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Angela Dupraz

#41 ÊTRE TOUCHE SANS ÊTRE AFFECTE

  • Photo du rédacteur: Angela Dupraz
    Angela Dupraz
  • 27 oct. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 oct. 2025

 

 Prioriser l’Être permet au praticien d’être touché sans être affecté. Résolument tourné vers l’Être et vers la Vie, le praticien a une intention de reconnaissance existentielle du Soi et de validation des ressentis éprouvés.

A ne pas confondre avec objectifs, projets (jeter devant), artifices ou attitudes feintes, car la réjouissance qui en découle ne se décrète pas et vient naturellement de cette posture.

 

Le tact psychique

Alors que l’on se questionne souvent sur « la bonne distance professionnelle » chez les soignants, la bonne distance avec le patient, c’est quand il n’y en a pas. Même la « bonne proximité » ne suffit pas. Le praticien est censé être en « tact psychique » comme l’indique le mot allemand Einfühlung qui a donné « empathie » (où Fühlen signifie tact psychique tel le feeling anglais), ou encore l’Haptonomie (où hapsy signifie aussi tact psychique).

S’il peut y avoir socialement une distance physique convenable, psychiquement il ne doit pas y en avoir ni dans la psychothérapie, ni dans la communication. Pour que l’information passe entre deux Êtres, il doit y avoir « tact psychique » et non « distance », si minime soit-elle.

 

Être touché

Non seulement le tact psychique est essentiel, mais aussi le praticien se doit de « se sentir touché » par la présence existentielle de son patient. S’il a son attention sur l’Être qu’est son patient, il est naturellement touché par la présence de celui-ci. Si au contraire il a priorisé l’événementiel ou l’émotionnel, il risque d’être spontanément affecté par la nature dramatique des faits et des ressentis.

Le fait d’être touché sans être affecté ne dépend pas d’une capacité particulière mais seulement du fait que l’attention se porte sur l’Être (inestimable) plutôt que sur les faits (estimables - leur valeur peut être estimée) ou sur les émotions (simplement à valider). L’existentiel est en premier plan, l’émotionnel en second plan et l’événementiel en arrière-plan.

Le seul fait d’être touché constitue une validation existentielle. C’est un élément fondamental dans la thérapie.

Priorisant les Êtres par rapport aux faits, le praticien est spontanément dans l’indispensable réjouissance, en présence du patient, et surtout en présence des Êtres émergeants, avant même de les identifier.

Là se trouve une grande part de la fluidité et de l’effet thérapeutique. Sa confiance en les Êtres et en la pertinence en est indéfectible.


Photo, Nathalie Lebeste


Réjouissance

Le praticien, qui est en tact psychique, s’attend à ce que la Vie se rejoigne ou se déploie chez son patient (la Vie est vue ici comme ce processus dynamique d’émergence de la conscience au cours de l’évolution tel que l’évoque Pierre Teilhard de Chardin, avec ce qu’il nomme « noosphère »). Le praticien en est par avance émerveillé. Non pas d’une façon gentillette ou un peu niaise, mais parce qu’en contact avec la Vie qui se rejoint à travers les symptômes du patient, il perçoit les enjeux archétypaux à l’œuvre, les pertinences en accomplissement, l’émergence d’un essentiel. En partenariat avec la Vie, il est sensible à celle-ci, en résonance avec sa trajectoire d’accomplissement, en termes de remédiations et de déploiements. Les Êtres de Soi qui appellent la conscience du patient à travers les symptômes sont source naturelle d’émerveillement, de réjouissance. Cela participe aussi à la validation existentielle et le patient va volontiers en lui vers ce qui provoque réjouissance chez le praticien. Le patient ira naturellement là où se trouve déjà le praticien en réjouissance. Il n’ira pas là où il lui demanderait d’aller (vers une sorte de « là-bas » où il n’est pas), et encore moins s’il le sent affecté par cet endroit vers lequel il lui demande de se diriger.

 

La confiance

Carl Rogers nous a fait bénéficier de la notion de « confiance inconditionnelle ». Cette confiance concerne la justesse à l’œuvre chez le patient. D’un côté le patient, de façon inaliénable, reste inestimable sur le plan existentiel, de l’autre ce qu’il fait ou ce qu’il ressent, font toujours sens de façon évidente ou de façon discrète. Quand ce sens n’apparaît pas au praticien, il le demande à son patient, en lui accordant qu’il y en a un. Cependant, il ne va jamais forcer dans cette direction, car des affirmations péremptoires du genre « ce n’est pas pour rien », « il y a forcément une raison », « c’est que cela doit signifier quelque chose », « il s’y trouve un enseignement », sont des violences inacceptables de la part d’un praticien et constituent des nuisances.

Même un patient qui mentirait ou dissimulerait, aurait une juste raison de le faire. Cette confiance lui permet ainsi d’accéder plus facilement à ce qui appelle sa conscience en lui.

La moindre défiance de la part du praticien est source de blocages ou de réticences chez le patient. Comme le disaient Jung ou Rogers, les résistances des patients ne viennent pas des patients eux-mêmes, mais sont engendrées par la mauvaise pratique du thérapeute.

Si la confiance et la réjouissance du praticien sont absentes ou insuffisantes, le patient ne peut accéder à lui-même et donne l’impression d’une résistance. Pourtant ce n’est pas lui qui est en cause dans cette « résistance », mais celui qui l’accompagne !

 

Confiance inconditionnelle

Le praticien a une confiance inconditionnelle envers l’Être qu’est son patient (attention la confiance en l’Être ne signifie pas la confiance en la vérité de ses paroles ou l’innocuité de ses actes, mais la confiance en le fait qu’il y a une raison qu’il en soit ainsi).

 

Le praticien a une confiance toute aussi délicate envers les Êtres émergeants de la psyché du patient. Il a même avec eux une connivence prioritaire car ce sont eux qui, à travers les symptômes, appellent la conscience du patient en vue de bénéficier d’une reconnaissance et de validations.

Le praticien a aussi une confiance indéfectible en la Vie qui, à travers tout ce qui se passe chez le patient, œuvre afin de se rejoindre elle-même de la plus juste façon. La réjouissance résulte de cet accomplissement, conjointement éprouvée par le praticien, le patient, les Êtres émergeants et la Vie.

 

Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Les douze fondamentaux en Maïeusthésie »,  février 2020

  

« L'attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité. (...). Seul un être prédestiné a la capacité de demander à un autre "Quel est donc ton tourment ?" Et il ne l'a pas en entrant dans la vie. Il lui faut passer par des années de nuit obscure où il erre dans le malheur, loin de tout ce qu'il aime et avec le sentiment d'être maudit. Mais au bout de tout cela il reçoit la capacité de poser une telle question, et du même coup la pierre de vie est à lui. Et il guérit la souffrance d'autrui. » Simone Weil, lettre à Joë Bousquet du 13 avril 1942, extrait de QUEL EST DONC TON TOURMENT, correspondance 1942, Editions Claire Paulhan, 2019

 

Je vous propose des consultations individuelles ou en couple en présence au Cabinet Aliotis à Genève ou en distanciel. Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 6 personnes).


Bien chaleureusement, Angela Dupraz


Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com

 

 Genève, le 27.10.2025

 

 
 
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