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Angela Dupraz

#67 ETAT MODIFIE DE CONSCIENCE

  • Photo du rédacteur: Angela Dupraz
    Angela Dupraz
  • 15 janv.
  • 7 min de lecture

Un très Cher Ami posait cette question : « Si l'on entreprend un chemin d'intériorité, un chemin de réparation, un chemin de croissance, on se trouve très naturellement porté à s'écarter de ses semblables, à privilégier le travail sur soi qui appelle la solitude et le silence. Beaucoup d'entre nous et certainement de plus en plus, travaillent aujourd’hui avec des outils différents, à corriger rectifier améliorer embellir croître enfin et se sont mis pour ces raisons à l'écart. L’humanité dispose avec eux d'une escouade d'âmes bien trempées, d'êtres qui ont accru leur faculté de discernement, qui ne se bercent plus d'illusion et sont aptes à saisir l'immensité des problèmes qui nous assaillent. La difficulté est que ces êtres ne forment précisément pas une escouade, un groupe bien structuré, mais sont au contraire isolés, repliés, se protégeant de toutes les nuisances d'un monde à ce point malade qu'il rend malades ceux qui le servent aveuglément. Ma question lancinante est celle-ci : comment réinventer ce monde à partir de ces êtres qui se sont réinventés si le penchant naturel de ces êtres est de déserter nos sociétés, de ne même plus souhaiter se retrouver, se regrouper, faire corps, prendre les commandes et favoriser ce mouvement de renaissance que nous appelons de nos voeux ? Comment imaginer que notre monde puisse se réinventer si ce sont toujours ceux que le système a rendu le plus malades qui accèdent aux pouvoirs ? Avez-vous quelques réflexions stimulantes à nous partager à ce propos ?


Je remercie du fond du cœur Jean-Philippe de Tonnac pour cette « perche tendue ».


Il arrive que les mots nous manquent, mais il se peut que la difficulté soit bien plus profonde. L’indicible concerne des choses ou des ressentis que nous ne savons pas dire, mais que nous savons penser. Nous peinons seulement à les énoncer. Il est aussi des choses ou des phénomènes pour lesquels non seulement nous n’avons pas de mots, mais aussi pour lesquels nous n’avons pas de pensées pour nous les représenter. Pour accéder à ces subtilités il existe ce qu’on appelle l’« état modifié de conscience ».Dans cet état modifié de conscience l’intellect est juste placé en arrière-plan, afin de ne pas troubler l’accès à une expérience existentielle subtile. Il n’y a aucun « ensommeillement », mais au contraire une sensibilité accrue.

Il s’agit d’une expérience de transcendance où se révèle, non pas ce qui échappe à la conscience, mais ce qui la constitue et qui échappe à l’intellect (notre cognitif). Celui-ci habituellement le filtre et ne permet pas d’y accéder :

-        ce n’est pas la conscience qui y est modifiée,

-        c’est plutôt le mode opératoire de notre intellect qui se met en pause afin que la conscience se révèle.

En thérapie, le praticien et le patient sont tous deux en « état modifié de conscience » (conscience plus ouverte et plus sensible… on devrait plutôt dire qu’ils sont en « état modifié d’intellect ».

En effet, c’est l’intellect qui s’est modifié et laisse se révéler la dimension ontique. Cela se passe de façon simple et naturelle, juste parce que c’est l’existentiel qui mobilise l’attention.

Depuis cette zone pleinement réhabilitée, s’accomplissent des reconnexions, des réhabilitations, des réintégrations, des déploiements. Cela procure au patient non seulement la sensation d’une intégrité retrouvée, mais aussi celle d’un devenir enfin accompli où l’on peut être celui qu’on a à être.


Une sensibilité ordinaire

Cet « état modifié de conscience » est plus naturel qu’il n’y parait. Tel une sorte de « retour aux sources » il touche notre nature intime libérée des contraintes cognitives. L’intellect résulte de nombreux millénaires d’évolution et permet beaucoup prodiges qui méritent d’être honorés. En même temps, il limite notre sensibilité existentielle. Peut-être est-il difficile de faire jouer les deux en même temps, même si l’un peut rendre subtilement compte de l’autre.

L’état modifié de conscience est donc plutôt un ETAT MODIFIE D’INTELLECT, qui laisse la conscience s’exprimer spontanément. C’est ce que nous faisons quand nous laissons vagabonder notre introspection, attentifs à ce qui émerge en nous. C’est aussi ce que font les artistes quand ils se laissent inspirer. 


La dimension existentielle

Or il est tout simplement difficile d’objectiver l’inestimable. Dans ce domaine ses tentatives de démonstrations semblent souvent alambiquées, fantaisistes, « perchées », grossières, ou inappropriées.

Il est délicat à la fois d’en rendre compte et de rester cognitivement raisonnable. Même en étant très vigilant. C’est un peu comme prendre des gants (par précaution) pour mieux jouer du violon. Les sonorités qui en résulteront seront plutôt grossières, si toutefois elles ne sont pas totalement dissonantes, voire insupportables.

D’où cet état modifié de l’intellect qui laisse la conscience accéder à elle-même (sans gants). En fait l’intellect n’y disparait pas. Il s’y place en second plan plutôt qu’en premier plan. Comme s’il restait présent dans une expérience d’apesanteur afin de mieux rendre compte de la non-gravité.


Indéfectible soin du Soi

« Paraître » demande bien des efforts énergivores, pour seulement compenser ce profond besoin ontique si souvent frustré. Juste « être » est beaucoup plus simple, moins coûteux en énergie, plus nourrissant, mais ne fait pas vraiment partie de notre habitude culturelle. Saurons-nous oser ce lâcher-prise face au monde et ainsi le rencontrer et y exister, en y étant pleinement qui l’on est ?

L’ego (le moi) que Freud décrivait comme une stratégie sociale pour s’en sortir*, consomme de l’énergie. Il nécessite de multiples apprentissages pour se développer (ajouter du savoir et des compétences). Même s’il consomme de l’énergie, il rend bien des services et, hors de ses excès, il permet de situer chacun dans l’organigramme social ou familial afin d’en optimiser le fonctionnement au bénéfice de chacun.

L’Être (le Soi), lui, n’a pas besoin de se développer (de se construire), mais de se déployer (de se révéler). Ainsi le disait Leibnitz avec ses monades* : la monade, unité de conscience, contient déjà tout, mais repliée, en attente de déploiement (de dépliement) au gré des nouvelles rencontres.

*Leibniz, Gottfried Wilhelm : Monadologie – Flammarion, 1999

Le Soi ne consomme pas d’énergie, il opère dans une zone existentielle de « non gravité ». Il n’est pas concerné par l’énergie, mais juste par la considération. Comme la considération est assez rare, le Soi se déploie peu, ou lentement, et bien des zones en restent repliées… et tellement discrètes que le sujet lui-même finit par se demander s’il existe vraiment. Finalement, un peu de paraître le soulage temporairement.

Encore une fois, prenons garde surtout de ne pas diaboliser l’ego, comme cela se pratique si souvent dans les quêtes existentielles. Non seulement il permet une salvatrice compensation en cas de frustration ontique, mais aussi comme nous l’avons vu abondamment, il permet de savoir qui est où et qui fait quoi dans un organigramme social ou familial. Dans ses excès, il deviendra masque ou costume (parfois même une armure ou un scaphandre). Mais hors de ces extrêmes, lors de situations ordinaires, il sera juste une sorte de badge très utile, indiquant où se trouvent les interlocuteurs (telles des coordonnées spatiotemporelles permettant de « naviguer » dans un groupe d’humains et d’identifier ses interlocuteurs).

Il est souhaitable de trouver un subtil équilibre, où les élans de transcendance sont accompagnés par un intellect qui ne prétend rien, mais qui en permet une expression authentique. Alors, libre des croyances en quelque chose, comme libre de la croyance en rien, nous bénéficions de la délicate expression d’une dimension expérientielle simplement éprouvée (expériencée), qui accompagne naturellement notre vie.

Ainsi chaque Être de Soi réhabilité rejoint la psyché, s’y déploie dans son entièreté, en occupe tout l’espace, sans pour autant empiéter sur aucun autre. Curieuse géométrie me faisant penser à la façon dont Pierre Teilhard de Chardin évoquait les atomes. Paradoxalement, ils se côtoient et, tout en étant distincts, ils occupent chacun la « totalité » de l’Univers :

« Chacun d’eux [atomes] a pour volume le volume de l’univers. L’atome n’est plus le monde microscopique et clos que nous imaginions peut-être. Il est centre infinitésimal du monde lui-même. » (Teilhard de Chardin, Le phénomène humain, Ed. du Seuil, 1955, p .40).

Ce qui constitue notre humanité a profondément besoin de ces subtilités.

Notre humanité a besoin de pouvoir s’exprimer. Quand cela ne se peut pas dans notre quotidien, il s’agit au moins qu’un praticien en psychothérapie puisse proposer une telle écoute, une telle reconnaissance.

Quand la compétence sur les traumas et la réhabilitation des zones de Soi blessées est bien établie, il ne reste au praticien à ne pas manquer la dimension existentielle d’accomplissement, de déploiement de Soi qui, au-delà de l’intellect et du Moi, tente de rendre compte de cette « intime immensité » si discrète qui nous constitue.

Alors vers où porter son attention ? Vers la grâce ou vers le trauma ?

Les deux sont à considérer, car il arrive que la non-reconnaissance de la grâce devienne source de trauma.


Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Grâce ou trauma, vers où va le soin en thérapie », 2025



LA CONSCIENCE PRECEDE LES MOTS ET LES PENSEES.

Un être humain a besoin que l’autre soit touché de le rencontrer pour se sentir exister. Cela est pour lui comme une nourriture ontique, ou noétique, pour ne pas dire spirituelle. La validation existentielle vient directement du fait que notre attention se porte sur l’Être plus que sur les circonstances, et qu’il en résulte une sincère réjouissance. L'apaisement en est instantané. Ce qui se vit ici n'est pas psychologique, c'est ontologique.

LES ÊTRES VIVENT DANS UNE DIMENSION ONTIQUE ET LE MONDE N’EN EST QU’A SES BALBUTIEMENTS, LOIN DE CES SUBTILITES.

Et surtout, il ne s’agit pas de rectifier ou de corriger mais d'accueillir…même CELA.

 

Conscience élargie Trouver une feuille, devenir son arbre. Accueillir un sourire, devenir la joie. Elena Venel

 

Psychopraticienne en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins et des psychiatres en thérapie déléguée en Suisse.

Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 6 personnes).

Bien chaleureusement, Angela Dupraz


Genève, le 16.01.2026

 

Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com

 
 
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