#72 PARENTIFICATION DE L’ENFANT
- Angela Dupraz

- 21 janv.
- 7 min de lecture
Boris Cyrulnik, médecin neuropsychiatre, psychiatre et auteur qualifie la parentification (ou adultisme) de « mécanisme de défense » et de « stratégie relationnelle coûteuse ». Cela consiste, pour l’enfant, à « apprendre le déplaisir de vivre par responsabilité précoce ». Être adultisé consiste à prendre en charge de façon précoce son ou ses parent(s), à se sentir responsable de leur survie et/ou de leur bonheur, au détriment de l’insouciance de l’enfance. C’est devenir sérieux avant l’âge mais finalement, rester petit dans son coeur, d’où une certaine immaturité affective !
Exemple : Catherine (9 ans) cache la dépression et l’alcoolisme de sa mère au regard de l’école et de l’assistante sociale, par peur de se trouver placée à la DDASS. Petite mère courage, elle gère le ménage, les courses, les factures et le courrier ainsi que les relations avec le médecin. Toute son énergie passe à aider sa mère (dont elle est la confidente) et à faire bonne figure à l’extérieur pour faire croire que tout va bien.
Origines de la parentification
Elles sont en général parentales voire transgénérationnelles. L’enfant sort trop tôt de l’insouciance de l’enfance et apprend dès lors à prendre en charge et à protéger son ou ses parents suite à :
• une défaillance (maladie, dépression, irresponsabilité, addiction, handicap, immigration) ou
• une démission parentale (absence, abandon, absence de cadre ou règles changeantes, inceste).
Selon Boris Cyrulnik, l’enfant n’a que 3 choix face à des parents qui n’assument pas leur rôle :
• s’effondrer
• fuir et investir d’autres personnes au prix d’une culpabilité
• devenir adultisé pour survivre (forme de résilience), pour éviter d’être abandonné, ignoré
Comportement de l’enfant adultisé
L’enfant apprend très vite à s’assumer (au-delà de son âge) et à prendre en charge l’autre (fratrie, parent). Il se construit sans modèle fiable. Il se sent même responsable des malheurs de l’adulte et peut se sentir coupable de ne pas arriver à le soulager suffisamment.
Il apprend vite la maîtrise, voire l’hyper contrôle de soi. Ainsi, il masque ses sentiments, s’intériorise, cache le problème de la famille aux yeux extérieurs, perd l’accès à son imaginaire et au jeu. La réalité prime sur le plaisir. Souvent hyper-intelligent, l’enfant met l’adulte mal à l’aise. Par ailleurs, l’enfant souffre d’une dévalorisation permanente car son «sacrifice » n’est pas reconnu.
Conséquences de la parentification à terme chez l’adulte (ancien enfant adultisé)
Les conséquences sont nombreuses et interconnectées :
• manque de confiance en soi et en les autres avec évitement des conflits et difficulté à demander de l’aide.
• problématique de place, de rôle (suite à l’inversion des rôles vécue dans l’enfance).
• quête de reconnaissance : ce qui l’amène souvent à trop donner, à vouloir sauver l’autre, à se conformer socialement (en se dénaturant).
• problématique liée au plaisir : difficile de s’accorder du temps, du repos, des cadeaux, de satisfaire ses besoins ou envies (souvent méconnus), etc… Ces adultes fonctionnent exclusivement par devoir et sont souvent coupés de leur ressenti.
• problème d’identité : par identification au parent défaillant (effondrement narcissique) qui propose une image dévalorisante et honteuse.
• dépendance affective qui se manifeste soit par une tendance à la relation fusionnelle et exclusive (rêve d’être pris en charge), soit par la fuite ou l’évitement pour maîtriser la distance relationnelle.
• pseudo maturité : image sérieuse mais maturité affective figée à l’époque de la prise en charge du parent. De ce fait, a plutôt tendance a être à l’aise avec des personnes plus âgées que lui. En fait, la juste maturité vient avec l’enseignement tiré des erreurs.
• besoin de contrôle et de maîtrise pour masquer un vide intérieur.
Souvent autodidacte, on retrouve cet adulte dans les professions de soins et d’aide à la personne. Cela lui permet de rejouer son scénario de prise en charge et de rester loyal à ses parents tout en continuant à s’oublier. Il est en général attiré par des amis ou conjoints plus âgés car il ne sent pas en phase avec ceux de son âge. On le retrouve encore (plus tôt que la moyenne) dans les stages de développement personnel car il veut griller les étapes en comprenant intellectuellement, plutôt qu’en se confrontant à l’expérience du ressenti.
Or, comme le souligne Françoise Dolto « honorer ses parents, c’est très souvent leur tourner le dos et s’en aller en montrant qu’on est devenu un être humain capable de s’autonomiser ». De plus, l’enfant n’a pas à donner à ses parents autant d’amour qu’il en a reçu de ses parents mais à le donner à son tour à ses propres enfants ou à d’autres s’il n’en a pas.
C’est souvent lors de crises identitaires (adolescence, etc…) que l’être commence à s’interroger sur ses besoins et tente de sortir de scenarii limitants. Il est alors invité à accueillir en soi l’enfant intérieur blessé, avec toutes ses émotions, ses ressentis, non entendus à l’époque. C’est un travail d’alliance avec l’enfant intérieur (ou les enfants intérieurs) pour gagner en légèreté, en estime de soi et en capacité à prendre soin de soi tout autant qu’à prendre soin des autres.
Par Sylvie Bergeron, psychopratienne en constellations familiales

Photo, Alexandra Chernyavsky En Maïeusthésie, Qu’en est-il du fameux « enfant intérieur » ?
On entend souvent parler de « l’enfant intérieur ». Or ce terme reflète mal ce que l’on cherche à évoquer. Parle-t-on de « l’enfant que nous étions » ? ou de « l’Être que nous étions quand nous étions enfant » ?
Bien sûr chacun de ceux que nous étions nous constituent, y compris l’enfant. Mais qu’est-ce qui nous constitue ? : notre personnalité et notre corps du moment ? ou celui que nous étions qui avait cette personnalité et cette apparence ?
D’autre part, dans la représentation que nous en avons, nous imaginons souvent que celui que nous étions est une « partie de Soi ». Que chaque « part de Soi antérieure » est contenue dans chacun de ceux que nous sommes ultérieurement... pareillement aux couches multiples de l’oignon ou, plus gracieusement, pareillement aux fameuses poupées russes (Matroska). Il se trouve pourtant que les métaphores ont toujours leurs limites et se retrouvent ainsi très réductrices.
Si l’on veut être plus précis c’est quasiment irreprésentable : chacun de tous ceux que nous avons été n’est pas une « part de Soi », mais un « Être à part entière »… contenant même chacun potentiellement « l’entièreté de Soi » (passée et future) ! De plus, chacun de ceux qu’on a été est à la fois distinct de tous les autres et occupe pourtant l’entièreté de Soi. C’est géométriquement non représentable. Nous sommes ici dans un expérientiel que le cognitif ne peut élaborer en représentation mentale. C’est de l’ordre d’un vécu existentiel éprouvé.
IMPORTANT : Il ne s’agit pas de la pièce égarée d’un puzzle à laquelle on ferait rejoindre sa place assignée. Il s’agit d’un Être de Soi qui, rejoignant la psyché après un temps de clivage, s’y déploie en l’occupant entièrement, sans pour autant n’empiéter sur aucun des autres Êtres de Soi qui constituent aussi cette psyché.
Voilà sans doute pourquoi les énoncés ne sont pas aisés, et les termes utilisés souvent inadaptés. Il y a comme une intuition du Réel qui est en jeu, mais comme ce Réel n’est ni objectivable, ni représentable mentalement, nous avons du mal à le désigner correctement. Il échappe à nos capacités cognitives.
Donc, il ne s’agit pas tant de « l’enfant intérieur », mais de celui que nous étions quand nous étions enfant : l’Être intime que nous étions lors de notre enfance.
Comme cet Être disposait de moins d’intellect et de plus de candeur, sa dimension existentielle s’en retrouvait souvent plus disponible que l’adulte que nous sommes devenu. Il avait à la fois une sensibilité ontique plus grande (car moins de préjugés, plus ouvert au subtil), et aussi une plus grande vulnérabilité (car moins de moyens pour faire face). D’où de nombreux endroits de l’enfance où se trouvent des traumas plus ou moins marquants, mais aussi une ressource inestimable.
Dire « le petit » à propos d’un de ceux que nous avons été dans l’enfance est quasiment toujours inapproprié car nous ne devrions nous adresser, ni à sa dimension corporelle, ni à sa personnalité, mais à « celui qu’il était », indépendamment des époques. Le corps et la personnalité sont marqués par le temps. Le Soi, lui, ne l’est pas. Cela ne veut pas dire que le praticien ne tient pas compte des époques de vie concernées. Cela veut dire que pour le praticien, l’interlocuteur à qui il s’adresse est clairement défini : le Soi.
(…) La notion « d’enfant intérieur » est réductrice car cette nature profonde qu’on évoque ainsi mériterait plus l’appellation d’« Être intérieur ».
Mais encore… si, comme le dit le philosophe Plotin, l’âme n’est pas dans le corps mais « autour du corps »… sans pour autant trop savoir ce que nous évoquons, ne devrions-nous pas tenter de parler d’« Être intimement enveloppant » (autour et non pas dedans), d’« Existence intime enveloppante, environnante », de « Conscience que nous habitons », de « Milieu de conscience qui nous entoure, dans lequel nous baignons ».
Pour rester simple, nous parlerons juste d’« Être intérieur » que nous ne nommerons pas « enfant intérieur ». Nous prendrons bien soin, en évoquant cet Être dans son enfance, de ne pas le miniaturiser en parlant du « petit » ou de « la petite ». Le praticien évoquera plutôt « celui qu’il (celle qu’elle) était lors de cette époque de sa vie » (contenant déjà potentiellement l’entièreté de Soi).
Thierry Tournebise, extrait de la publication : « La vastitude du "petit ", en thérapie, comment nommer les « Êtres de Soi » émergeants », novembre 2022
« Ne croyez pas que le destin est plus que cette densité de l’enfance. » Rainer Maria Rilke, Septième Elégie (1922)
Psychopraticienne en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins et des psychiatres en thérapie déléguée en Suisse.
Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 6 personnes).
Bien chaleureusement, Angela Dupraz Genève, le 21.01.2026
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