#40 THUÔC NAM : PREVENIR PLUTÔT QUE GUERIR
- Angela Dupraz

- 28 sept. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 janv.
Contrairement à la médecine occidentale, qui intervient principalement après l’apparition des symptômes, la médecine traditionnelle vietnamienne, appelée Thuôc Nam, est fondée sur une logique de prévention proactive. Sa philosophie repose sur l’idée que la maladie résulte d’un déséquilibre dans les flux énergétiques internes. Il ne s’agit donc pas seulement de traiter les maux, mais de maintenir l’harmonie constante entre le corps, l’esprit et les éléments naturels. Cette médecine est profondément enracinée dans la culture vietnamienne : elle est transmise oralement depuis des générations, dans les familles, les villages et au sein des minorités ethniques. En s’inspirant à la fois du bouddhisme, du taoïsme et des croyances populaires, elle est une pratique de santé intégrée au mode de vie.
Son fonctionnement
Il est essentiel de souligner que le Thuôc Nam ne répond pas aux impératifs de rapidité de la médecine d’urgence. Ses effets sont progressifs, subtils, et exigent patience et persévérance. Il s’agit d’une approche en profondeur, qui restaure lentement les fonctions vitales plutôt que de supprimer immédiatement les symptômes.
C’est pourquoi, face à l’apparition soudaine de symptômes graves ou aigus, la médecine traditionnelle vietnamienne reconnaît elle-même ses limites. Dans ces situations, la médecine occidentale devient indispensable, car elle agit rapidement pour contenir les infections, stabiliser les fonctions vitales et éviter les complications. Une fois le danger écarté, le Thuôc Nam peut intervenir dans une phase de récupération, pour renforcer l’organisme, purifier les organes, et restaurer l’énergie vitale.
Cette articulation entre les deux médecines, loin d’être conflictuelle, est au contraire complémentaire. Elle témoigne d’une sagesse culturelle où l’efficacité scientifique et la douceur ancestrale peuvent coexister au service de la santé globale.

Photo, Rehahn Hoian
Entre Qi, Yin/Yang et cinq éléments
Le socle théorique du Thuôc Nam repose sur trois concepts fondamentaux :
Le Qi, ou énergie vitale, est considéré comme la force motrice de l’organisme. Il circule à travers des canaux invisibles appelés méridiens (grille de lecture), et régule les fonctions biologiques comme la température, la digestion ou l’immunité. Une mauvaise circulation du Qi entraîne stagnation, douleur ou faiblesse.
Le Yin et le Yang représentent les deux polarités fondamentales de l’univers. Leur équilibre assure la stabilité physiologique et mentale : le Yin, principe féminin, est lié à la fraîcheur, à la nuit, à l’introspection ; le Yang, principe masculin, est associé à la chaleur, au jour, à l’action. Toute maladie est interprétée comme un déséquilibre entre ces deux forces.
Les cinq éléments (eau, bois, feu, terre, métal) sont quant à eux associés aux organes et aux saisons. Par exemple, le foie est lié au bois, le cœur au feu, la rate à la terre, les poumons au métal, et les reins à l’eau. Le diagnostic et le traitement dans le Thuôc Nam visent à réharmoniser les interactions entre ces éléments, souvent perturbées par le stress, l’environnement ou l’alimentation.
Les grandes pratiques du Thuốc Nam
L’un des aspects fascinants du Thuôc Nam, c’est sa dimension profondément populaire et intégrée dans la vie quotidienne. Une grande partie des Vietnamiens, qu’ils vivent en ville ou à la campagne, possède des connaissances de base sur les herbes médicinales, les infusions, les bains thérapeutiques ou les massages. Ce savoir est souvent transmis par les aînés et utilisé dans des gestes simples : une tisane après un repas copieux, un cataplasme de feuilles contre les douleurs, un bain aux plantes pour les bébés…
Phytothérapie : les plantes comme piliers de guérison
Le Thuôc Nam utilise exclusivement des plantes locales, cueillies dans les forêts, les montagnes ou les jardins. Ces plantes, souvent fraîches ou simplement séchées, sont préparées selon des savoir-faire précis : découpage au dao-câu (couteau traditionnel), conservation dans des tiroirs en bois, dosage selon le type de patient.
On estime à plus de 4 000 le nombre de plantes médicinales recensées au Vietnam, parmi lesquelles figurent le gingembre, le curcuma, la citronnelle, l’anis étoilé ou encore la racine d’angélique. Leur combinaison permet de traiter un éventail large de maux : troubles digestifs, fatigue chronique, rhumes, déséquilibres hormonaux, etc.
Acupuncture et moxibustion
L’acupuncture, pratiquée depuis des siècles, consiste à insérer de fines aiguilles à des points précis du corps, situés le long des méridiens énergétiques. Elle vise à libérer les blocages du Qi, soulager la douleur et stimuler les fonctions organiques.
La moxibustion, complémentaire, utilise de l’armoise séchée que l’on chauffe au-dessus de la peau pour stimuler les mêmes points. Elle est particulièrement indiquée pour les douleurs chroniques, les refroidissements internes ou les troubles gynécologiques.
Acupression
La pression des doigts sur les points d’énergie (bâm huyêt) est une pratique accessible à tous. Elle permet de soulager les tensions musculaires, améliorer la circulation, et rééquilibrer les émotions. Dans les rues du Vietnam, il est courant de voir des scènes d’acupression spontanée : une grand-mère qui masse les pieds de son petit-fils, un jeune qui se masse la nuque avant un examen…
Bain aux herbes
Particulièrement populaire chez l’ethnie Dao Rouge à Sapa, le bain traditionnel aux plantes est un rituel unique. Il peut contenir jusqu’à 120 plantes médicinales soigneusement sélectionnées pour leurs vertus apaisantes, détoxifiantes et anti-inflammatoires. Ce bain est une expérience immersive, entre vapeur, senteurs envoûtantes et contact direct avec les forces naturelles de la montagne.
Le musée de la médecine traditionnelle à Saigon
Au Sud, dans le tumulte de Saigon, il existe un lieu paisible, un musée unique en son genre, entièrement dédié à la médecine traditionnelle vietnamienne. Installé dans une somptueuse demeure en bois, il offre un voyage dans le passé à travers cinq étages et dix-huit salles thématiques.
On y découvre plus de 3 000 objets anciens : mortiers, jarres, fioles, scalpels, recueils médicinaux… Mais aussi une ancienne officine avec ses tiroirs remplis de fleurs, racines, épices et feuilles.
Cholon : temples, marché et parfumerie végétale
Dans le 5e arrondissement de Saigon, autrefois appelé Cholon, bat le cœur de la communauté chinoise du Vietnam. Ce quartier, le plus vaste Chinatown d’Asie du Sud-Est, recèle bien plus que des pagodes et marchés.
La rue Luong Nhu Hoc est un véritable sanctuaire végétal. Ici, les herboristeries traditionnelles débordent de sacs de plantes, d’écorces, de baies, de bois aromatiques et de fleurs séchées. Les senteurs, puissantes et entêtantes, forment une mosaïque olfactive envoûtante. Les remèdes y sont pesés, mélangés, et préparés à la demande, selon les maux à soigner ou les équilibres à rétablir.
« On ne revient jamais d'aucun voyage, car celui qui revient n'est plus le même. Ce dépaysement que nous allons chercher sur d'autres territoires, d'autres lumières, d'autres parfums, est un subtil et nécessaire exil intérieur. » Anne Dufourmantelle, Laure Leter, Se trouver, Ed. JC Lattès, 2014
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Bien chaleureusement, Angela Dupraz
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Genève, le 28.09.2025


