#29 DEPRESSION ET SUICIDE
- Angela Dupraz

- 30 août
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 sept.
Quand nous parlons de dépression, nous pensons plutôt à des états infiniment douloureux qui laissent la personne prostrée, sans motivation avec des désirs de ne plus vivre.
Cet épuisement et cette difficulté à vivre sont caractérisés par le fait que plus rien n’a d’intérêt, plus rien ne vaut la peine. On y ressent une sensation intense et douloureuse de vide que rien ne comblera jamais. La douleur y est monumentale.
Ces états dépressifs douloureux surgiront lors d’échecs, de remises en causes importantes (croyances, éducation, enfants, couple). Ils peuvent survenir du fait qu’on ne croit plus qu’on va réussir ce qu’on aurait toujours voulu faire… mais aussi du fait que nous avons tout engagé dans quelque chose (profession, action sociale, réalisations de projets)… tout a réussi… mais l'état d’accomplissement n’est pas au rendez-vous. Le constat est alors un sentiment de "tout ça pour rien!". La raison du mal être était seulement dissimulée... elle ne faisait qu'être compensée. En fin de compensation, elle ressurgit.
La douleur des remises en cause peut venir du fait que nous avons été élevés dans la croyance qu’il ne faut pas s’écouter, aller de l’avant, s’occuper des autres et pas trop de soi.
A force de ne pas s’écouter, d’être battant, de se dépasser et de se consacrer aux autres… que sommes-nous devenus ? Nous avons ainsi confondu affirmation de soi et ego autant que négation de soi et humilité. Alors la négation de soi l’a emporté.
Se remettre en cause, c’est cesser de se nier, se rencontrer, se comprendre et se remettre aux commandes de sa vie.
En réalité notre culture favorise la négation de soi. Il a été bien remarqué que l’ego nuit à la vie sociale, mais on a confondu à tort "s’aimer" et "avoir de l’ego". Il est indispensable de préciser que celui qui a de l’ego ne s’aime pas, il ne fait que contempler une image idéalisée de lui-même pour ne pas se voir, car il a peur de se voir.
Cette négation de soi par les autres et par soi-même engendre une douleur sans cesse compensée par de multiples occupations ou projets… quand ces occupations ou projets ne marchent pas… le vide de soi réapparaît cruellement ! Vient alors la déprime (dé-primer, c’est ne plus pouvoir mettre en premier ce qui était en premier).

Qu’est-ce que la dépression ?
C’est un rééquilibrage entre la pulsion de vie et la pulsion de survie.
Dans la pulsion de survie, l’énergie nous permet d’agir. Quand elle est présente, cette capacité à agir nous amène à ne pas nous poser trop de questions existentielles et à aller de l’avant. D’un côté c’est un avantage car cela permet d’aboutir à plus d’expérience de vie et de maturité, malgré nos blessures antérieures. Dans le même temps cela est un inconvénient car cela nous conduit à oublier les parts blessées de nous-mêmes qui ainsi vont nous manquer pour nous construire.
Alors une pulsion de vie nous anime dans le sens contraire, nous invitant à nous arrêter pour réhabiliter les parts délaissées de notre vie… car il n’y a plénitude que si nous sommes entiers. L’énergie c’est "faire", la vie c’est "être"... et chaque part manquante de nous-mêmes, nous empêche d'être tout à fait.
Un arrêt de l’antagonisme entre la vie et l’énergie
La dépression, c’est la diminution de l’énergie, de l’intérêt et de la motivation. Cette diminution peut être légère et passagère ou tenace, parfois importante et douloureuse. La douleur peut être telle qu’elle peut même conduire au suicide. C’est donc à prendre très au sérieux (même si, fort heureusement, tous les déprimés ne se suicident pas).
Pourtant, malgré cette apparence plutôt défavorable, c’est à cette occasion que les questions arrivent… et parfois aussi les réponses. L’arrêt dans le "faire" conduit à une sensibilité permettant de mieux aborder les parts de soi restées en attente dans un coin de notre vie. L’énergie manquant pour les maintenir à distance, celles-ci refont surface, nous demandant de les inviter à faire partie de nous. Tout ceci afin de trouver un plus d’ "être".
Conscience et inconscience : ce qui paraît un effondrement est en fait un arrêt de l’illusion pour passer de l’intérêt (pour les choses) à l’attention (pour les gens). Ce qui a l’air d’un effondrement de l’individu n’est qu’un effondrement de l’ego afin de permettre plus de conscience de soi et d’autrui. Une sorte de "bas les masques" qui est un premier niveau de conscience suivant les niveaux précédents où l’énergie ne faisait que maintenir une sorte d’inconscience.
Naturellement cet aspect positif de la déprime ne doit en aucun cas en occulter la dimension parfois très douloureuse ou dramatique nécessitant souvent un accompagnement.
Même si la dépression est une sorte d’indication qu’il se fait une sorte de travail d’accouchement de soi, de réhabilitation, de venue au monde de parts rejetées de notre vie… il peut falloir une aide à l’accouchement pour que celui-ci se fasse plus rapidement, avec plus de sécurité et moins de douleurs.
Facteurs d’aggravation
La non-communication
Si cet "accouchement de soi" est naturel, s’il est en général fait pour se passer tout seul, il est toutefois souhaitable qu’il ne soit, au moins, pas entravé par des situations trop défavorables.
La non-communication est l’un des facteurs aggravants les plus importants et les plus répandus. Le déprimé est particulièrement incompris. Même ceux qui lui sont le plus dévoués mettront malheureusement un soin tout particulier à nier son état "pour lui remonter le moral". Ils lui asséneront des propos "réconfortants" du genre "Il faut que tu t’intéresses à quelque chose, fais un peu de sport, va te distraire, ne reste pas comme ça, il y a des gens qui t’apprécient…"
Tous ces propos, quoi que préférables à des remarques désobligeantes, ne font que renforcer la conviction du déprimé : personne ne le comprend. Alors il écoute ces longs discours "revitalisants" sans les entendre et décourage son interlocuteur en étant aussi mal après qu’avant. Mais c’est normal, car pour le remonter, tout le monde tente de l’éloigner de ce qu’il ressent alors que son projet inconscient est de mieux ressentir ce qui se passe en lui !
Le phénomène de la déprime, c’est quand l’intérêt disparaît pour que l’attention apparaisse.
Une conduite plus communicante et plus salutaire consisterait à lui permettre d’exprimer ce qu’il ressent avec nuances, et de le valider sur les cinq points de feed back (réception, compréhension, accueil, gratitude, cohérence). Ensuite de le guider pour exprimer ses vrais points de douleur avec un guidage non directif (voir le dossier psychothérapie à guidage non directif sur ce site)
Ne pas communiquer peut favoriser un passage à l’acte suicidaire. Quand j'évoque ici "ne pas communiquer", je distinguerai avec soin "d'être communiquant" ou "d'être relationnel". Pour plus de détails sur cette nuance allez dans le dossier "communication" de ce site.
Situation présente insupportable
Échecs, rumeurs dévastatrices, destruction d’une réputation, harcèlement psychologique, deuils. De nombreuses situations de ce type peuvent soit être la cause d’un état dépressif, soit l’aggraver.
Elles se situent dans le présent et la situation est douloureuse à cause de la fragilité du déprimé. Ces situations ajoutent à la sensation de manque, à l’absence de compensations et à la fragilité intérieure due aux parts de soi manquantes.
Ces facteurs peuvent ajouter tant de douleur qu’ils conduisent certains au suicide.
Mal de vivre "sans raison"
Pulsions, phobies, angoisses, inhibitions. Du plus anodin mal-être au plus désastreuses angoisses, des ressentis apparemment sans raisons semblent s’acharner injustement. A ceux-ci s’ajoutent généralement la non-communication du genre : "Mais je ne comprends pas, fais un effort, il n’y a pas de raison, tu as tout pour être bien…".
Toutes ces phrases sont des meurtrissures supplémentaires qui, loin de soulager, finissent de briser et de projeter dans la solitude.
Or tous ces ressentis ne sont qu’apparemment sans raison. Ils sont en fait l’expression directe de la raison du déprimé. La raison, c’est ce qui produit ce ressenti. C’est la raison (la cause) de ce ressenti qui "réclame" une écoute. C’est la part de vie en attente de naître qui pousse à la porte de la conscience, qui fait irruption dans le présent pour recevoir l’aide et l’accueil qui lui ont fait défaut par le passé.
Il est même important de comprendre que le ressenti présent (pulsions, phobies, angoisses, inhibitions) ne se produit pas "à cause de ce passé", mais spécialement pour le retrouver, le réhabiliter et retrouver son intégrité psychique.
Dépendances : Alcoolisme, toxicomanie, boulimie/anorexie. Ces dépendances sont soit une compensation à des vides, soit l’expression de moments de vie qui demandent écoute et réhabilitation.
Compensations : quelqu’un qui se met à boire suite à un deuil ou une rupture le fait par compensation pour anesthésier sa douleur. C’est un moyen de survie face à quelque chose d’insurmontable. Naturellement le service rendu comporte un grand inconvénient : la dépendance qui s’installe. Ici l’alcool est un allié de la pulsion de survie qui tend à rétablir un confort acceptable.
Réhabilitations : quelqu’un dont le père était alcoolique se mettra à boire pour se rapprocher du père qui lui a manqué. Ce père lui a manqué car il ne s’est pas occupé de lui, mais aussi et surtout parce que pour échapper à trop de douleur l’enfant s’est mis à le rejeter (pulsion de survie). Plus tard, cet enfant peut s’alcooliser progressivement sans s’en rendre compte… afin de se rapprocher de ce père manquant. En faisant comme lui, il se donne une chance de le comprendre. Ce processus inconscient est animé cette fois-ci par la pulsion de vie qui porte à réhabiliter les parts manquantes de notre vie afin de restaurer notre intégrité psychique.
Enfin, l’anorexie et la boulimie peuvent aussi être des processus de réhabilitation ou un moyen de survie : Par exemple une femme ne mange pas, son corps "disparaît" petit à petit… et on trouve dans son histoire que sa grand-mère a perdu un enfant avant la naissance de sa mère… et que cette dernière en a porté une culpabilité à naître et à vivre. A la génération suivante, cette culpabilité est transmise à la fille qui cherche aussi à ne pas exister. Une sorte de commémoration pour que personne n'oublie. Cette culpabilité disparaîtra quand le souvenir et la dimension de l'enfant défunt et de la grand-mère en deuil seront "rencontrés" et validés.
Dans un autre cas le corps doit être maigre pour rappeler un membre de la famille déporté pendant la guerre. Dans un autre cas, il faut ne pas être femme pour ne pas être désirée car il y a eu un traumatisme sexuel dans l’enfance… et bien d’autres situations.
Dans ces cas d’anorexie ou de boulimie, les thérapies à tendance comportementalistes peuvent être dangereuses quand elles sabotent le projet inconscient de réhabilitation. Dans ce cas spécifique elles peuvent même conduire au suicide. Tout en veillant physiquement à la santé du patient, il est alors préférable d’accompagner cette réhabilitation plutôt que de combattre l’anorexie. Cessant d'être nécessaire; cette dernière disparaîtra ainsi spontanément. Si au contraire on choisit de la combattre, on ne fait que l'enfouir (et encore quand on arrive à l’enfouir !)
Quand la vie vous pèse trop
Quelles que soient les raisons personnelles ou sociales, si vous êtes dépressif ou suicidaire, vous vous moquez pas mal des considérations intellectuelles sur le sujet… et vous avez raison. Ce qui compte pour vous, c’est de trouver une véritable écoute. Ce que vous ressentez au plus profond de vous-même est forcément à vos yeux bien plus important que toutes les théories du monde.
Si vous faites partie de ces personnes à qui la vie pèse trop, vous devez tenter de trouver un interlocuteur capable de vous entendre. Trouvez quelqu’un qui sache vous accompagner dans ce processus de naissance. La souffrance ne disparaît définitivement qu’après cette naissance.
Ne permettez à personne de nier ou de simplifier votre souffrance. Reprenez confiance en le fait que ce que vous sentez a de l’importance et vous conduit à des parts précieuses de vous-même ou de votre histoire familiale. Prenez soin de vous.
Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Dépression et suicide, mieux comprendre, mieux aider », juin 2001 - https://www.maieusthesie.com/nouveautes/article/suicide.htm
« Quelqu’un qui avait décidé d’en finir avec la vie entra dans la montagne. Après avoir choisi une grosse branche, il y accrocha une bonne corde. Il fit passer ensuite son cou dans le noeud coulant. Au moment où il s’apprêtait à se laisser pendre dans le vide, il s’aperçut qu’une de ses sandales de bois commençait à glisser de son pied. Il remarqua que ce dernier faisait des efforts pour empêcher la sandale de se décrocher. C’est ainsi qu’il se rendit compte que cette partie de lui-même avait sa propre existence et ne s’intéressait en aucune façon aux pensées qui l’avaient agité quelques secondes auparavant. Il abandonna alors l’idée du suicide. » Shundô Aoyam, « Le zen et la vie » , Ed. Sully, 2008

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Bien chaleureusement, Angela Dupraz
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Genève, le 30.08.2025


