, de plus inestimable et de plus vaste, de plus différent et pourtant de plus sécure, de plus riche.

Oser y être nous permet spontanément une si grande délicatesse qui donc ne nécessite aucune précaution.

 

La Vie appelle la reconnaissance

La Vie qui habite chacun appelle de la reconnaissance… pas de la pitié ! A force de précautions, tout se passe comme si sa dimension était niée, tant en l’Autre qu’en Soi. Les émergences venant de notre interlocuteur invitent à cette reconnaissance, même si cela ne saute pas toujours aux yeux. Souvent nous interprétons ces manifestations comme des sources d’inconfort ou des menaces, ou comme des besoins d’aide, ou des fragilités. Mais la Vie ne fait que tenter une émergence dans l’espoir d’être rencontrée, vue, reconnue, comprise. Dans l’espoir de susciter une attention qui lui donnera une place. Toujours en constant apprentissage, elle s’exprime bon gré mal gré dans un environnement qui ne sait pas la voir, la rencontrer, lui faire confiance.

Les attaques et les indélicatesses viennent la blesser, mais aussi les précautions qui la sous-entendent fragile ou insuffisante. En attente de l’émerveillement de celui qui, en charis (dans le sens « touché par la grâce de l’autre ») saura la voir, la Vie erre de conversations en conversations, d’idées en idées, de conflits en conflits, de précautions en résistances… et de temps en temps trouve une clairière existentielle où son côté lumineux est perçu et validé, quand bien même elle ne sait pas encore le montrer librement.

La Vie est source d’émerveillement. Et cet émerveillement n’est pas concerné par les précautions. Ce qui est brillant va éventuellement nous étonner (puis induire fascinations, méfiances et précautions), ce qui est lumineux va toujours nous émerveiller (et ne nécessite pas de précautions). Ce « Chez-Nous d’Humanité », ce « Chez-Nous de la Vie » nous est familier et ne nous étonne pas, mais à chaque fois qu’on le contacte, nous en éprouvons de l’émerveillement. Dans les textes des philosophes grecs, le verbe grec Thaumazein (θαυμάζω), est traduit en français tantôt par « s'étonner », tantôt par « s'émerveiller ». Or ces deux mots ne signifient pas la même chose : l’étonnement est cognitivement (intellectuellement) une surprise alors que l’émerveillement est existentiellement (ontiquement) une rencontre. Par exemple quand un enfant naît, on est émerveillé (face à la Vie), mais pas étonné (on attendait un enfant, et c’est bien un enfant qui est venu au monde). Nous ne pouvons qu’être surpris qu’une telle nuance n’ait pas été pointée ! 


« Tous, nous lançons des appels, encore et toujours, par-dessus les gouffres insondables qui nous séparent… » David Grayson

 

Juste être avec la Vie

Cette spontanéité est rendue possible par le fait que le praticien est simplement avec la Vie en déploiement ou en remédiation, avec la Vie en train de venir au monde ! Il est placé dans une sorte de « Chez-Nous d’Humanité » qui n’est ni chez Soi ni chez l’Autre, qui est familier à chacun en dépit du fait qu’on n’en sache rien (non accessible par le savoir). Cette spontanéité est rendue possible aussi par le fait que le praticien n’interprète pas la situation en termes de psychopathologie, mais en termes de pertinences à l’œuvre, dont il accompagne la réalisation.

 

Il n’est que le facilitateur d’une chose en cours que la Vie réalise à travers ce symptôme. Si la Vie comporte un côté « sacré » (il n’est pas question ici de religion), le respect de ce « sacré » passe par la spontanéité et non par des protocoles alambiqués qui seraient en quelque sorte sacrilèges (sous entendant par ces précautions la pauvreté de la Vie). Un partenariat tout en humilité, en connivence, en confiance, qui conduit le praticien à avoir un parler simple et franc, tant avec le patient qu’avec les Êtres émergents qui surgissent lors de la séance.

 

Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Incontournable délicatesse et outrancières précautions », septembre 2018


« Notre devoir le plus impérieux est peut-être de ne jamais lâcher le fil de la Merveille. Grâce à lui, je sortirai vivante du plus sombre des labyrinthes. » Christiane Singer

 

Je vous propose des consultations individuelles ou en couple en présence au Cabinet Aliotis à Genève ou en distanciel.

Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 8 personnes).

Bien chaleureusement, Angela Dupraz

Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com 

 

Genève, le 19.08.2025

 
 
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