#18 NON JUGEMENT, NON CULPABILISATION
- Angela Dupraz

- 1 août
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 août
Quoi que révèle le patient à propos de lui-même (présent, passé), le praticien est censé ne porter aucun jugement à l’encontre de celui-ci, et garde sa confiance en la justesse de l’être. Il convient néanmoins de préciser qu’un non-jugement de l’être n’implique pas un non-jugement des choses, des actes, ou des conséquences qui, eux, peuvent toujours être situés dans une échelle de valeurs. Les « choses » peuvent être estimées par une évaluation (cela permet socialement de s’y retrouver), mais les êtres doivent rester par définition et par principe « inestimables » (les estimer reviendrait à les chosifier). Ils doivent non pas être « estimés », mais « considérés ».
Au premier jugement (même en pensée, donc induisant un non verbal) du praticien envers le patient (non-confiance en sa justesse) ce dernier se taira spontanément, dissimulera, contournera… ne pourra plus se rencontrer dans ses fondements. La thérapie bloquera avec les si célèbres « résistances », injustement attribuées au patient, alors qu’elles viennent souvent (mais pas toujours) de la mauvaise pratique (ou posture) du thérapeute. Ce phénomène de « résistance », venant plus de la façon de faire et d’être du praticien que des blocages du patient, furent dénoncées par Jung et par Rogers.
« Dans la littérature il est tellement souvent question de résistances du malade que cela pourrait donner à penser qu’on tente de lui imposer des directives, alors que c’est en lui que de façon naturelle, doivent croître les forces de guérisons » (Jung, 1973. p.157)*
« …la résistance à la thérapie et au thérapeute n’est ni une phase inévitable, ni une phase désirable de la psychothérapie, mais elle naît avant tout des piètres techniques de l’aidant dans le maniement des problèmes et des sentiments du client. » (Rogers, 1996, p.155)*
S’y ajoute le non-jugement envers ceux dont le patient se plaint. Quand le patient révèle « mon conjoint est ceci cela… », « mes parents sont trop… », « mes enfants ne sont pas assez… », le praticien permet au patient ce jugement (qui est l’expression de son ressenti), mais ne s’en permet lui-même aucun, sous peine d’aggraver une fracture psychique chez son patient. Le praticien aura autant de considération et de non-jugement (confiance en leurs justesses) envers les êtres évoqués par le patient qu’envers le patient lui-même, surtout si ceux-ci font partie de ses proches (conjoint, ascendants, descendants).
Sous prétexte de non-jugement, des proches évoqués par le patient qui, lui, les juge sans délicatesse, le praticien n’est pas pour autant autorisé à contraindre le patient vers une sorte de « pardon », car cela reviendrait à le juger pour le fait de leur en vouloir, alors que c’est pour lui la juste expression de sa douleur.
Le praticien qui pousse au pardon éloigne le patient de lui-même. De plus, la posture souhaitable du patient n’est pas le pardon, mais l’absence de rancune et la reconnaissance, dans lesquelles il accorde aux auteurs qu’ils ont une raison… cette raison n’excusant et ne banalisant pas l’acte (sinon ce serait être en déni de la douleur qu’il a éprouvées à cause d’eux). L’attitude recherchée par le praticien pour le patient est une posture dans laquelle celui qu’il était est profondément reconnu dans les douleurs qu’il a éprouvées et l’auteur des actes qui ont provoqué ces douleurs est aussi reconnu dans les raisons qu’il avait de les commettre.
Toute la nuance ici est de ne jamais banaliser un acte grave (ou vécu comme tel), sans pour autant porter de jugement envers l’auteur de cet acte, en tant qu’être. Il est accordé à cet auteur qu’il avait des raisons (ses raisons). Ces raisons sont reconnues, mais ne constituent en rien une excuse, et l’auteur doit toujours socialement répondre de ses actes, éventuellement devant la justice si ceux-ci le justifient.
Le patient sera donc en possibilité de reconnaissance de ces êtres sans les juger (important quand ils sont ressources, comme par exemple des parents), tout en pouvant juger leurs actes, afin qu’il existe un positionnement social, une échelle de valeurs et aussi une reconnaissance de celui qu’il fut quand il en a souffert.
Afin de ne conduire à aucune dérive, ce « non jugement - non culpabilisation » mériterait d’être abordé sur tout un article. On ne peut ici se satisfaire d’idées toutes faites, simplistes, doctrinales… c’est tout en nuances, en reconnaissance, y compris des colères et des rancunes. La position finale est une posture sans pardon ni rancune, mais pleine de reconnaissance, autant pour l’auteur que pour la victime.
Le praticien est censé être en « contact psychique » avec le patient (avec celui qu’il est et celui qu’il a été, autant qu’avec tous ceux dont il est issu qu’il évoque). Il ne place aucune distance, fût-elle thérapeutique ou professionnelle, avec son patient ou toutes « parts de soi » évoquées.
Le praticien aura une distance par rapport aux faits (et ne sera donc pas dans l’affect ou les risques de projections), mais pas par rapport aux êtres (et sera donc dans une humanité accompagnante). Être distinct, sans être distant. Être touché sans être affecté. Voici des clés de la posture du praticien.
Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Primum non nocere, d'abord ne pas nuire », décembre 2013
* Jung, Carl Gustav -Ma vie – Ed. Folio Gallimard, 1973
* Rogers, Carl Ransom - Relation d’aide et psychothérapie (traduit de Conselinng and psychotherapy, 1942) – Ed. ESF, Paris 1996 - L’approche centrée sur la personne. Anthologie de textes présentés par Howard Kirschenbaum et Valérie Land Henserson. Trad. de Henri- Richon Georges. Ed. Randin S.A. 2001.

Art, Auguste Rodin (1840-1917)
« Tout se passe un peu comme si l'humanité nous constituait de façon hologrammique (la totalité dans chaque élément). Chacun de nous contenant l'entièreté de l'Humanité, un peu comme chaque cellule de notre corps contient l'entièreté de notre génome. » Thierry Tournbebise
Je vous propose des consultations individuelles ou en couple en présence au Cabinet Aliotis à Genève ou en distanciel.
Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 8 personnes). Si vous êtes stagiaire en Maïeusthésie et que vous souhaitez pratiquer entre deux formations, ajuster votre posture ou être supervisé, je me tiens à votre disposition.
Bien chaleureusement, Angela Dupraz
Mobile : +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch - www.angeladupraz.com
Genève, le 01.08.2025


