#64 TRANSFERT ET CONTRE-TRANSFERT
- Angela Dupraz

- 5 janv.
- 4 min de lecture
Transfert : désigne le processus selon lequel en psychanalyse un patient déplace inconsciemment des sentiments (d’amour, de colère, de déception… ou autres) depuis un interlocuteur antérieur avec qui il les a éprouvés, vers le praticien qui conduit la séance. Le transfert est donc la répétition inconsciente d’un vécu antérieur. C’est un « outil » utilisé par le psychanalyste pour fournir son interprétation (en vue d’accompagner son patient vers la conscientisation de son inconscient), mais aussi une source d’attachement affectif du patient au praticien.
L’interprétation et l’accompagnement psychanalytique fonctionnent si le praticien ne tombe pas en contre-transfert (prenant alors pour lui ce qui ne lui est pas destiné). Il est parfois évoqué la notion de contre-transfert positif (volontaire et favorable au patient) et de contre-transfert négatif (involontaire et défavorable au patient). Il est même parfois soutenu qu’au cours du contre-transfert, un travail se fait entre l’inconscient du patient et celui du praticien pouvant être favorable au patient. Une telle pseudo théorie ne semble cependant pas refléter le professionnalisme du praticien.
Il importe de différentier le « transfert » et le « déplacement », même si pour parler de déplacement, dans le langage populaire, on parle abusivement de « transfert ».
En Maïeusthésie le praticien s’appuie plus sur les déplacements ressentis dans le quotidien que sur le transfert en thérapie. Même si le transfert peut exister aussi en Maïeusthésie, ce n’est pas un point d’appui majeur dans cette approche, et comme la thérapie y est très courte (souvent une ou quelques séances), l’avantage est de ne pas le favoriser. La notion de « non attachement » au praticien et de « liberté du patient » y sont très importantes (considération, confiance réciproque). Il n’est pas nécessaire en Maïeusthésie de « revivre l’émotion », mais simplement de rencontrer, reconnaître, reconnecter celui qui que l’on a été et qui l’a vécue. La reconnaissance y est plus importante que la simple mise en conscience.
Contre-transfert (et transfert) : au cours de sa vie, un patient peut avoir été confronté à des tiers qui lui ont donné trop de ce qu’il ne voulait pas ou pas assez de ce qu’il voulait. Face à son psychothérapeute, il arrive que le patient voit en celui-ci celui qui devrait lui donner ce qui lui a manqué, ou celui qui lui inflige ce qu’il a jadis subit. Le patient « transfert » sur son praticien la personnalité de ces tiers dont il estime avoir souffert, et refait ainsi l’expérience de son émotion antérieure.
En thérapie cela se nomme transfert, mais dans la vie courante, hors thérapie, nous avons un phénomène analogue qui se nomme « déplacement ». C’est à chaque fois qu’on attribue à un interlocuteur l’intention d’un tiers antérieur dont on estime avoir souffert, ou dont on attendait quelque chose. Le transfert ou le déplacement consistent en une « projection d’un interlocuteur antérieur sur un interlocuteur actuel » provocant une réaction analogue à celle de jadis (et donc inadaptée au présent).
On parlera de transfert positif ou négatif selon la nature de ce qui est ressenti et renvoyé (par exemple amour ou haine, attirance ou colère).
Si ce phénomène se passe chez le patient, il peut se passer aussi chez le praticien, et de façon d’autant plus forte que le patient peut être lui-même en transfert à son égard.
Nous parlerons aussi de contre-transfert positif ou négatif selon la nature de ce qui est ressenti et renvoyé.
Nous noterons que ces situations de transfert et de contre-transfert, même si elles peuvent donner lieu à de riches moments thérapeutiques n’en demeurent pas moins sources de complexités (ou même de confusion). Le paradigme en thérapie est souvent que le transfert est incontournable et même une nécessité, éventuellement le contre-transfert aussi. Il est parfois évoqué que le contre-transfert participe à la thérapie comme une sorte de travail discret s’opérant d’inconscient à inconscient, plus ou moins à l’insu de chacun. Parfois aussi une réponse volontaire et adaptée du praticien est évoquée comme un « contre-transfert positif », mais cela semble abusif de parler de contre-transfert dans ce cas.
Or, il se trouve qu’un autre paradigme est possible : le contre-transfert résulte d’une fixation de l’attention sur les problèmes à résoudre plutôt que sur le sujet (le quelqu’un) à rencontrer. Cette attention sur l’objet plutôt que sur le sujet entretient ce risque de confusion. Elle éloigne le praticien et le patient des rencontres intérieures que ce dernier doit accomplir dans sa psyché. Il n’est point besoin de transfert pour recontacter les émotions et vécus antérieurs. Il suffit, partant de ses symptômes et manifestations actuels (ou déplacements), de recontacter les parts de soi ayant jadis eu ces émotions. Il ne s’agit en aucun cas pour le patient de refaire l’expérience de ce vécu antérieur, mais de recontacter celui qu’il était et qui a éprouvé ce vécu.
Le praticien étant dans cette dynamique sera peu exposé au contre-transfert et n’aura pas besoin du transfert pour mener la thérapie vers son accomplissement.
Thierry Tournebise

Photo, Ragnar Axelsson
« Exceptionnels sont ceux qui comprennent les mécanismes de leur souffrance et qui s’empêchent de les reproduire sur autrui. » John Joos
Psychopraticienne en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins et des psychiatres en thérapie déléguée en Suisse.
Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 6 personnes).
Bien chaleureusement, Angela Dupraz
Genève, le 05.01.2026
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