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Angela Dupraz

#19 THERAPIE ET GRATITUDE POUR LE PORTEUR DE SYMPTÔME

  • Photo du rédacteur: Angela Dupraz
    Angela Dupraz
  • 2 août 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 août 2025


Un symptôme psy se répète souvent pendant une ou plusieurs périodes de l’existence. Peurs, phobies, pensées obsessionnelles, ego trop fort ou trop fragile, pulsions, incapacités, addictions, troubles divers (panique, alimentaire, du comportement…), dépression, somatiques… etc. Cela signifie que celui que nous avons été au cours de notre vie a plusieurs fois porté un même symptôme. En dépit des apparences, cet inconfort, parfois majeur, permet de ne pas perdre la trace de ce qui appelle notre conscience. C’est cet aspect inattendu des psycho symptômes que nous aborderons dans les lignes qui vont suivre.

Le symptôme est un signe, qui appelle notre conscience afin de ne pas perdre la trace d’un Être inestimable que nous avons été, dont nous nous sommes clivés par survie, du fait des souffrances qu’il a éprouvées. Cet Être peut aussi être un de ceux dont nous sommes issus, oublié afin de ne pas troubler notre psyché. Ce peuvent être encore des Êtres d’une zone transpersonnelle délaissée ou mal considérée, qui n’ont pas trouvé leur place au cœur du Soi, ou même dans le monde. Nous allons dérouler ici les différentes phases d'un accompagnement thérapeutique :

  • Première phase : identification

Le patient vient voir le psychiatre, le psychologue, le psychothérapeute, le psychopraticien, avec des manifestations qui encombrent « un peu » sa vie. La première phase consiste à trouver celui qui appelle en lui à travers ces manifestations souvent gênantes telles que : personnalité fragile, caractère irascible, troubles paniques, addictions, dépression, difficultés sexuelles, conflits familiaux, boulimie, somatiques, phobies, pensées obsessionnelles, difficulté conjugale, crainte d’être parent, mal être social, émotivité, colères intempestives… etc.

 

La première question que doit se poser le psychopraticien est : « Qui sollicite ainsi l’attention du patient au cœur de sa psyché, à travers de telles manifestations ? ». Il n’est pas question pour autant pour lui de mener une enquête. Le praticien va simplement se laisser porter sur le « sentier du senti », car il n’y a qu’à suivre ce flux porteur, plutôt que de chercher quoi que ce soit.

 

Le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) propose que le symptôme soit la manifestation d’un dysfonctionnement, comportemental psychologique, ou biologique de l’individu (DSM IVTR XXXV). Bien avant, Sigmund Freud a posé l’idée que le symptôme était un moyen de dissimulation nécessitant beaucoup d’ingéniosité chez le psychanalyste pour cerner la profondeur réelle de la problématique.

 

On peut pourtant envisager un paradigme différent, et même inverse : le symptôme n’est pas un moyen de dissimulation mais au contraire un moyen de révélation. Il ne manifeste pas forcément un dysfonctionnement, mais peut être le signe d’une pertinence à l’œuvre visant l’accomplissement d’une remédiation ou d’un déploiement. Il ne s’agit là ni d’une simplification, ni d’une tentative de rendre élégante la théorie concernant les symptômes. Il s’agit simplement d’une observation clinique conduisant le plus souvent aux résultats attendus, rapidement et sans déplacements.

 

De ce fait, ce qui appelle la conscience du patient à travers son ou ses symptômes sera identifié en écoutant soigneusement la façon dont ils sont ressentis. Ce qui est éprouvé dans le présent par le patient comporte même souvent des analogies avec ce qu’éprouva jadis celui qu’il était lors du trauma qui engendra le clivage.

 

Pour l’identifier (je ne dis pas le « localiser » car le phénomène n’est pas spatial), le praticien conduira son patient à écouter et décrire avec soin ce qu’il éprouve en émotion ou en somatique. De questions en réponses et de réponses en questions, la précision des ressentis le mène inéluctablement là où sa conscience est attendue.

 

Le praticien qui pose les questions est continuellement en réjouissance potentielle, car, en état de non savoir, il n’attend pas les bonnes réponses… il s’y attend. Chaque nouveau pas est une avancée. Quoi que réponde le patient, le praticien a confiance dans la justesse de ce qui est énoncé. Même une résistance apparente chez celui-ci n’est qu’un réajustement de la trajectoire, venant aider le praticien à gagner en pertinence, en justesse, en proximité.

 

De cette connivence entre le patient et le praticien émerge un cheminement efficient. Il le sera encore plus si le praticien est aussi en connivence avec ce qui appelle la conscience du patient, avant même de savoir de qui il s’agit.

 

Une fois identifié celui qui appelle la conscience du patient au cœur de sa psyché, reste à accomplir le moment thérapeutique proprement dit.

 

  •  Deuxième phase : le moment thérapeutique (reconnaissance et validation)

L’apaisement n’est pas la finalité visée par le praticien. Le praticien vise l’accompagnement de l’accomplissement de ce qui est en cours, c’est à dire l’accomplissement de la remédiation ou du déploiement annoncés implicitement par le symptôme. L’apaisement en est la conséquence mais n’est pas le projet. Le praticien est un facilitateur de l’accomplissement des processus en cours et non un correcteur ou un éliminateur de quoi que ce soit en vue d’une finalité qui serait l’apaisement, car alors celui-ci serait artificiel et conduirait à des déplacements de symptômes.

 

L’apaisement est donc juste une conséquence, dont la survenue nous sera utile dans la phase suivante de vérification, mais pas une finalité. Cet apaisement suit naturellement la phase thérapeutique proprement dite, qui doit être distinguée de l’identification qui, elle, n’est source d’aucun apaisement si on n’y ajoute rien. Une fois identifié(e) celui ou celle qui appelle la conscience du patient au cœur de sa psyché, il faut bien comprendre qu’aucune élaboration cognitive ne sera vraiment thérapeutique. Il ne s’agit pas tant ici de comprendre les faits que de rencontrer celui qui les a vécus. Rien ne sert de réfléchir ou de cogiter, il importe plutôt d’accorder de la reconnaissance à cet Être et de valider ce qu’il a éprouvé.

 

Celui qui appelle la conscience a donc désormais été identifié. Qu’il se situe dans le passé ou le futur, qu’il s’agisse du corps physique ou d’organes, que ces zones soient biographiques, transgénérationnelles ou même des zones transpersonnelles… le mode opératoire sera sensiblement le même : il s’agira d’accomplir une reconnaissance avec considération* de l’Être identifié (parfois plusieurs ensembles), puis une validation de son (leur) éprouvé en termes de nature (quelles sensations ou émotions) et de dimension (à quel point).

 

*Etymologie de « considération » : être ensemble des étoiles en constellation

 

Il se trouve en plus que le patient, grâce à son symptôme, est devenu un expert de cet éprouvé qui n’a jamais été validé. Tout se passe un peu comme s’il avait passé sa vie à porter un étalon de mesure qui, au moment de la retrouvaille, lui servira à mieux valider l’éprouvé de celui qu’il était et qui appelait sa conscience depuis tout ce temps (parfois des décennies… ou même plus en transgénérationnel ou en transpersonnel).

 

La reconnaissance (connivence existentielle) et la validation (dimension de l’éprouvé) ayant été accomplies, l’Être identifié n’est plus mélangé aux circonstances qui s’étaient passées (aussi graves qu’elles aient pu être) et retrouve sa nature existentielle et sa place au cœur de la psyché. Le Soi retrouve ainsi son intégrité, ou a pu accomplir son déploiement (devenir qui il a à être). La phase thérapeutique est accomplie.

 

  •  Troisième phase : vérification

Une fois la première et la deuxième phase accomplies, il reste à attester la réalité de cet accomplissement.

 

Bien sûr, comme pour tout le reste, il ne s’agit que de réalités subjectives. Comprenons bien que « réalité subjective » ne signifie pas « imaginaire ». En effet, même si elle n’est pas objectivable (c’est-à-dire mesurable) elle n’en est pas moins une réalité pour autant, que le patient éprouve de façon tangible.

 

Cette « réalité subjective », désormais éprouvée après la phase thérapeutique, sera abordée à trois endroits distincts, afin de vérifier la justesse de ce qui a été accompli ainsi que son aboutissement suffisant (je dis « suffisant » car il peut y avoir des « bonus » à découvrir ultérieurement).

 

1/Cela sera abordé au niveau du patient lui-même :

 Comment se sent-il par rapport à cet « Être de Soi clivé » qu’il vient de rencontrer et de réhabiliter ? Si le patient peine à répondre, le praticien sera accompagnant avec un QCM (question à choix multiple) ou une question fermée (réponse par oui ou non) : « Est-ce comme tout à l’heure ou bien est-ce différent ? », puis si c’est différent, « C’est différent de quelle manière : plutôt mieux, plutôt moins bien ? » Puis selon la réponse, invitation à la précision : « Mieux de quelle manière ? » afin de boucler la validation de l’accomplissement, ou « Moins bien de quelle manière ? », afin d’ouvrir la nouvelle piste qui attend d’être empruntée.

 

2/La même chose sera réalisée avec l’Être identifié (biographique, transgénérationnel ou transpersonnel) :

 Comment se sent-il après ce que nous venons de faire ? (même accompagnement facilitateur en cas de réponse difficile).

 

3/Puis enfin vérification du symptôme initial :

 La sonnerie de l’alerte appelle-t-elle encore, ou bien n’est-elle plus là, ou bien est-elle là différemment (toujours le même accompagnement facilitateur en cas de besoin) ?

 Dans tous les cas, après un aboutissement, même partiel, il serait incohérent de poursuivre sans le prendre en compte, sans le valider, sans prendre un moment de « contemplation » de ce qui est accompli. Ne serait-ce que comme un pallier pour reprendre son souffle, ou comme un profond moment d’émerveillement face à la pertinence qui s’est réalisée, comme si l’on avait l’opportunité d’un panorama où la Vie s’offre à notre perception subtile.

 

  •  Quatrième phase : honorer le porteur de symptôme

 Lors d’un accompagnement psychothérapeutique, quand l’aboutissement est signifiant, il reste néanmoins une étape souvent nécessaire : honorer le porteur de symptôme. Cette étape n’est pas systématique dans sa mise en œuvre, mais ce qui est systématique à ce sujet, c’est la posture du praticien qui doit en tenir compte.

Cette étape est hélas souvent ignorée dans bien des thérapies. Nous sommes tellement instinctivement et culturellement éduqués dans le sens de se débarrasser des encombrants de la psyché, qu’une fois l’apaisement accompli, il ne vient que rarement à l’idée d’honorer tous ceux que nous avons été et qui ont courageusement entretenu le mémorial (symptôme) afin que rien de ce qui nous constitue ne soit perdu ou abandonné.

 

Une telle persévérance mérite pourtant de la gratitude. Finir une thérapie sans avoir cela à l’esprit laisse une incomplétude. Pire que cela, quand il s’agit de symptômes ou de pathologies dommageables, cela expose à des rechutes. En particulier en cas d’addiction alcoolique, ou à d’autres substances psychotropes.

 

Soit cette gratitude est implicite et cela suffit. Elle s’infuse ainsi depuis une posture du praticien permettant celle du patient. Soit elle est explicitement exprimée comme une invitation active de la part du praticien envers le patient. Il s’agit alors d’une remédiation complémentaire à accomplir : aimer celui que nous étions et qui a porté le symptôme, valider sa laborieuse contribution et lui en témoigner de la reconnaissance, comme ayant pleinement contribué à notre complétude.

 

Thierry Tournebise, extrait de la publication « Honorer le porteur de symptôme », septembre 2019


« Je vous prie (...) d'être patient en face de tout ce qui n'est pas résolu dans votre coeur (...). Ne vivez pour l'instant que vos questions. Peut-être finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. » Rainer Maria Rilke

Art, Brian Kershisnik
Art, Brian Kershisnik

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Bien chaleureusement, Angela Dupraz

Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com


Genève, le 02.08.2025

 

 
 
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