#68 DEROULEMENT D'UNE SEANCE EN MAÏEUSTHESIE
- Angela Dupraz

- 18 janv.
- 9 min de lecture
Outre l’accueil du patient, que la vie sociale conduit à avoir, il y a la considération a priori que l’on a à son égard en tant que praticien (et surtout en tant qu’humain)... envers lui, mais aussi envers ce qui appelle sa conscience à travers son symptôme. Il y a aussi l’humilité de ne pas savoir si l’on saura améliorer sa situation. Toute certitude est bien présomptueuse (même si l’on a un taux de réussite de plus de 80%). Ce qui importe c’est au minimum d’être capable de ne pas causer de nuisances*… et surtout d’être assuré d’une confiance indéfectible en le fait que ce qui se passe chez le patient a ses justesses, ses pertinences en termes de vie, de survie et de systémie. Alors, ensemble (lui et nous), nous parviendrons bien à quelque chose de signifiant.
Pour le praticien, cette confiance en le patient et en ce partenariat avec lui est encore plus essentielle que la confiance en soi et en sa technicité. L’éthique du soin fait que celui-ci comporte en même temps cette posture d’humanité, d’humilité, de partenariat et de technicité ou de savoir disponibles.
Le point de départ est le ressenti actuel du patient, généralement son ou ses symptômes.
La recherche
A partir de ce ou de ces symptômes, le praticien tente de faire préciser la nature de son ressenti. Quelqu’un qui dit ne pas supporter la nourriture, il lui sera par exemple demandé « Face à la nourriture que ressentez-vous ? ». L’énoncé standard du symptôme (par exemple, « trouble alimentaire ») est moins important que ce qui est éprouvé quand il survient. La dame qui panique en s’éloignant de chez elle souffre donc de ce qu’on appelle « un trouble panique ». Cependant quand le praticien lui demande « Que ressentez-vous vous quand vous vous éloignez de chez vous ? » et qu’elle répond « J’ai l’impression que je ne pourrai plus rentrer chez moi » cela est un indice bien plus précieux.
La plupart du temps le ressenti actuel est en résonnance avec le ressenti de celle qu’elle était et qui appelle son attention. De question en question, en faisant préciser le ressenti, parfois en allant d’une zone de vie à une autre, chaque ressenti en faisant préciser un autre, nous aboutissons à ce qui appelle sa conscience. Chez cette femme par exemple nous arrivons à l’enfant qu’était sa mère dont la mère décède, dont le père est violent …l’enfant qu’était la mère fut placée en institution et ne reviendra jamais chez elle. La part du Soi ici identifiée est donc intergénérationnelle : l’enfant qu’était la mère.
Cette phase de l’entretien est le Guidage non directif.
Pendant toute cette phase d’approche, le praticien est en même temps au côté du patient pendant son cheminement (cela le sécurise), mais aussi déjà à destination (même sans savoir ni où, ni quand, ni qui est à rencontrer) en connivence avec ce qui appelle sa conscience (cela sécurise encore plus le patient et lui donne davantage le goût d’y aller).
Le savoir et la connaissance Le praticien ne « sait » rien concernant la destination en termes d’histoire. Cependant il est déjà en « co-naissance » (« à côté ») de ce qui appelle la conscience du patient (et il s’y trouve en toute confiance). On pourrait dire que le praticien « connaît » déjà ce qu’il ne « sait » pas encore si l’on accorde au mot « connaître » le sens de « naître ensemble » et à celui de « savoir » l’accès à des données objectivables intellectuellement. C’est ce qui permet au praticien d’avoir des questions pertinentes avec un non verbal adapté, sans même avoir à y penser. De ce fait le praticien a en même temps l’assurance de celui qui y est déjà et la candeur de celui qui ignore tout, s’émerveillant des découvertes à chaque pas.
La mise en contact
Arrivé à destination, il reste au praticien à accomplir ce qu’on pourrait appeler « le moment thérapeutique », c’est-à-dire plutôt « le moment de remédiation » ou « le moment de rencontre et de reconnaissance ».
Dans ce qu’on appelle la « relation d’aide » le praticien va juste valider le ressenti de l’être identifié. Par exemple avec une reformulation « ça a vraiment été bouleversant pour celui que vous étiez !? » (et non « ça a été bouleversant pour vous à cette époque !? », car cela replacerait le sujet dans la situation antérieure et risquerait de l’amener en régression).
Dans la « thérapie » il va plus loin : il met en œuvre la remédiation :
« Vous voyez celui que vous étiez ? »
« Vous prenez la mesure de ce qu’il a éprouvé ? » (en le désignant à la troisième personne, afin de le rendre distinct et de pouvoir le rencontrer en « méta-position »).
« Vous pouvez lui dire "je prends la mesure de ce que tu as éprouvé !?" » (en énonçant la nature et la dimension du ressenti identifié). Par exemple « tu avais si mal que tu souhaitais mourir !? » ou « Tu te sentais tellement seule que tu aurais souhaité disparaître !? ». Naturellement la phrase doit être en adéquation avec ce qui a été identifié et réellement ressenti. D’ailleurs il arrive souvent que le ressenti révélé par « celui qu’était le patient » ne soit pas celui dont il avait le souvenir et soit plus fort, soit moins fort, ou d’une autre nature, que ce que contenait sa mémoire consciente. Ce « ressenti de celui qu’il était » lui est révélé « en direct par celui qu’il était » et non « en différé non par sa mémoire ». De ce fait, cette information est plus fidèle à la réalité de ce qui se trouve dans sa psyché (sans pouvoir prétendre pour autant de façon objectivable que c’est la réalité absolue de ce qui s’est passé jadis - mais c’est une réalité intime très juste pour le patient).
Le patient peut verbaliser cette phrase de reconnaissance proposée, ou, plus simplement le dire en un flux silencieux, intérieur, « depuis son cœur », dirigé vers celui qu’il était : « Tu te sentais tellement seule que tu aurais souhaité disparaître !? ».
Pendant cette opération de rencontre et de reconnaissance, l’emplacement du praticien est « à côté de l’Être identifié », en générosité et en invitation. Un peu comme s’il était « placé à côté de l’Être identifié dans la psyché » et que, en même temps il « touchait l’épaule du patient présent » en encouragement, sans aucune pression, sans le forcer, tout à son écoute (car le patient à chaque pas a droit à toutes les réticences possibles). Le praticien n’effectue ni geste ni déplacement physique, il s’agit d’un emplacement subjectif. Mais rappelons-nous que là où se trouve le praticien, là le patient peut aller plus aisément.
Quand le praticien prononce en forme directe « Vous pouvez lui dire » je prends la mesure de ce que tu as éprouvé !? » (plutôt que la forme indirecte « dites-lui que vous prenez la mesure de ce qu’il a éprouvé ! »)… il vient déjà lui-même d’accorder, cette reconnaissance, de tracer le chemin pour que le patient puisse l’accomplir plus spontanément.
La vérification du résultat
Il peut paraître curieux de parler de « résultat » car nous ne sommes pas dans une opération de pouvoir, ni de stratégie, ni de solution (mais plutôt de « médiation »). Nous n’avons fait que suivre les méandres naturels de la psyché et de ses pertinences, en partenariat avec le patient, accomplissant dans sa vie un cheminement vers lui-même et vers le monde, qui se manifestait déjà en lui à travers ses symptômes.
Pourtant, il est souhaitable de conscientiser, d’identifier et de nommer, l’état final dans lequel il se ressent. Cela permet de conclure l’entretien d’une façon optimale et de valider ce qui s’est accompli.
Il faut bien comprendre qu’au début de l’entretien le praticien ne recherche pas « un résultat », mais a pour projet d’accompagner le patient vers ses justesses intimes, vers là où la pertinence de sa psyché le conduit, en alliance avec la pulsion de vie et la pulsion de survie qui opèrent sans cesse en lui.
L’état sera identifié et nommé concernant trois zones :
État de la « part de Soi » (Être de Soi) retrouvée. Comment « se sent-elle » ?
État présent du patient (comment « vous sentez-vous » ?).
État du symptôme initial (est-il « identique » ou « différent » et si différent « plus fort », « moins fort », ou « d’une autre nature » ?)*.
*L’état du symptôme ne vaut en aucun cas « prédiction » pour le futur (même si la situation est généralement durable), il rend juste compte de ce qui est dans l’instant.
Si les trois points se trouvent allégés et apaisés, on peut dire que concernant ce que le symptôme exprimait, ce qu’il y avait à faire a été accompli.
Si l’un des trois points n’est pas en paix (ou les trois), cela signifie que nous n’avons pas entendu et reconnu tout ce que le symptôme exprimait. Cela n’invalide aucunement les rencontres et les reconnaissances accomplies au sein de la psyché … cela signifie simplement qu’il y en a d’autres. Celles-ci peuvent être mises en œuvre dans le cadre du même entretien, qui de ce fait peut continuer. Mais si l’entretien a déjà été long, cela peut être remis à une autre consultation.
Professionnalisme, souplesse et ajustement
Pour conclure je préciserai que ces éléments de « protocole » ne doivent surtout pas être considérés comme un protocole. Ils n’ont qu’une valeur indicative et le praticien doit garder sa souplesse, son ouverture d’esprit, ses capacités d’ajustement et même de créativité. C’est ce qui fera son professionnalisme. Il ne peut s’enfermer dans une façon de faire. Cela pourrait l’éloigner de ce que la situation spécifique du patient exige, et même qu’elle est peut-être en train de lui enseigner. Donald Wood Winnicott commença son ouvrage « Jeu et réalité » (1975) par une dédicace à l’attention de ses patients : « Merci à tous ces patients qui ont payé pour m’instruire ».
Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Emplacement subjectif du praticien, connivence et alliance thérapeutique », 2016

Photo, Sarolta Gyoker
* D’abord ne pas nuire (primum non nocere)
Le primum non nocere d’Hippocrate est parfaitement d’actualité en psychothérapie. Si le praticien peine à améliorer l’état de son patient, au moins qu’il ne l’aggrave pas ! Or, il se trouve que toute tentative de supprimer un symptôme, combattre une résistance, chercher une solution pour effacer le mal, privilégier les faits ou les problèmes à résoudre… sont des pratiques risquées ne respectant pas ce principe.
La vie à travers chacun
Le praticien en Maïeusthésie accompagne chacun de ses patients et, en binôme avec chacun d’entre eux, il accompagne aussi la Vie en accomplissement. Avec une grande humilité, il est facilitateur d’expression de la pertinence à l’œuvre à travers chacun. Ni mission, ni mégalomanie, en toute simplicité et en partenariat, il a affûté son « détecteur d’étoiles » et ne manque l’éclat d’aucune d’entre elles, sans aucun « adoucisseur artificiel ».Sans minimiser la moindre des douleurs ou des émotions pénibles, tout se fait en validation de ce qui est éprouvé (dans sa nature et dans sa mesure) et en reconnaissance de l’Être (dans sa présence au monde avec ce qu’il éprouve) et vers où il va.
Le praticien en Maïeusthésie est un partenaire de la vie en déploiement, en connivence avec qui appelle la conscience de chacun. Il saura accompagner aussi bien quelques tourments ordinaires de l’existence, que des suites post-traumatiques majeures, que le fait d’avoir à devenir qui l’on a à être.
Extrait de l’ouvrage : « Au cœur de la psychothérapie, nouveaux paradigmes et déroulements détaillés d’entretiens », Ed. esf Sciences Humaines, 2018
« L’écoute exclusivement auditive est une chose. L’écoute intellectuelle en est une autre. Mais l’écoute de l’esprit ne se limite pas à une seule faculté – l’audition ou la compréhension intellectuelle. Elle requiert un état de vacuité de toutes les facultés. Lorsque cet état est atteint, l’être tout entier est à l’écoute. On parvient alors à saisir directement ce qui est là, devant soi, ce qui ne peut jamais être entendu par l’oreille ou compris par l’esprit. » Marshall Rosenberg, Les mots sont des fenêtres ou bien des murs, Ed. La Découverte, 2002, p. 107) citant cite Tchouang Tseu (IVe siècle avant J.-C)
« J’ai l’impression que mon esprit est entré en contact avec celui de l’autre, que notre relation se dépasse elle-même et s’intègre dans quelque-chose qui la transcende et qu’advienne alors dans toute leur profondeur, l’épanouissement, le salut, l’énergie. » Carl Rogers, L’approche centrée sur la personne, Ed. Randin SA, 2001, p.168-169)
Psychopraticienne en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins et des psychiatres en thérapie déléguée en Suisse.
Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 6 personnes).
Bien chaleureusement, Angela Dupraz
Genève, le 18.01.2026
Mobile : +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch - www.angeladupraz.com


