#52 LE TRAUMATISME VICARIANT
- Angela Dupraz

- 9 déc. 2025
- 3 min de lecture
Dans les métiers de la relation, on ne traverse pas les histoires des autres sans en garder parfois des traces. Le traumatisme vicariant, c’est cette usure silencieuse qui s’installe quand on écoute, accompagne, soutient jusqu’à en être soi-même affecté.
Après la fatigue compassionnelle, le sujet du traumatisme vicariant apparaît tout aussi important. Parce que je le vois chez mes patients-es supervisés-es, chez mes collègues psys, chez mes collègues travailleurs-ses sociaux et parfois chez moi aussi. Parce que recevoir chaque jour des récits de violences, de pertes, de douleurs, cela peut laisser des traces.
Le traumatisme vicariant est un sujet clinique documenté. Le travail avec les personnes traumatisées expose les soignants-es à avoir accès à des histoires traumatiques, avec le risque d’être traumatisés-ées eux/elles-mêmes en retour. Il désigne l’impact émotionnel cognitif et psychologique que peut produire l’exposition répétée aux récits de vie d’autrui. On commence alors à souffrir de réactions post-traumatiques liées à un trauma qui ne nous appartient pas. Tels que des cauchemars, des pensées intrusives associées à ce qui nous a été raconté et qui continuent à nous habiter.
Les deux peuvent coexister, mais :
- La fatigue compassionnelle, c’est de l’épuisement émotionnel lié à la relation d’aide, au fait d’être exposé de manière répétée à la souffrance d’autrui.
- Le traumatisme vicariant, c’est une modification intérieure plus profonde qui touche aux croyances, à la vision du monde. En rapport à la sécurité, le traumatisme vicariant s’apparente davantage à une forme de « choc secondaire ».
Les personnes « à risque » sont les psychologues exerçant avec des publics traumatisés ; les étudiants-es ou jeunes professionnels-elles sans supervision ; les pros sans espace de débriefing et de soutien ; les personnes très empathiques ou hypersensibles ; les cliniciens-es ayant vécu leurs propres traumas (non-traités ou réactivés), les pros isolés-es professionnellement. Ce n’est donc pas une question de manque de « solidité », mais vraiment un « ration-exposition-ressources ».
Les signes à repérer sont : une hypervigilance, une irritabilité, une impatience… La présence de rêves ou de pensées envahissantes après certaines séances, avoir le sentiment de danger accru dans la vie quotidienne, une posture cynique et distante sur le plan émotionnel, une fatigue et une perte d’élan thérapeutique, une dévalorisation (« je suis nul-le », « je ne gère plus »). Alors si vous vous reconnaissez, c’est un message, non pas un échec. Retenez bien que le traumatisme vicariant n’est jamais la preuve d’une faiblesse individuelle, mais une exposition prolongée à l’extrême vulnérabilité humaine. C’est une réaction humaine et psychologique à un environnement émotionnel intense. Vous n’avez rien « mal fait », vous n’êtes pas moins « pro », vous êtes tout simplement humain-e.

« Pareil au sacrum, le sacré semble soutenir la structure de l'humanité qui est en nous. » Thierry Tournebise
Que faire si l’on pense être touché par le traumatisme vicariant ?
Il est préconisé d’entamer une supervision régulière : d’avoir des débriefing’s cliniques après les séances difficiles, d’établir un cadre thérapeutique clair et de poser ses limites professionnelles, de prendre soin de son sommeil, de ses besoins de pauses, d’instaurer éventuellement des « rituels de transition ». Une thérapie personnelle peut éventuellement être envisagée, se soutenir entre pairs (communauté, espaces sécures), diversifier sa patientèle (quand c’est possible) ou veiller à ne pas recevoir les patients traumatisés à la suite.
Être psy ou soignant-e, c’est rencontrer la part la plus vulnérable de l’autre, et parfois, cela laisse une trace.
Parler du traumatisme vicariant, c’est honorer nos limites, notre humanité et notre engagement.
Que cette information devienne une prévention, un soutien, un repère pour prendre soin de soi et continuer à prendre soin des patients-es.
Par Maureen Richard, psychologue
Si vous vous reconnaissez comme ressentant un traumatisme vicariant, je vous propose des consultations individuelles et supervisions au Cabinet Aliotis à Genève ou en distanciel.
Bien chaleureusement, Angela Dupraz
Mobile : +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch - www.angeladupraz.com
Genève, le 09.12.25


