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Angela Dupraz

#25 LE SACRE ET L'HUMAIN

  • Photo du rédacteur: Angela Dupraz
    Angela Dupraz
  • 16 août 2025
  • 7 min de lecture

 

Il est fréquent d’associer le sacré au religieux. C’est une possibilité, mais pas la seule pour ce mot. Se voulant opposé à l’utilitaire, le sacré échappe à l’objectivation. Loin du monde des « objets » ou des « choses » il désigne ce qui nous transcende (ce qui semble se tenir dans un « ailleurs »). Il donne sens à notre vie, mais pas forcément avec religiosité. Par exemple les hédonistes (Démocrite, Épicure), matérialistes par définition, pensaient le spirituel comme étant simplement une version plus subtile de l’atome. Ils n’appuyaient leur pensée sur aucun « arrière monde » et privilégiaient « l’immanence » (tout est là) sans pour autant abandonner l’idée de subtilité, donnant une autre version possible de la transcendance.

Le mot « profane » serait, lui, le « vrai » contraire de « sacré », mais il a aussi différents sens : il peut simplement désigner celui qui ne sait pas (un étudiant qui aborde une nouvelle matière est profane en celle-ci).

Le verbe « profaner » par contre signifie « anéantir une dimension subtile pour la rendre ordinaire », ou pire encore la rendre minable (ce qui est bien sûr profondément irrespectueux, indépendamment du fait que le sacré soit vrai ou faux). On a pour habitude de dire de la vie qu’elle est sacrée à son début et à sa fin : que le ventre de la femme qui porte un enfant vers le monde est un lieu sacré, que la sépulture qui clôture la vie l’est aussi…etc.  …mais saurons-nous voir aussi le sacré entre ces deux limites ?

En dépit de toutes ces définitions, accepter d’être profane, c’est accepter la candeur, oser un esprit de découverte, disposer d’une ouverture d’esprit toujours en éveil, ne pas se considérer comme disposant d’une vérité absolue… j’ajouterai qu’une telle posture ne consiste en aucun cas à profaner, mais au contraire porte à respecter ce qui est nouveau, inattendu, à découvrir. Nous retrouvons alors ici les notions de liberté et de respect abondamment développées par John Stewart Mill.



  • Fondements et paradigmes

Pareil au sacrum qui soutient notre colonne vertébrale, le sacré semble soutenir la structure de l’humanité qui est en nous. Que ce sacré soit spirituel ou matérialiste importe peu, qu’il soit religieux ou laïc non plus (sachant que « laïc » ne signifie pas contre la religion mais les permettant toutes y compris leur absence). Dans tous les cas, le sacré est ontique. Il constitue ce dont nous sommes censés prendre soin autant chez nous-mêmes que chez autrui. La carence concernant les besoins ontiques est, selon Abraham Maslow, une des raisons de la psychopathologie ou des désordres sociaux, voire des guerres.


  • Croyance et sensibilité

Croire, c’est utiliser ce à quoi on croit pour interpréter sa perception. Certaines croyances sont religieuses, d’autres sont scientifiques, d’autres sont matérialistes… et puis il y a même ceux qui ne croient en rien… croire en « rien » étant aussi une croyance, car « rien » n’est pas plus prouvé que « quelque chose » !

Croire c’est se couper de sa sensibilité. Même en matière de religions, il y a des Êtres qui croient (juste protocolaires) et d’autres qui ressentent (subtilement ouverts). Comme m’avait dit une fois une religieuse : « Dieu je n’y crois pas… je le sens ». Mais celui qui sent qu’il n’y a rien, doit tout autant être respecté. Ce qui importe n’est pas la croyance (en quelque chose ou en rien) mais la sensibilité préservant une nécessaire ouverture d’esprit.


  • Le spirituel et le religieux

Le spirituel touche au domaine ontique alors que le religieux peut parfois se contenter du psychosocial hiérarchisé et ritualisé. Si le spirituel et le religieux vont habituellement de pair, ce n’est pas toujours le cas. Outre le fait que ce qu’il y a de plus précieux peut se retrouver diminué en « idolâtries » désuètes, les textes traditionnels délicats ont été détournés à maintes reprises au cours de l’histoire. C’est ainsi que les trois monothéismes (pour ne parler que d’eux) ont parlé d’amour, de respect et d’humanité…


« Ce qui est le plus personnel est le plus universel. » Carl Ransom Rogers*

  • Simplement le plus humain en l’humain

Le sacré n’est pas le religieux (même si ce dernier peut en être la représentation), mais simplement le plus humain en l’humain. Il est censé réunir les hommes au-delà de leurs croyances et peut même être totalement laïc : par exemple, la déclaration des droits de l’homme est un tel propos sacré qui réunit le plus grand nombre (entre les extrémités de la vie que représentent le ventre maternel et de la sépulture).

Le plus humain dans l’humain est la dimension ontique avec ses besoins d’amour, de reconnaissance, de beauté, de justice, de justesse, d’équité, d’harmonie… etc., même s’il peut prendre plusieurs moyens d’expression. Quelle que soit la forme que prend cette dimension ontique elle est respectable et sacrée puisque fondatrice de ce qui nous distingue de l’animal, nous place hors de l’esprit de meute ou de leader : en généreuse coopération elle nous réunit en humanité.

Puis, lorsque la fin de sa vie se présente, quand l’humain frôle ce qui lui semble le mieux représenter sa propre transcendance, quand il fait l’expérience de la mort imminente (NDE ou EMI) mais ne meurt pas du fait de réanimations… bien que ce soit indicible, il tente de rapporter ce qu’il vient d’expériencer : un vécu hors du commun, hors du sensoriel, de l’informationnel ou de l’intellectuel, une expérience de connaissance qui ne se transpose pas en savoir. Dix pour cent des gens réanimés ont eu un tel vécu et tentent d’en rendre compte. Ils se révèlent aujourd’hui si nombreux qu’ils sont maintenant écoutés (il y a 50 ans ils étaient seulement neuroleptisés).

Le nombre de ces témoignages, recueillis sans a priori, reflète un aspect de l’humain qu’on ne peut négliger. Cet aspect de l’humain ne semble dépendre d’aucune croyance ou incroyance, d’aucune adhésion à quoi que ce soit. C’est sans doute ce qu’il y a de plus sacré en l’humain témoignant le plus souvent d’éléments indépendants des cultures, reflétant une racine commune qui invite au respect de chacun et de tous. Cela semble confirmer les travaux de Maslow, la posture recommandée par Mill, les propos de Plotin… et tous ceux oeuvrant vers un plus d’humanité de différentes manières.

Quelle que soit l’interprétation que l’on donne à ces témoignages et quelle que soit l’objectivation que l’on tente d’en faire (à supposer que cela puisse être objectivé), ils sont de toute façon phénoménologiquement là et reflètent une expérience commune à des êtres humains de multiples cultures, croyances ou incroyances, de différentes ethnies, des hommes, des femmes des enfants… et invitent à la paix et au respect des Êtres et de la vie, les considérant comme sacrés.


PSYCHOLOGIE DE LA PERTINENCE

Or (…), nous voyons que la frustration ontique semble être la source de bien des errances psychiques. Les remèdes à la délinquance, aux psychopathologies ou aux attitudes addictives ne peuvent l’ignorer. 

La psychiatrie, la psychanalyse et la psychologie classique entrent bien dans ce champ où l’on tente de venir à bout du « desorder », que ce soit chimiquement ou psychothérapeutiquement. La psychologie positive s’en distingue, car une fois la pathologie résolue, elle tente de promouvoir la santé essentiellement par différentes approches jouant sur le comportemental ou le cognitif. La complémentarité des deux approches est évidente et elles peuvent se respecter et même s’étayer l’une l’autre

Cependant, ces remarques accompagnent implicitement la possibilité d’une troisième branche possible de la psychologie, qui pourrait se nomme« psychologie de la pertinence » ou même « psychologie de la pertinence et de la reconnaissance ».

Le symptôme n’y existe pas « à cause d’un trauma », mais « spécialement pour accéder à un Être » qui ayant éprouvé le trauma a été mis de côté dans la psyché afin de la préserver d’une charge excessive. Il ne reflète pas une maladie, mais une tentative de retour à la santé, à la complétude de Soi. Avec cette mise à l’écart naturelle, le patient d’un côté est préservé, de l’autre, il se retrouve clivé en « celui qu’il est » et « celui qu’il était ». Les processus naturels qui se mettent en œuvre chez le patient tendent à lui faire retrouver son intégrité, sa complétude psychique. Ils sont hélas interprétés comme des dysfonctionnements alors qu’ils sont une tentative d’accomplissement de son individuation.

La psychologie de la pertinence et de la reconnaissance résout alors les interrogations de Sandor Ferenczi à propos des clivages dus aux traumas, dont il a bien remarqué qu’on ne peut avancer en les faisant revivre, quand bien même ce serait en abréaction (énoncer tout en refaisant l’expérience). Elle résout aussi les interrogations de la psychologie positive qui, choisissant d’aller vers la santé, ne s’occupe pas du passé du sujet.

On peut, dans cette troisième possibilité, allier en même temps une dynamique du sujet allant vers sa santé et une prise en compte de sa vie et des traumas qu’il y a rencontrés. Les manifestations, interprétées ailleurs comme des psychopathologies, s’y retrouveront souvent comme des moyens accompagnant cet élan vers la santé psychique. Entrent dans ce champ les troubles phobiques, alimentaires, émotionnels divers, du comportement, obsessionnels, addictifs, pulsionnels, sociaux, etc… Même la situation psychotique peut y être abordée, y compris la situation autistique.

Bien sûr aucune approche ne doit se placer au-dessus d’aucune autre, et cette troisième possibilité ne doit être envisagée que comme… une troisième possibilité. Il n’en demeure pas moins que, sur le plan clinique, elle permet des apaisements durables en quelques séances, qui ne semblent pas être un déplacement de la pathologie, ni une occultation des symptômes.

Sans « combat » de quoi que ce soit, elle permet d’accompagner l’accomplissement des justesses qui tentent de se manifester chez le sujet afin de le conduire vers sa complétude.

 

 Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Addiction et bonheur », mars 2015 * La citation de Carl Ransom Rogers signifie que les expériences les plus profondes et les plus intimes d'une personne peuvent résonner chez les autres, touchant des aspects fondamentaux de l'expérience humaine. En d'autres termes, plus une personne explore et exprime son individualité et ses sentiments personnels, plus elle peut se connecter avec les autres à un niveau universel.



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Bien chaleureusement, Angela Dupraz

Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com Genève, le 16.08.2025

 

 

 

 
 
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