#73 SE RACONTER OU SE RENCONTRER ?
- 4 févr.
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I) L'écoute et la verbalisation ne sont pas tout
Dire est important. Recevoir une écoute aussi. Les occasions de dire à quelqu'un qui soit capable d'entendre avec une attitude neutre et bienveillante est rare dans la vie. C'est la raison d'être des thérapeutes.
Trop souvent, on imagine que la libération vient de la verbalisation et de l'écoute. Or ce qui est libérateur ce n'est pas l'écoute du thérapeute, mais celle que le patient s'accorde à lui-même. Celle du thérapeute joue un rôle important en ce sens où elle encourage le patient à accepter de s'entendre lui-même avec moins de peur.
La verbalisation est la bienvenue pour permettre au thérapeute de guider le patient dans sa recherche, pour l'aider à mieux considérer, mieux percevoir ce qu'il vient d'exprimer... et surtout ce qu'il vient de ressentir. Mais la verbalisation n'est pas libératrice en elle-même. Sauf sur un point : elle permet de clarifier le ressenti en l'exprimant. Mais ce n'est qu'une infime partie de la libération.
Ce qui est vraiment libérateur, c'est la rencontre du patient avec ceux qu'il a été dans son histoire personnelle et avec ceux dont il est issu dans son histoire familiale.
II) Rencontrer et non pas redevenir
De même que nous avions différencié l'accès par la mémoire et celui par le ressenti, dans les accès par le ressenti, nous devons différencier le fait de rencontrer ceux qu'on a été et celui d'accomplir une régression.
La régression n'est pas souhaitable : La régression c'est redevenir celui qu'on a été pour en revivre l'expérience. L'avantage incontestable est d'y exprimer l'émotion de l'époque qui était restée enfermée. Mais cela peut produire des tempêtes émotionnelles qui doivent être canalisées par un thérapeute compétent. D'autre part, revivre l'expérience ne donne pas forcément à celui qu'on a été l'information et l'écoute dont il avait besoin. C'est prendre le risque de replonger dans la blessure sans la guérir. C'est pourquoi le retour sur le passé a quelquefois mauvaise presse.
Rencontrer ceux qu'on a été et ceux dont on est issu : il ne s'agit plus de redevenir mais de rencontrer. Celui que nous sommes aujourd'hui, riche de son expérience et de l'aide du thérapeute, rencontre, écoute, renseigne et aide celui que nous avons été dans la zone blessée de notre vie. Cet apparent dédoublement n'en est pas un. C'est plutôt sortir d'une fusion. Celui que nous avons été n'est pas celui que nous sommes, pas plus que notre jambe ou notre main n'est semblable à notre tête... même si le lien entre les deux est évident ! C'est sortir de l’illusion que nous ne sommes qu'une tête. C'est accomplir une différenciation permettant de rencontrer les autres parties de sa structure psychique. Cette différenciation et cette rencontre permettent de libérer les charges enkystées de façon profonde et durable sans en subir la douleur.
Échange de ressources entre le présent et le passé : Celui que nous sommes souffre généralement de manque de parts de soi mises de côté pour raison de situations ingérables. A l'époque, les ressources du moment n'ont pas permis à cette part de soi de surmonter la situation.
En attendant les réhabilitations, le présent se joue malgré les manques du passé. Habités par de nombreux vides dans notre histoire personnelle ou familiale, nous rencontrons de nombreuses circonstances présentes nous offrant de retrouver ceux que nous avons été ou ceux dont nous sommes issus. Pourtant, comme ces circonstances ravivent les vieilles blessures, elles semblent ennemies. Mais elles sont l'opportunité d'une rencontre inconsciemment attendue.
Le présent devient alors une ressource pour le passé : nous sommes portés à nous rapprocher malgré nous de ces circonstances antérieures. Les « morceaux » de notre vie qui nous manquent nous fragilisent, mais comme nous sommes riches de notre expérience actuelle nous pouvons être une ressource pour ceux que nous avons été.
Le passé consolide l'assise du présent : une fois réhabilité, celui que nous avons été ou ceux dont nous sommes issus viennent trouver leur juste place en nous et consolident l'assise de notre structure psychique.
Cet aller-retour entre le passé et le présent est un échange de bons procédés. Celui que nous sommes, riche de son expérience devient une ressource pour celui que nous avons été, qui a son tour, en existant, consolide l'assise de celui que nous sommes aujourd'hui.

« Donnez la parole à la douleur : le chagrin qui ne parle pas murmure au coeur gonflé l'injonction de se briser. » William Shakespeare, Macbeth, coll. "Librio Théâtre", Paris, J'ai lu, 2016
III) Réhabiliter
Trouver et dire ne suffisent pas. La parole est néanmoins libératrice du silence qui, dans la vie de certains, est une immense douleur. Pouvoir dire sans être jugé est extrêmement important. C'est aussi extrêmement rare. Cela explique le bien être qu'on ressent quand on peut dire sa vie à une personne neutre et bienveillante. De plus, en formulant, en se donnant la peine d'exprimer, cela oblige à structurer et à clarifier... tout cela est profondément bénéfique.
C'est bénéfique, mais ça ne libère pas s'il ne s'accomplit quelque chose d'une autre nature. Ce quelque chose en plus peut se faire spontanément ou, le plus souvent, il faut l'accompagner.
Ce quelque chose en plus c'est la réhabilitation. C'est le fait de rencontrer dans le ressenti ces parts de soi localisées pour les accueillir, les entendre, les renseigner, les éclairer, etc... Celui que nous sommes aujourd'hui a compris ? Et bien, il faut également aider celui qu'on était à comprendre aussi.
L'information que nous avons intégrée dans le présent doit être offerte à celui qu'on était et qui ne l'avait pas encore intégrée. Un peu comme un "copier-coller" entre deux zones de texte sur un document, on fait ici un copier-coller" entre le présent et le passé, entre le haut et le bas de la feuille de notre vie.
Cette comparaison commode avec le "copier-coller" ne rend pas compte de la délicatesse et de la nuance de l'opération. Mais il montre bien que si l'information est dans notre conscience présente cela n'implique pas que notre passé en bénéficie.
Le présent peut être une ressource pour le passé qui ainsi offre une base consolidée à celui que nous sommes aujourd'hui.
Les problèmes psychologiques (apparents) du présent ne sont en fait qu'une invitation à écouter et réhabiliter, par la reconnaissance, le vécu de l’Être qui appelle en nous.
De cette rencontre avec ceux qu'on a été et ceux dont on est issu, résulte une affirmation de soi sans ego dans laquelle on se sent plus entier. On y a plus de présence et moins de vulnérabilité. Cela conduit à une nouvelle capacité à rencontrer les autres.
Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Psychothérapie ».
Psychopraticienne et formatrice en Maïeusthésie - psychothérapie intégrative - , praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins en thérapie déléguée en Suisse.
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