#47 TACT PSYCHIQUE
- Angela Dupraz

- 23 nov. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 déc. 2025
L’emplacement subjectif définit « avec qui » se situe la proximité principale du praticien : avec le patient lui-même, ou avec celui qui, du plus profond de sa psyché, appelle sa conscience à travers le symptôme ? Quand j’utilise le mot « proximité », je pourrais aussi bien utiliser « tact » (car la bonne distance c’est quand il n’y en a pas et qu’il y a « contact ») et « connivence » car celui qui appelle sa conscience en lui est celui qui détient les clés.
Les « équipes » dans la psyché
Quels que soient ces éléments de Soi identifiés dans la psyché, l’emplacement du praticien sera « proche d’eux », en « connivence », afin d’inviter le patient à les rejoindre, où à se laisser rejoindre par eux. Mais les clivages au sein de la psyché sont multiples et quand un élément est restauré, il constitue un allié possible pour en restaurer un autre.
Constituer des équipes
Quand l’enfant que l’on a été, ayant par exemple souffert de l’indélicatesse d’un parent (critique, violence, ignorance), a été restauré, il devient possible au patient, « ensemble » (lui et cet enfant), de mettre leur attention sur ce parent et de lui demander (dans la thérapie et non en situation réelle) « en quoi cette indélicatesse est-elle nécessaire, ou incontournable pour toi ? ». Le plus surprenant est que les réponses viennent toujours, comme si, au plus profond de soi, on les avait déjà. Le parent, qui ne peut être rencontré par l’Être actuel qu’est le patient « tout seul », est bien plus facilement abordable accompagné de l’enfant qu’il était. Ni lui, ni l’enfant, auraient pu le faire seul, mais ensembles cela devient possible, d’autant plus que l’emplacement du praticien étant « à côté du parent », la zone devient bien plus fréquentable (pour cette équipe constituée de lui et de l’enfant). Une telle situation permet ainsi au patient d’accéder au vécu de son parent, de donner à celui-ci sa place, de le réhabiliter parfois sur l’entièreté de sa vie (depuis sa propre enfance). Ceci n’a rien à voir avec un « pardon » car rien n’est nié, ni de la douleur de celui qui a souffert, ni des responsabilités, ni des raisons de l’auteur, ni éventuellement de la gravité de l’acte …il y a une compréhension et une reconnaissance, avec quasiment « une mise au monde » de ce qui ne pouvait encore s’y trouver depuis tout ce temps. Il en résulte un profond apaisement et un sentiment de plénitude.
Le praticien avec la « part de Soi »
La première équipe, si l’on peut dire, c’est le praticien avec la part de Soi qui a été clivée. Quand le patient arrive au cabinet du fait d’un symptôme inconfortable éprouvé dans sa vie, le praticien sait qu’à travers ce symptôme, un de ceux qu’a été le patient appelle la conscience de celui-ci. Le projet du patient est le plus souvent de se débarrasser du symptôme… donc, ce qui appelle sa conscience ne trouve pas l’opportunité d’être rencontré. Quand le patient consulte, le praticien est présent avec toute son humanité et sa proximité, il l’écoute et le reconnaît dans ce qu’il éprouve, l’accompagne dans l’expression de ses ressentis, prend en considération la réalité de son vécu. Mais en même temps que cette proximité avec le patient, le praticien a aussi une proximité de principe, a priori, avec ce qui chez celui-ci appelle son attention. Cette connivence fait que le praticien est en quelque sorte plus proche de ce qui appelle l’attention du patient au sein de sa psyché, que du patient lui-même réclamant de retrouver un confort.
Le praticien placé à deux endroits simultanés
Une telle proximité et connivence avec cette « part de Soi » qui appelle l’attention du patient à travers son symptôme ne doit en aucun cas amener le praticien à négliger le patient lui-même, ce qu’il éprouve, ce qu’il attend. Le professionnalisme du praticien le conduira à être « en même temps » proche de l’Être qu’est le patient et proche de cet « Être de Soi » (part de Soi) qui, en lui, appelle son attention. Cette « double proximité » du praticien fait son humanité, fait que sa posture est sécurisante, fait que chez le patient, ni « celui qu’il est », ni « celui qu’il était » n’ont besoin de se méfier, de se protéger ou de revendiquer pour avoir gain de cause. Le patient n’a alors pas besoin de résistances, car celles-ci sont souvent engendrées par une posture ou un emplacement inadaptés du praticien. « Celui qu’il est » est sécurisé par le tact psychique du praticien à son égard, en même temps qu’il est sécurisé par le fait que celui-ci « ose » déjà, en même temps, un tact psychique (une proximité) avec cet « Être de Soi » qui appelle son attention à travers le symptôme (même s’il n’en a pas conscience). Tout se passe comme s’ils se superposaient, mais en fait ils y restent parfaitement distincts (car chacun d’entre eux n’occupe aucun volume). On pourrait dire aussi que chaque élément est en même temps partout. De ce fait, je demande (encore une fois) au lecteur de bien vouloir excuser les termes « là-bas », « distance », « à côté de », « loin de » qui sont les moins mauvaises formules pour énoncer un phénomène qui n’est ni spatial ni temporel (ni topique, ni chronique). Ils permettent néanmoins de rendre compte du phénomène qui nous intéresse ici en termes de « tact psychique » et de « connivence ».
Cette double présence devient source de validations possibles, de reconnaissances existentielles, de restaurations, de remédiations, d’individuations …de mises au monde.
Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Emplacement subjectif du praticien, connivence et alliance thérapeutique », septembre 2016
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(...) Il est essentiel en Maïeusthésie que le praticien se positionne au côté de l’Être identifié (et même qu’il soit en connivence avec lui). Il s’agit de « tact psychique » : d’oser être touché par cet Être et son vécu éprouvé. Il est même censé y être dès le départ, avant même que cette « part de soi » soit identifiée, alors qu’elle est juste indiquée grâce au symptôme initial qui pointe implicitement vers lui (comme un appel de sa part). Ici, cette posture du praticien favorise non pas la reconnaissance d’une zone blessée, mais celle d’une zone à honorer, d’une zone de Soi qui a eu une grande capacité à faire face de façon judicieuse, d’une zone de Soi (ressource) qui appelle une totale reconnaissance. » Thierry Tournebise – Françoise Leclère, Au cœur de la psychothérapie, nouveaux paradigmes et déroulements détaillés d’entretiens, Ed. esf Sciences Humaines, 2018
« Car ne nous y trompons pas, ce n'est pas le patient qui amène celui qui a souffert chez le praticien, mais celui qui a souffert et qui a été clivé, qui conduit le patient en consultation à travers le symptôme. » Thierry Tournebise

Photo, Tim Bröckling
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Bien chaleureusement, Angela Dupraz
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Genève, le 23.11.2025


