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Angela Dupraz

#12 POST TRAUMATIQUE, STRESS MAJEUR ET SOUFFRANCE PSYCHIQUE

  • Photo du rédacteur: Angela Dupraz
    Angela Dupraz
  • 21 juil.
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 sept.


Suite un choc majeur, quand les « troubles du stress aigu » persistent au-delà d’un mois suite à la circonstance traumatisante, on parlera de SPT (Stress Post Traumatique). Avoir soi-même vécu une situation exceptionnellement douloureuse, ou avoir été témoin d’une telle chose vécue par un autre, peuvent ainsi nous conduire à un TSTP (Trouble de Stress Post Traumatique), avec des conséquences signifiantes sur la vie de tous les jours, parfois dramatiques.

Faire l’expérience d’une situation cataclysmique exceptionnelle peut placer dans la psyché une marque persistante rendant la suite de l’existence difficile : images obsessionnelles, craintes permanentes, difficulté à vivre simplement, angoisses profondes, troubles anxieux, paranoïa. Qu’il s’agisse d’une agression physique, d’un abus sexuel, d’un attentat, d’un accident, d’être passé près de la mort, de tout perdre en un instant, d’apprendre le décès d’un proche, de recevoir le diagnostic d’une grave maladie, de faire face à un revirement de situation majeur… etc., toutes ces situations peuvent rendre ensuite la vie quotidienne très tourmentée.

Face à de tels événements, tout le monde n’a pas les mêmes ressources. Certains, assez rares, sont naturellement plus résilients et s’en remettent plus vite spontanément. D’autres, la plupart d’entre nous, gardent des marques à long terme pouvant nécessiter un accompagnement psychologique. Les émergences symptomatiques suite au trauma peuvent survenir aussitôt après le choc (stress aigu), mais parfois seulement plusieurs mois, un an après, ou plus, à l’occasion d’une réactivation (stress post traumatique). 


DSM IV TR

Le DSM (manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux) nous propose une délimitation en trois volets (aigu, chronique, différé).

  • Aigu : moins de trois mois ; Les symptômes apparaissent durant ou immédiatement après le traumatisme, durant au moins deux jours, puis disparaissent en moins de 4 semaines. Au-delà de 4 semaines, l’état de stress post traumatique est envisagé. Au-delà de 3 mois le stress post traumatique est confirmé.

  • Chronique : plus de trois mois. Etat de stress post traumatique confirmé.

  • Différé : Avec survenue des symptômes au moins six mois après les faits.

Les symptômes (évitement, reviviscence, hypervigilance) durent 3 mois dans environ la moitié des cas jusqu’à une guérison complète. Mais des réactivations peuvent survenir ultérieurement en situations similaires.


CIM 10

Le CIM 10 (Classification Internationale des Maladies) ne précise pas de durée pour valider la notion de stress post traumatique et nous propose une définition intéressante de source événementielle :

Une situation ou un événement « exceptionnellement menaçant ou catastrophique, qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus ». Pas de durée minimale des symptômes pour caractériser le stress post traumatique (F43.1).  


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Les réactions de la psyché

Les symptômes d’un TSPT (trouble de stress post traumatique) énoncés dans le DSM sont l’Intrusion (pensées obsessionnelles), l’Evitement (détournement, compensations), l’Hyperstimulation (hypervigilance). Mais nous trouvons aussi sidération, déni (dans le trouble du stress aigu, c’est-à-dire immédiat), dépression, pensées obsessionnelles, paranoïa (dans le trouble du stress post traumatique, c’est-à-dire à distance dans le temps).

 

La réaction de survie

L’indicible, l’impensable

Il y a stupéfaction, sidération, face à ce qui en principe n’existe pas. Ce que rencontre le sujet faisant l’expérience d’un trauma est indicible et même impensable. Quand bien même il savait qu’une telle chose pouvait arriver, s’y retrouver confronté, que ce soit pour soi ou pour un proche, touche à l’invraisemblance. Les mots manquent, les pensées ne se construisent pas, impossibilité d’élaboration.

Juste après le choc, les séances de defusing (quand une cellule de crise est déclenchée) permettent une mise en mots de ce qui s’est passé, mais aussi et surtout de ce qui a été éprouvé. Des images choquantes, qui jusque-là n’existaient pas « en vrai » (même si des similaires avaient été vues dans des films ou dans les médias), des sensations inconnues, des pensées qui ne se construisent pas (car l’intellect n’est en principe pas équipé pour cela).

La sidération (étymologiquement de « siderus » : être sous l’influence d’une mauvaise étoile) ne permet pas à l’intellect de faire son œuvre. Cette sorte d’« arrêt sur image », parfois représenté dans certains films, « stoppe le temps » qui ne s’écoule plus, ou ressemble à un ralenti extrême. Le sujet se sent vide de références pour une telle chose, voire vide tout court : tout ce qui faisait sens jusque-là s’effondre…

 

Clivage immédiat

Quand un sujet vit une chose inintégrable (du fait de la violence de ce qui se passe, mais aussi du fait des ressources dont il dispose), sa psyché opère un mouvement de protection : elle se clive. Ce n’est pas le choc qui clive la psyché, mais la psyché qui, face au choc, s’auto-clive pour se protéger.

Ce clivage revient à une anesthésie de Soi par rapport à un élément de Soi. Il est plus ou moins important, plus ou moins profond. Il peut se réaliser avec une discrète mise à l’écart d’un élément de Soi, aller jusqu’à la perte de connaissance (évanouissement), et même jusqu’au coma (exemple de cette femme dont le conjoint s’est suicidé après qu’il ait tué leurs deux enfants… elle l’a « géré » avec une semaine de coma !).

Souvent le clivage est bien moins violent extérieurement, mais intimement, la psyché se scinde pour préserver sa sécurité, même si la manifestation en est discrète.

 

Protection et compensation

Certains symptômes reflètent ce clivage protecteur (anesthésie), d’autres reflètent le mécanisme de compensation permettant de masquer le vide qui en résulte (occultation).

 

Les « symptômes thérapeutiques » (quête d’intégrité)

Les flash-backs, les pensées obsessionnelles, semblent être des traces bien encombrantes. En fait elles tendent à conduire le sujet vers une compréhension, une intégration, une restauration.

Cela n’apparaît pas au premier coup d’œil et la tentation est de vouloir éliminer ces manifestations envahissantes, douloureuses.

Le phénomène qui se produit est que, faute de pouvoir être en état communicant (ouvert) avec cet élément de Soi qui a été clivé (par réaction de survie), le sujet reste en lien (relation) avec celui-ci à travers ces manifestations intempestives (flash-backs, angoisses, colères, violences, révoltes, somatiques… etc.)  Cet état « relationnel » (lien) lui permet de ne pas perdre ce qu’il a évincé (en éprouvant un ressenti analogue à celui du trauma), jusqu’au moment où il pourra en accomplir l’intégration, et se retrouver non pas « comme avant », mais « plus qu’avant ».

Boris Cyrulnik nous propose bien ce « plus qu’avant » dans ce qu’il décrit à propos de la résilience. Pourtant, il le décrit plus comme un combat et une victoire contre ces « fantômes du passé » que comme l’accomplissement d’une intégration (Le murmure des fantômes – Ed. Odile Jacob poches, Paris 2005). L’extrême délicatesse de sa démarche laisse cette intégration comme une réalité seulement implicite.

Ces symptômes se manifestent ici dans le but de « protéger de l’oubli ce qui a été clivé », en attendant que l’on soit capable de le revisiter avec plus de conscience.

Cependant, ces émergences impromptues peuvent s’avérer si inconfortables que le sujet va tenter d’user des « suranesthésies » ou des compensations pour les occulter.

 

La pulsion de vie, source de ces symptômes

La pulsion de vie produit les symptômes (en vue un jour de remédier au clivage et de retrouver son intégrité) alors que la pulsion de survie a produit le clivage (afin de protéger la psyché, en attendant que cette intégration soit possible). En fait, ces symptômes ne sont pas l’expression d’une morbidité, mais de l’élan de vie tendu vers une reconnexion de soi avec Soi.

S’il reste utile de pouvoir diminuer la manifestation de ces symptômes quand leur débordement rend la vie impossible pour le patient (que ce soit par des techniques de psychothérapie ou médicamenteuse [psychiatrie]), il est dommageable cependant de tenter de les supprimer. Ce serait comme couper le fil d’Ariane que tient Thésée dans le labyrinthe, sous prétexte de lui donner plus de liberté… il ne retrouvera plus la sortie ! Pareillement le patient doit garder un accès à lui-même, mais être accompagné pour que la reconnexion se fasse bien avec lui-même, et non avec ce qui s’est passé. Ce qui s’est passé est passé (n’y revenons plus car une fois suffit), par contre celui qu’on était quand ça s’est passé n’a jamais cessé d’être avec Soi, (clivé mais « juste à côté »), en attente de reconnaissance, de restauration, de réparation de la brisure jadis nécessaire. Tout se passe comme si, à travers ces symptômes, il appelait la conscience du sujet pour que celui-ci lui rende sa place au cœur de sa psyché, dans le but de lui rendre la paix et son intégrité. Dans ce cas il y a intégration et le sujet ayant vécu le trauma devient « plus qu’avant ».

Si au lieu de retrouver ainsi celui qu’il était, il se contente de ressasser les faits (rumination), ou engage une pseudo thérapie où il se contente de raconter ce qui s’est passé, alors il s’expose à la reviviscence. Il se refait ainsi une blessure supplémentaire à chaque nouvelle édition de son discours.

 

Affaiblissement de la survie

La pulsion de vie est garante de l’intégrité et la pulsion de survie est garante de la sécurité et des compensations. Le clivage et les compensations demandent de l’énergie. Or, d’une part il importe que la vie au bout d’un moment reprenne ses droits, d’autre part l’énergie n’est pas inépuisable et c’est cela qui initialise un retour à la vie.


Ce que propose la Maïeusthésie

La qualité de la communication en Maïeusthésie, permet de différencier

1. Le sujet 2. Ses émotions éprouvées 3. Les faits qui se sont produits.

Pour l’accompagnant, le fait de placer l’Être en premier, ses ressentis en second et les faits en troisième, rend la rencontre et l’accompagnement plus aisés. Cela donne aussi à la victime ayant vécu ces faits le sentiment d’être rencontrée comme un humain que l’on est heureux de contacter, et non comme un phénomène source d’effroi.

Le sujet doit être assuré qu’il ne produira pas l’effroi en énonçant son ressenti ou son histoire, mais il ne souhaite pas non plus une indifférence. Il a besoin de pouvoir s’adresser à quelqu’un qui prend la mesure de ce qui s’est passé, mais qui cependant reste sensible à son humanité afin de s’assurer qu’il est toujours un humain parmi les humains, et même un humain fréquentable.


La remédiation

La remédiation qui s’accomplit au cœur de la psyché est une source naturelle d’apaisement. Le praticien ne la produit pas. Il ne fait qu’en accompagner l’accomplissement en cours, qui était en marche grâce aux symptômes éprouvés chez son patient, mais peinait à s’accomplir.

Cet apaisement est constaté pour le patient lui-même, mais aussi pour celui qu’il était lors des faits, qui vient de bénéficier de cette humanité qu’on lui accorde. Celui qu’il était, quoique clivé n’a jamais cessé d’être « à côté de lui », en attente de reconnaissance et de validation. Les événements sont dans le passé, mais celui qu’il était est « là » bien présent en permanence depuis tout ce temps. Le projet du praticien ne doit pas être de l’éloigner, mais de lui restituer sa juste place au cœur de la psyché. Ce n’est qu’avec cette intégrité retrouvée que le patient retrouve la paix.

Toute idée d’élimination, de purification cathartique, d’accroissement du clivage dans la psyché, d’éloignement de celui qui a vécu ces faits dans une hypothétique reconstruction vers l’avenir, sont au mieux néfastes, au pire délétères.

Tout concourt à cette restauration de celui qu’on était dans son humanité (inestimable), clairement distingué des faits (négatifs jusqu’à l’horreur) et de ses ressentis éprouvés (validés dans leur nature - de quel type - et dans leur mesure – avec quelle amplitude).

Cette remédiation intérieure est phénoménologiquement une réalité subjective, dont le résultat est objectivement un apaisement tangible, dépourvu de risques de décompensations ultérieures, car elle ne résulte ni d’un pouvoir sur soi, ni d’un pouvoir contre des symptômes, mais d’une authentique restauration de Soi.

 

 Thierry Tournebise, extrait de la publication « Post traumatique, stress majeur et souffrance psychique », mai 2017


« Rien de plus émouvant qu’un homme qui se présente à vous, humblement, comme le rescapé de son propre naufrage ; et dont le dépouillement auquel la vie l'a condamné semble avoir été la condition même de la joie. » Charles Juliet

 Je vous propose des consultations individuelles, en couple ou en famille en présence au Cabinet Aliotis à Genève ou en visio.

Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 8 personnes).

 

Bien chaleureusement, Angela Dupraz

Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com


Genève, le 21.07.25


 
 
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