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Angela Dupraz

#23 INDEFECTIBLE SOIN DE SOI

  • Photo du rédacteur: Angela Dupraz
    Angela Dupraz
  • 7 août
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 août


  • Pour économiser l’énergie

« Paraître » demande bien des efforts énergivores, pour seulement compenser ce profond besoin ontique si souvent frustré. Juste « être » est beaucoup plus simple, moins coûteux en énergie, plus nourrissant, mais ne fait pas vraiment partie de notre habitude culturelle. Saurons-nous oser ce lâcher-prise face au monde et ainsi le rencontrer et y exister, en y étant pleinement qui l’on est.

L’ego (le moi) que Freud décrivait comme une stratégie sociale pour s’en sortir*, consomme de l’énergie. Il nécessite de multiples apprentissages pour se développer (ajouter du savoir et des compétences). Même s’il consomme de l’énergie, il rend bien des services et, hors de ses excès, il permet de situer chacun dans l’organigramme social ou familial afin d’en optimiser le fonctionnement au bénéfice de chacun.

(*Il le comparaît à l’Hydre qui, avec ses pseudopodes urticants, attrape les proies et chasse les prédateurs.)


L’Être (le Soi), lui, n’a pas besoin de se développer (de se construire), mais de se déployer (de se révéler). Ainsi que le disait Leibnitz avec ses monades*, il contient déjà tout, mais replié, en attente de déploiement (de dépliement) au gré des nouvelles rencontres.

*Leibniz, Gottfried Wilhelm, Monadologie – Ed. Flammarion, 1999

Le Soi ne consomme pas d’énergie, il opère dans une zone existentielle de « non gravité ». Il n’est pas concerné par l’énergie, mais juste par la considération. Comme la considération est assez rare, le Soi se déploie peu, ou lentement, et bien des zones en restent repliées… et tellement discrètes que le sujet lui-même finit par se demander s’il existe vraiment. Finalement, un peu de paraître le soulage temporairement.

Encore une fois, prenons garde surtout de ne pas diaboliser l’ego, comme cela se pratique si souvent dans les quêtes existentielles. Non seulement il permet une salvatrice compensation en cas de frustration ontique, mais aussi comme nous l’avons vu abondamment, il permet de savoir qui est où et qui fait quoi dans un organigramme social ou familial. Dans ses excès, il deviendra masque ou costume (parfois même une armure ou un scaphandre). Mais hors de ces extrêmes, lors de situations ordinaires, il sera juste une sorte de badge très utile, indiquant où se trouvent les interlocuteurs (tel des coordonnées spatiotemporelles permettant de « naviguer » dans un groupe d’humains et d’identifier ses interlocuteurs).

Ainsi, prioriser le Soi (sans diaboliser ni le moi, ni l’intellect) permet d’économiser de l’énergie.

 

« Notre humaine aussi bien qu’inhumaine condition ne nous laisse aucun répit, de sorte que tout être se trouve aux prises avec l’étrange murmure : Qui es-tu ? Que fais-tu de ta vie ? Comment te comportes-tu ? Pourquoi te laisser entraver par la peur ? Pourquoi t’empêches-tu de vivre ? Abats les murs derrière lesquels tu te blottis. Et avance. Avance. Crée toi-même la lumière dont tu as besoin… » Charles Juliet, Cézanne un grand vivant, Ed. P.O.L, 2006

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  • Pour mieux accompagner ce qui nous constitue

Il est essentiel de sensibiliser les praticiens et les patients au fait que notre équilibre psychique ne tient pas seulement au fait de nous occuper des zones de trauma. Un praticien comme Abraham Maslow avait particulièrement insisté sur ce point :


« Nous espérons, bien sûr, que le conseiller sera celui qui pourra favoriser l’accomplissement des individus plutôt que celui qui aidera à guérir une maladie. » (Abraham Maslow - Être humain – Ed. Eyrolles, 2006, p.72, 73)

 

« Ce que l’on devrait être est pratiquement identique à ce que l’on est au plus profond de soi […] L’être et le devenir sont côte à côte concomitants. » (ibid. p.134)


Si une thérapie mise trop sur les traumas, elle risque d’induire la croyance que la psyché est seulement une zone sombre à nettoyer, plutôt qu’une lumineuse intuition de Soi à révéler (problématique de l’effet pygmalion, qui induit des phénomènes chez le patient).

La psychologie positive a bien compris cette nécessité de pousser le patient vers ses capacités naturelles sans s’appesantir sur son histoire meurtrie. Elle le met en œuvre d’une façon remarquable (Charles Martin-Krumm et Cyril Tarquinio - Traité de psychologie positive – Ed. De Boeck, 2011). Elle a étudié méticuleusement avec des expérimentations et des statistiques précises ce qui fait notre bonheur et même de quelle manière ce bonheur est contagieux (Jacques Lecomte -Introduction à la psychologie positive – Ed. Dunod, 2009, p. 24).

Toutefois, s’occuper des zones de trauma reste nécessaire. C’est la façon de le faire qui peut être revisitée : s’occuper plus de celui qui a vécu les faits que des faits eux-mêmes.

La psyché reste l’endroit de la conscience, de la grâce, du Soi, de l’existentiel. Quand il y a eu blessure, l’attention ne devrait jamais oublier de considérer cette dimension. Or il se trouve que la fascination pour l’horreur et l’outrancier édifiant (comme sur les réseaux sociaux) tend à faire le buzz et à aspirer spontanément notre attention vers ce qu’il y a de plus glauque. Probablement par nécessité de survie ancestrale, notre attention est captée (et même capturée) par tout ce qui représente un danger, afin de mieux y échapper. Repérer ce qu’il y a de plus sombre devient ainsi spontané.

Eduquer son regard à repérer la grâce, à voir les étoiles plus que les ordures, à voir ce qu’il y a de plus lumineux en chacun : cela, procède quasiment d’une rééducation intime ! La difficulté est de le faire sans pour autant sombrer dans l’illusion magique d’un « monde de bisounours ».

Abraham Maslow, Carl Rogers, Sándor Ferenczi, les praticiens en psychologie existentielle, ceux de la psychologie positive et bien d’autres tendent à nous sensibiliser à cette nécessité de nous tourner vers plus de grâce, de potentiel, de ressources.

 

·       Pour éviter la double peine

Visiter les zones de trauma dans la psyché est bien-sûr une nécessité quand ceux-ci se sont produits. Cela reste indispensable, qu’il s’agisse de « traumas positifs » (chocs de toutes sortes, engendrés par des accidents, diverses violences physiques ou morales), ou qu’il s’agisse de « traumas négatifs » (plus discrets mais tout aussi dévastateurs : privation de considération, d’amour, de place sociale, etc…). Les deux sont présents dans les « traumas positifs », où la violence s’accompagne toujours de non-considération.

Quand un trauma a eu lieu, plus le fait est horrible plus il y a risque de « double peine ». Comme nous l’avons vu précédemment, la première peine est celle de la souffrance lors du choc, qui va ensuite encombrer toute une vie avec des blocages ou des réactions incontrôlables. La seconde peine est celle de l’oubli existentiel quand l’Être qui a vécu le fait disparaît de la mémoire (personnelle ou collective) au profit de l’horreur de ce qui s’est produit (que ce soit un accident grave individuel, un attentat, ou un génocide). Il s’agit là de survie car il faudra dans le futur éviter tout ce qui ressemble à ça !

 

Le piège est malgré tout que la grâce disparaît au profit de l’horreur. Celle-ci efface la victime en tant qu’Être de la mémoire des autres, et de sa propre mémoire. à la blessure douloureuse s’ajoute l’effacement existentiel.

Pour éviter ce phénomène, le praticien tâchera de toujours mettre à l’honneur celui (l’Être) qui a vécu les faits, par rapport aux faits qui, eux, resteront en arrière-plan. Le Sujet d’abord, ses ressentis éprouvés ensuite. L’événementiel arrive en dernier et ne doit en aucun cas occulter le reste. Il peut même parfois ne pas être abordé (ce qui aurait plu à Sándor Ferenczi qui avait remarqué que ressasser les faits induit de nouvelles blessures).

Pour être plus sensible à ces priorités chez ses patients, le praticien aura bien-sûr avantage à avoir déjà expérimenté cela en lui, dans son cheminement personnel (cela est incontournable).

 

Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Grâce ou Trauma, Vers où va le soin en thérapie ? », août 2015

 

Je vous propose des consultations individuelles ou en couple en présence au Cabinet Aliotis à Genève ou en distanciel.

Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 8 personnes).

Bien chaleureusement, Angela Dupraz

Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com


Genève, le 07.08.2025

 

 

 
 
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