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Angela Dupraz

#48 AMOUR ET ATTACHEMENT

  • Photo du rédacteur: Angela Dupraz
    Angela Dupraz
  • 30 nov. 2025
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 déc. 2025

Cette notion d’attachement, associée à celle de lien, est très présente en psychologie. « Créer du lien » revient souvent comme un refrain, visant à favoriser une vie sociale équilibrée. Cependant, un manque de précision concernant ce thème maintient un flou conséquent. Le titre de l’ouvrage de Boris Cyrulnik « Quand on tombe amoureux on se relève attaché » en témoigne, ainsi que le contenu de l’ouvrage où « amour » et « attachement » sont hélas en grande confusion.

Distinguer entre l’amour et l’attachement, entre le fait d’être communicant et celui d’être en lien, permet de mieux comprendre comment ce deux états s’articulent, se soutiennent l’un l’autre, tout en étant très différents. Cela est essentiel tant pour mieux comprendre sa propre vie, que pour offrir un cheminement thérapeutique efficient quand on est praticien. La précision majeure est que l’attachement permet de ne pas perdre ce qu’on n’a pas encore su rencontrer en amour.

 

Être relationnel en attendant d’être communicant

  • Relationnel (lien, attachement)

John Bowlby évoqua l’idée d’« attachement » plutôt que de « dépendance », prenant soin d’éviter toute connotation péjorative du lien. Même si le fait d’être attaché induit que nous soyons dépendants l’un de l’autre, il a parfaitement remarqué que les deux mots ne sonnent pas de la même façon. Si le lien fait que nous sommes attachés, comment qualifier celui-ci avec le plus de justesse possible ? Nous pouvons saluer la bienveillance subtile de John Bowlby d’avoir choisi « attachement » plutôt que « dépendance ». Cependant, nous pouvons tenter d’aller encore un peu plus loin, car sa réticence à parler d’amour, pourtant en filigrane tout au cours de son propos, est source d’un manque de précision. Quand il évoque l’attachement sécure, il peine à aborder suffisamment le fameux « pourvoyeur d’attention » (John Bowlby, Amour et rupture, Ed. Albin Michel, Poche Espaces libres, 2021, p.240) qui nous rapprocherait de cette idée de profonde humanité. En psychologie, le lien paraît être la quête ultime du phénomène humain, comme dans le monde animal décrit par les éthologues. Bien évidemment, faute d’être en contact, mieux vaut être en lien que rien du tout. « Être en lien », c’est « être en relation » (reliés, en rapports), et il peut y avoir toutes sortes de relations, tout comme il peut y avoir toutes sortes d’attachements. La théorie de l’attachement distingue deux types d’attachements : L’attachement sécure et l’attachement insécure, qui lui-même se précise en trois sortes d’attachements insécures : les attachements évitants (à force d’absence de l’autre, le sujet finit par ne plus évoquer ses besoins), les attachements ambivalents (à force de comportements violents de l’autre, le sujet est préoccupé, toujours en alerte, sur ses gardes, rempli d’incertitudes) et les attachements désorganisés (à force de violences extrêmes de l’autre, le sujet est en désespérance, avec peur sans solution… l’autre est effrayant).

D’autres termes sont également utilisés : attachement détaché, attachement non résolu…

En dépit du nombre de possibilités identifiées, il arrive qu’une personne ne se sente dans aucune d’elles précisément. C’est toujours la difficulté des catégories, commodes pour la compréhension, mais toujours imparfaites face à la diversité des situations. Il ne s’agit surtout pas là d’une critique, mais d’un constat auquel nous sommes tous exposés quand nous catégorisons. C’est cognitivement pratique, mais le réel, tellement multiple, ne se laisse pas classer aussi facilement. Ainsi, la théorie de l’attachement distingue différents types de liens, mais n’aborde pas le

« contact communicant ». Pour cela, il ne s’agit plus de lien mais de connexion, d’ouverture : « communicant » signifiant « ouvert » (comme le sont par exemple les pièces ou les vases communicants). Bien que John Bowlby évoque souvent l’empathie (mot d’origine allemande : Einfühlung signifiant tact psychique), les notions de contact ou d’amour restent discrètes, sans doute parce qu’elles sont plus difficilement objectivables, et viennent ainsi contrarier la volonté de rigueur scientifique de l’auteur.

 

En Maïeusthésie, nous sommes peut-être moins rigoureux scientifiquement, mais plus rigoureux sémantiquement. Nous explicitons des ruptures de contact pour des raisons de sécurité (clivage de la psyché) puis l’émergence de liens pour éviter de perdre ce que l’on a dû mettre à distance, en vue de restaurer ultérieurement l’intégrité, la complétude. La pulsion de survie qui est garante de la sécurité, engendre les clivages. La pulsion de Vie qui est garante de l’intégrité, engendre les liens. Les deux coopèrent en vue de préserver la complétude en devenir.

 

  • Communicant (contact, ouverture)

Être relationnels c’est « être reliés », « être en lien », « attachés », exposés aux affects. Les agitations de l’un provoquent les secousses émotionnelles de l’autre (émotivité). Être communicants c’est « être ouverts », « libres », « en contact ». L’expression de l’un permet la compréhension de l’autre qui s’en trouve touché sans être affecté (sensibilité). Une véritable rencontre ne peut se faire qu’avec l’état communicant. Quand il y a rencontre, il n’y a plus risque de perdre, alors le lien se dénoue naturellement car il cesse d’être nécessaire. Il importe de comprendre qu’on ne se libère pas d’un lien en le « coupant », comme l’expression « couper le cordon » le propose, mais en réalisant un contact, une rencontre, une considération qui fait que le risque de perte a disparu. De ce fait, le lien disparaît aussi naturellement, car ce qui a été vraiment rencontré (des Êtres et pas seulement des personnalités ou des figures) ne sera jamais perdu. Le lien reste nécessaire seulement tant que la rencontre n’est pas accomplie.

 

  • Du lien vers l’amour

Le mot « amour » veut dire tellement de choses qu’il convient d’en préciser les différentes possibilités. Les Grecs avaient envisagé plusieurs mots pour énoncer ces différences. En voici treize :Pothos (besoin, désir insatiable), Porneia (pulsion de satisfaction érotique), Eros (amour intéressé, besoin de l’autre), Manía (obsessionnel, jalousie, passion).Agapè (désintéressé, généreux), Storge (famille, tendresse), Philia (amitié), Ludus (s’amuser ensemble).Pragma (l’art du compromis, longévité du sentiment), Eunoia (bienveillance), Harmonia (harmonie, cohésion), Philautia (amour de Soi, compassion pour soi-même - différent du narcissisme qui n’est qu’amour de son image).Charis (touché par la grâce de Dieu, désintéressé).J’en retiendrai trois seulement pour illustrer mon propos :Eros :  amour intéressé avec besoin de l’autre, Agapè : amour désintéressé avec une générosité quasi pulsionnelle, Charis : amour attentionné où l’on est touché par la grâce de l’autre. Nous avons donc deux sens de flux entre les interlocuteurs : « prendre » (intéressé), « donner » (désintéressé)… puis autre chose que des flux : « attentionné » (déploiement réciproque).

Intéressé : lien par besoin d’obtenir de l’autre (prendre), désintéressé : lien par besoin de faire bénéficier l’autre (donner), attentionné : sans liens mais connectés, touchés par qui est l’autre, dans un état d’ouverture existentielle (recevoir la grâce qui le constitue).

 Dans les deux premiers cas (intéressé/désintéressé), l’énergie de besoin permet de se lier faute de savoir se rencontrer, et même faute de savoir exister… en vue de devenir capable, ultérieurement, d’être attentionné et de partager notre humanité. L’énergie de besoin, c’est la libido, qu’on limite souvent à tort à la sexualité. Cette énergie permet le lien, l’attachement salutaire qui, à force de se côtoyer, finira par devenir Charis si tout se passe bien… après de tortueux détours parfois très inconfortables. Charis est hors du champ de cette énergie. En effet, l’énergie est une chose qui répond aux règles de la thermodynamique : elle se déplace, se transforme. Quand elle se déplace : d’où elle vient, il y en a moins, et où elle va, il y en a plus. Charis ne joue pas au niveau de l’énergie mais au niveau de la Vie : quand la Vie est rencontrée elle se déploie et remplit les deux pôles en même temps. Rien n’est soustrait nulle part, nous ne sommes plus dans les règles de la thermodynamique, car « Vie » et « énergie » ne sont pas de même nature. La Vie c’est « être », l’énergie c’est « faire ». L’énergie biologique n’est pas exactement la Vie qui, elle, est plus « conscience ». Pierre Teilhard de Chardin, paléontologue, distinguait ainsi la géosphère (énergie physique), la biosphère (énergie vitale du « grouillement cellulaire sur la planète), et la noosphère (zone de conscience, de « Noos » esprit). La Vie dans le sens « être » ou « conscience » se trouve dans la noosphère et échappe ainsi à la thermodynamique, œuvrant plus en déploiement (se révéler) qu’en développement (ajouter des éléments)... l’un n’excluant pas l’autre !Bien évidemment, ce phénomène non objectivable échappe à la mesure et à la science. C’est pourquoi John Bowlby ne l’évoque pas, tout en nuançant tout de même son propos avec des notions de « pourvoyeur d’attention » et d’« empathie ». Ce que l’on observe compte plus que ce que l’on théorise et Bowlby espérait qu’on n’enfermerait pas les patients dans des théories. Il écrivit même que quand les faits ne correspondent pas à la théorie, il convient de modifier la théorie et non pas de faire rentrer les faits de force dans celle-ci.


Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Amour et attachement, ou … de l’attachement vers l’amour », décembre 2025


 Photo, DiceSales Birdman


« Ne confonds plus l’amour et la dépendance affective. Aimer quelqu’un ne devrait jamais être synonyme de souffrance ou d’attente désespérée. Quand tes sentiments brûlent pour une personne qui ne les partage pas, ce n’est pas l’amour qui parle, c’est la dépendance. La dépendance affective te fait croire que ton bonheur dépend de l’autre. Elle te pousse à attendre ses signes, à t’accrocher à ses silences, à espérer ce qui ne viendra peut-être jamais. Elle transforme la tendresse en besoin, la présence en oxygène vital, et le cœur en prison. Aimer, ce n’est pas se perdre pour exister. Aimer, ce n’est pas supplier un retour ou chercher une reconnaissance constante. Aimer, c’est offrir sans s’oublier, c’est se sentir entier même si l’autre ne peut pas te rendre la pareille. Reconnaître la différence, c’est se libérer. C’est comprendre que le cœur peut désirer, mais que le vrai amour commence par soi-même. C’est accepter que certains sentiments ne sont pas réciproques, sans se juger, sans culpabiliser. C’est transformer la douleur en force, et le manque en conscience de sa propre valeur. Ne te perds pas dans ce qui ne t’appartient pas. Aimer quelqu’un, ce n’est jamais s’oublier. Et quand tu comprends cela, ton cœur cesse d’attendre l’impossible et commence enfin à respirer. » Charlotte Cellier  

Peut-être avez-vous oublié  ces derniers jours, mois ou années de penser à la personne qui vous est la plus proche... vous-même.  Alors n'hésitez pas à prendre rendez-vous. Je vous propose des consultations individuelles au Cabinet Aliotis à Genève ou en distanciel.  Je me déplace à domicile pour les personnes à mobilité réduite, dans les établissements médicaux spécialisés et les maisons de retraite. Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 6 personnes).

 

 Bien chaleureusement, Angela Dupraz

 

 Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com


Genève, le 30.11.2025

 

 
 
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