#11 LA DEPRESSION, ETRANGEMENT SALUTAIRE
- Angela Dupraz

- 19 juil.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 août
La dépression est un trouble particulièrement présent à notre époque. Sur le plan épidémiologique, elle est si répandue que les psychiatres Paul W. Andrew (chercheur à l'université du Commenwealth en Virginie aux Etats-Unis) et J. Anderson Thomson (Psychiatre à Charlottesville, à l'Université de Virginie) soupçonnent qu’il ne s’agisse pas de psychopathologie mais d’un mécanisme d’adaptation. Aucune psychopathologie ne touche ce nombre record de personnes atteintes.
Il semble que tout se passe comme si la dépression était un passage du moi vers le Soi*. Il s’agit alors de passer d’un fonctionnement fondé sur l’énergie à un fonctionnement fondé sur la vie, de passer de « faire/avoir » à « être ». (* Le moi gère la survie et l’individualisme. Il se développe au fur et à mesure des expériences, gagne en astuces et en capacités stratégiques. Le Soi gère la vie et l’individuation. Il ne se développe pas, il se déploie.)
La dépression est ce moment particulier où l’énergie n’est plus opérationnelle, où plus rien n’a d’intérêt, où les motivations se sont éteintes, où les compensations s’effondrent. Un pas hors de la zone d’énergie, un pas vers la zone de vie… mais entre les deux il n’y a ni l’un ni l’autre. Il en résulte une insoutenable sensation de vide. Il n’y a plus ni énergie ni motivations, mais il n’y a pas encore cette dimension existentielle, ontique ; tout au plus, il y a l’intuition… d’où une intense frustration. Même si ce moment de mutation est salutaire, l’inconfort qui y est éprouvé peut s’avérer insoutenable. Insoutenable tant il n’y a pas de repères en cet endroit, insoutenable tant les modèles sociaux ne pointent pas par là. La mode est à l’énergie, aux projets multiples, à l’activité, à l’efficacité. Elle ne propose ni la sensibilité, ni l’introspection, ni le tact subtil, ni le déploiement, ni la réjouissance avec ce qui est. Elle invite seulement à l’activité et au développement, à la performance… une sorte de croissance infinie portant vers un « toujours plus » éternellement insatiable, vers une sorte de procrastination retardant sans cesse l’avancée existentielle à accomplir.
Nous devons cependant distinguer deux types d’états dépressifs : celui qui concerne un chemin vers le déploiement et celui qui suit un moment traumatique.
Le moment traumatique induit un vide intérieur, par réaction de survie, par coupure d’avec soi-même, afin de ne pas être envahi par une charge émotionnelle ingérable. L’anesthésie qui en résulte est d’ordre post traumatique. Elle sécurise l’individu et le met au ralenti en état de protection. Elle le coupe de l’extérieur afin qu’il puisse prendre soin de lui, elle le coupe surtout d’une part de Soi qu’il récupérera ultérieurement.
Dans le cas d’un chemin vers le déploiement, la dépression est juste un passage vers plus de vie. Cependant elle est aussi extrêmement perturbante car tous les repères y basculent, s’effondrent. Une sorte de « à quoi bon » désabuse la personne (elle cesse d’être abusée par les illusoires agitations). Tout semble vain, inutile, superficiel, sans intérêt. Plus rien n’assure de motivation, plus rien n’est moteur. Il s’y trouve l’intuition que la vie n’est pas cette course effrénée, apparaissant soudain comme terriblement superficielle et inutile.

L’accompagnement ne peut consister en des tentatives de remotivations, mais plutôt en une reconnaissance du vide éprouvé, puis en une attention portée vers ce qu’il y a à rejoindre en Soi : soit une « part de Soi » dans un antérieur clivé, soit une part de Soi à oser être dans un ultérieur en attente de déploiement. Dans le cas d’un trauma, rejoindre celui qu’on était lors du choc en le distinguant clairement de la circonstance traumatique, dans le cas de déploiement rejoindre celui que l’on a à être, qui d’une certaine façon « nous attend » pour que nous soyons pleinement qui nous avons à être. Dans ce deuxième cas il y aura une sorte d’apprentissage de la sensibilité (et non de l’émotivité), apprentissage d’une façon « d’oser la vie » dans ce qu’elle a de plus subtil et de plus profond.
Thierry Tournebise, extrait de la publication « Vie et Energie, l’être et le faire », mai 2016
« Nous pouvons à peine supporter de regarder. L'ombre contient peut-être le meilleur de la vie que nous n'avons pas vécue. Allez à la cave, à la poubelle, au grenier. Trouvez un animal qui n'a pas été nourri ni abreuvé - c'est vous ! Cette créature négligée, exilée, avide d'attention, est une partie de vous-même. » Marion Woodman, poétesse et psychanalyste jungienne, née en 1928 au Canada
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Genève, le 19.07.25


