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Angela Dupraz

#7 LE CORPS COMME INTERLOCUTEUR... UNE PARTIE OUBLIEE DE LA PSYCHE

  • Photo du rédacteur: Angela Dupraz
    Angela Dupraz
  • 12 juil.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 août


 Il est habituel de considérer le corps comme exprimant des vécus plus ou moins conscients de la psyché. Il est habituel aussi d’y considérer des symptômes purement somatiques, dont s’occupe la médecine.

Il est beaucoup moins habituel d’évoquer le corps comme « parlant » en son nom propre, comme exprimant des « émotions purement corporelles », et non une sorte de réplique d’un vécu psychique. Quand le corps produit des ressentis au niveau de la psyché pour être « entendu » dans ce qu’il éprouve et que l’on prenne soin de lui, son « message » passe trop souvent inaperçu, car ce ressenti est interprété comme psychosomatique et l’on va se perdre en écoute de probables blessures psychiques cachées.

Le corps comme médiateur pour faire entendre les ressentis de la psyché est bien connu, mais la psyché comme médiateur pour faire entendre les vécus du corps n’est pas abordé en psychologie.

De tout cela découle la problématique d’un corps et d’une psyché qui seraient distincts, et nous oscillons entre cette éventualité dualiste et celle d’un « tout » plus ou moins clivé. Tous se passe comme si le corps faisait partie de la psyché (et pas forcément l’inverse). Le thème est ardu, incertain, délicat… cependant les réalités cliniques portent le praticien à ne pas négliger cet aspect dans ses investigations.

 

·       Comment pourrions-nous nommer une approche où l’on écouterait la psyché pour entendre le corps dans son besoin de reconnaissance ? Là, le vocabulaire nous manque. Même la construction d’un néologisme pertinent n’est pas aisée.

·       Comment pourrions-nous nommer une manifestation, un symptôme, qui ne serait plus l’expression d’une souffrance psychique, mais celle d’un corps dont les douleurs ne sont jamais entendues pour ce qu’elles sont, c'est-à-dire une souffrance du corps lui-même ? (Est-il même possible que le corps éprouve une pénibilité émotionnelle ?)

·       Comment se peut-il que la psyché soit en paix et que le corps soit cependant tourmenté, sans pour autant être « entendu » par quiconque. Ni par le sujet lui-même, ni par aucun praticien, qu’il soit médecin, psychiatre, psychologue ou psychothérapeute.

·       La psychothérapie et la psychologie abordent la blessure psychique par tout un tas d’approches, de techniques ou de méthodes. Mais qu’en est-il des blessures éprouvées par le corps ?


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« Je suis devenu ce que je suis aujourd'hui à l'âge de douze ans, par un jour glacial et nuageux en 1975 (...). La scène date d'il y a longtemps, mais (...) c'est une erreur d'affirmer que l'on peut enterrer le passé (...). Quand je regarde en arrière, je me rends compte que je n'ai cessé de fixer cette ruelle déserte depuis vingt-six ans. » Khaled Hosseini, Les Cerfs-volants de Kaboul, Ed. Belfond, 2007

Tout se passe comme si la psyché était constituée de différents éléments : tous ceux que nous avons été et tous ceux dont nous sommes issus (au minimum) qui sont en harmonie ou en fracture au plus profond de nous. De ce fait, il est juste de se préoccuper de ce que celui que nous étions à tel ou tel moment de notre vie a vécu, de le reconnaître, de le valider, de le réintégrer comme faisant partie de soi, afin d’aller entier vers le futur de notre existence.

Mais que faisons-nous des circonstances où la psyché, elle, n’a pas souffert, mais le corps, lui, a été éprouvé ? Nous ne devons pas oublier les éventualités où le corps a été en souffrance alors que la psyché était en paix. D’autant que pour être en paix, il arrive que la psyché se mette en fracture d’avec le corps et abandonne quasiment celui-ci (comme elle le fait par pulsion de survie pour n’importe quelle part psychique trop douloureuse)... quand elle ne l’instrumentalise pas pour mieux oublier (par exemple dans le cas des addictions).

 

J’aimerai plutôt ici développer une approche selon laquelle il est possible de considérer le corps comme « faisant partie de la psyché », comme étant une part de la psyché, au même titre que tous ceux que nous avons été. En ce sens je me rapproche de Plotin en incluant le corps dans la psyché (et non l’inverse), mais je m’en distingue en le considérant comme une partie de la psyché. Toutes ces considérations ne sont que des métaphores permettant à notre intellect d’appréhender une réalité subjective impalpable mais cliniquement éprouvée et seuls les résultats cliniques qui en découlent comptent.

Il s’agit dans cet article de proposer la possibilité d’un renversement de paradigme où ce n’est pas la psyché qui fait partie du corps mais le corps qui fait partie de la psyché. De même qu’en thérapie un patient peut « rencontrer » celui qu’il fut à un moment de sa vie, il peut aussi « rencontrer, entendre et reconnaître » celui que fut son corps, ce qu’il a éprouvé sans que cela n’ait été validé par personne (pas même par le patient lui-même, qui a tout fait pour le fuir plutôt que de le considérer).

De même qu’il peut y avoir des fractures entre différentes parts de soi, il peut y avoir des fractures entre soi et son corps, ce corps pouvant être considéré comme étant une part de la psyché (c'est-à-dire une part de soi, au même titre que tous ceux que nous avons été au cours de notre existence).

Quand le corps s’est donné la peine de somatiser, la psyché n’est pas entendue pour autant, car dans la plupart des cas, on se préoccupe plus de soigner le corps (en le faisant taire) que d’écouter l’être dont il est le médiateur. De ce fait, ce corps douloureux est combattu dans sa manifestation, et se retrouve en posture d’agacer celui qu’il tente d’interpeller plutôt que de recevoir une gratitude de sa part.

Mais si en plus le corps ne fait qu’évoquer somatiquement sa propre douleur émotionnelle (par exemple, son deuil suite à une ablation), il n’a aucune chance d’être entendu (car on ne pensera qu’au deuil de l’être, mais pas à celui du corps). La distinction n’est pas toujours aisée, car le deuil de l’être qui subit l’intervention est évident, alors que celui du corps ne semble même pas exister.

Le vécu émotionnel du corps ne doit pas être envisagé par simple anthropomorphisme, ni constituer une sorte de « nouvelle pensée magique ». Le corps doit plutôt être considéré comme une part de soi (faisant partie de la psyché) et ayant de ressentis éprouvés qui lui sont propres.

 

De même qu’en thérapie on peut par exemple prendre soin de l’enfant qu’on était, on peut aussi prendre soin du corps qui est le nôtre (ce sont dans les deux cas des parts de soi à considérer).

Il ne s’agit pas non plus de développer une théorie excentrique, mais plus modestement de prendre en compte des réalités cliniques habituellement négligées et faisant ainsi butter les thérapies.

Accepter de considérer le corps « comme s’il était un interlocuteur à part entière » peut sembler une liberté bien curieuse, à la frontière du délire, ou au moins à la frontière d’une sorte de « pensée magique ». Les rationalistes s’en trouveront peut-être heurtés et préféreront garder leurs « ratios » bien rangés et bien organisés, pareils à des « magasiniers de la raison » dont il ne faut pas troubler l’organisation paradigmatique.

 

Mais l’expérience clinique en décide autrement et nous conduit vers des considérations supplémentaires en matière de psychothérapie : le corps semble se manifester comme ayant un vécu émotionnel qui lui est propre, « comme s’il était en attente de reconnaissance de ce vécu quand il a éprouvé des traumas émotionnels ».

 

Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Le corps comme interlocuteur …une partie oubliée de la psyché », janvier 2013


« Le traumatisme est peut-être la source la plus évitée, ignorée, niée, incomprise et non-traitée de la souffrance humaine. » Peter Levine

 

Je vous propose des consultations individuelles, en couple ou en famille en présence au Cabinet Aliotis à Genève ou en visio.

Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 8 personnes).

 

Bien chaleureusement, Angela Dupraz

Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com


Genève, le 12.07.25

 
 
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