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Angela Dupraz

#75 SECRETS DE FAMILLE

  • 7 févr.
  • 7 min de lecture

1-     Le secret de famille : ce qui ne se dit pas... mais se transmet

Un secret de famille, ce n’est pas seulement une information cachée. C’est surtout quelque chose qui n’a pas été symbolisé, digéré, mis en mots. En psycho-généalogie, on parle de ces événements tus — deuils, filiations cachées, violences, faillites, maladies, exclusions — qui continuent pourtant d’agir à travers les générations. La psychanalyste Anne Ancelin Schützenberger, pionnière de la psycho-généalogie, expliquait que « ce que l’on tait à la première génération, la deuxième le porte dans son corps ou dans ses actes ». Le secret devient alors une loyauté invisible, une dette émotionnelle transmise sans mode d’emploi. Les psychanalystes Nicolas Abraham et Maria Torok parlaient, eux, de fantômes psychiques : des secrets non élaborés qui s’installent dans l’inconscient des descendants et se manifestent par des répétitions, des blocages, des angoisses sans cause apparente. Françoise Dolto rappelait une chose essentielle : les enfants sentent tout. Même sans connaître le contenu du secret, ils perçoivent les silences, les tensions, les incohérences. Et ils cherchent, souvent inconsciemment, à leur donner un sens. Un secret de famille n’est donc pas dangereux parce qu’il existe, mais parce qu’il isole, fige, et empêche la parole de circuler. Mettre de la conscience sur ces zones d’ombre, ce n’est pas trahir. C’est souvent libérer.

 

2-     Secret de famille : comment reconnaître qu’il est encore actif dans une lignée ? 

Un secret de famille actif ne se reconnaît pas par ce qui est dit…mais par ce qui se répète, se fige ou fait symptôme.

En psycho-généalogie, certains signes reviennent fréquemment : 1) Des répétitions inexpliquées. Même âge au moment d’un accident, mêmes ruptures, mêmes faillites, mêmes maladies ou mêmes échecs génération après génération. Pour Anne Ancelin Schützenberger, ces répétitions sont souvent le langage d’un événement traumatique non élaboré. 2) Des silences lourds ou des zones floues dans l’histoire familiale. Un grand-parent dont on ne parle jamais. Des dates absentes. Des prénoms évités. Des versions contradictoires. Là où l’histoire devient floue, il y a souvent eu quelque chose de trop douloureux pour être transmis autrement que par le silence. 3) Des émotions disproportionnées ou “sans cause” apparente. Angoisses diffuses, culpabilité chronique, sentiment de ne pas être à sa place, peur de réussir ou d’être heureux. Nicolas Abraham et Maria Torok parlaient de fantômes psychiques : le descendant ressent une émotion qui ne lui appartient pas directement, mais qui cherche à être reconnue. 4) Des rôles assignés très tôt aux enfants. L’enfant “sage”, le réparateur, le sauveur, celui qui ne doit pas faire de vagues. Selon Françoise Dolto, l’enfant capte inconsciemment ce qui ne peut être dit et tente de maintenir l’équilibre familial à sa façon. 5) Une impossibilité à parler de certains sujets. Dès qu’un thème apparaît — argent, sexualité, origine, mort, filiation — la conversation se coupe, devient nerveuse ou humoristique. L’évitement est souvent un indice majeur d’un secret encore vivant. Reconnaître ces signes, ce n’est pas accuser sa famille. C’est commencer à remettre du sens là où il n’y avait que du poids.


3-     Pourquoi les secrets de famille se transmettent, même quand on croit les avoir oubliés ? On pourrait penser qu’un traumatisme disparaît avec le temps. Que lorsqu’il n’est plus raconté, il cesse d’agir. Les recherches actuelles montrent exactement l’inverse. Un exemple concret est issu des recherches sur la Shoah. La psychiatre et neuroscientifique Rachel Yehuda (Mount Sinai School of Medicine) a étudié pendant plusieurs années des survivants de la Shoah et leurs enfants. L’un des cas fréquemment décrits est celui de survivants ayant vécu la déportation, la faim extrême et la peur permanente de la mort. Après la guerre, beaucoup se sont tus, pensant protéger leurs enfants. Pourtant, chez leurs descendants — nés bien après la guerre — les chercheurs ont observé : 

• une hyperréactivité au stress, 

• des troubles anxieux, 

• une vigilance excessive face au danger, alors même qu’ils n’avaient jamais été exposés à un contexte traumatique comparable.

Les analyses biologiques ont mis en évidence des modifications épigénétiques, notamment sur le gène FKBP5, impliqué dans la régulation du cortisol (l’hormone du stress). Les enfants présentaient une régulation du stress altérée, semblable à celle de leurs parents survivants, mais via des mécanismes inversés — signe d’une adaptation transmise. Quand le corps transmet ce que la parole n’a pas pu dire : Ces résultats montrent que le traumatisme ne se transmet pas comme un souvenir conscient, mais comme une empreinte biologique et émotionnelle. Pour Nicolas Abraham et Maria Torok, ce qui n’est pas symbolisé par les parents devient une crypte dans l’inconscient familial : le descendant ressent une angoisse, une peur ou une culpabilité sans en connaître l’origine.. La répétition comme tentative de survie : selon Anne Ancelin Schützenberger, ces transmissions ne sont pas pathologiques en soi : elles sont souvent une tentative inconsciente de lignée pour intégrer un vécu resté en suspens. Dès la petite enfance, le système nerveux se construit dans un climat émotionnel. Un parent porteur d’un traumatisme silencieux transmet malgré lui des signaux de danger, d’hyper-contrôle ou de retrait. Ce que confirment aujourd’hui les neurosciences et l’épigénétique : le silence n’efface pas le trauma. Il le déplace, parfois sur plusieurs générations.


4-     Transmission transgénérationnelle : l’histoire de Marie et Lucas 

Les secrets et traumatismes familiaux ne disparaissent pas toujours avec le temps. Souvent, ils se transmettent silencieusement, influençant nos émotions, nos comportements, et même notre physiologie.

Histoire de Marie : Marie, 35 ans, souffrait d’anxiété chronique et de crises de panique. En thérapie, elle découvre que sa mère a grandi dans une famille marquée par : 

• un grand-père ayant survécu à la guerre, qui gardait le silence sur les violences qu’il avait vécues et sur la faim extrême qu’il avait subie, 

• une grand-mère victime de violences conjugales, qui n’en parlait jamais mais laissait planer tension et peur à la maison. Marie réalise que certaines de ses peurs et son hypervigilance ne viennent pas uniquement de sa propre enfance… Elles sont héritées silencieusement des traumatismes de ses ancêtres, inscrits dans ses réponses émotionnelles et corporelles.

Histoire de Lucas : Lucas, 28 ans, ressentait une peur diffuse et une méfiance constante envers les autres. En explorant son arbre familial, il apprend que :  • son grand-père paternel a été emprisonné injustement et n’a jamais parlé de cette expérience à sa famille,  • sa grand-mère maternelle a perdu un frère à l’adolescence dans un accident familial, un événement entouré de silence et de non-dits dans la famille. Sans le savoir, le cerveau de Lucas avait appris à rester en alerte pour protéger sa famille — un mécanisme transmis de génération en génération, se manifestant par son anxiété et sa méfiance.


Ce que la science montre : 

Épigénétique : des traumatismes non résolus peuvent modifier l’expression des gènes liés au stress, affectant la régulation émotionnelle chez les descendants (Yehuda, Meaney). 

• Neurosciences : le cerveau des descendants peut rester en hypervigilance, reproduisant inconsciemment les stratégies de survie de leurs ancêtres. Conclusion : ces histoires illustrent comment un secret ou un trauma familial peut voyager silencieusement à travers les générations, influençant le corps, le cerveau et la vie quotidienne des descendants.


5-     Se libérer des traumatismes transgénérationnels : 4 étapes concrètes  Après avoir découvert comment les secrets et traumatismes familiaux peuvent se transmettre, la question est : que faire pour ne plus les porter ? Voici un processus concret, inspiré de la psycho-généalogie, de l’épigénétique et des neurosciences, appliqué à l’histoire de Marie et Lucas :

1) Prendre conscience de ce que vous portez. Observez vos peurs, anxiétés, répétitions de schémas. Exemple : Marie se rend compte que son anxiété est liée à la peur non dite de sa mère et de ses grands-parents. Lucas note sa méfiance et son hypervigilance comme des héritages des expériences silencieuses de ses grands-parents. Pourquoi ça aide : la conscience est la première étape pour que le corps et le cerveau puissent apprendre à différencier danger réel et peur héritée.

2) Mettre des mots simples sur l’impact Dire intérieurement ou en thérapie :« Cette peur a une histoire dans ma famille, mais elle ne m’appartient pas entièrement »Pas besoin de tout révéler ni de nommer des responsables. Pourquoi ça aide : la verbalisation active le cortex préfrontal, réduit l’hyperactivation de l’amygdale, et commence à réguler le stress transmis.

3) Séparer ce qui est à vous de ce qui ne l’est pas

La culpabilité ou la peur héritée peut être restituée à la lignée, plutôt que de continuer à peser sur votre vie. Exemple : Marie apprend à reconnaître que son hypervigilance venait de la peur de sa grand-mère et de son grand-père, et non de sa propre enfance. Pourquoi ça aide : les pratiques de régulation émotionnelle et de positionnement psychique peuvent modifier l’expression des gènes liés au stress (épigénétique).

4) Vivre de nouvelles expériences sécurisantes et répétées Créer un environnement stable et sûr : relations fiables, routines apaisantes, moments de détente. Lucas expérimente des interactions sociales régulières où il se sent en sécurité, et progressivement son cerveau apprend à réduire l’alerte permanente. Pourquoi ça aide : neurosciences et épigénétique confirment que le cerveau et le corps sont plastiques : des expériences répétées peuvent reprogrammer la réponse au stress et interrompre la transmission transgénérationnelle.


En résumé : Se libérer ne veut pas dire changer le passé. C’est cesser de porter le trauma, rééduquer son corps et son cerveau, et offrir à soi-même et à la génération suivante un terrain émotionnel plus sûr.


Par Sophie Galoo, praticienne en mémoire cellulaire

 

 Bibliographie :

Anne Ancelin Schützenberger – Aïe mes aïeux ! – Ed. Desclée de Brouwer, 1993

Nicolas Abraham, Maria Torok – L’écorce et le noyau – Ed. Flammarion, 1987


 

 « Il y a un temps où il faut abandonner les vêtements portés qui ont déjà la forme de notre corps et oublier nos chemins qui nous emmènent toujours aux mêmes endroits ; c’est le temps de la traversée et si nous n’osons pas la faire nous resterons pour toujours en marge de nous-mêmes ». Fernando Pessoa

La Maïeusthésie considère avec beaucoup d’attention le fait qu’un symptôme peut pointer vers un ascendant, même lointain, même que l’on n’a pas connu ! Elle met souvent en œuvre des remédiations à ce niveau « inter » ou « trans » générationnel. Cette approche fait partie des thérapies brèves incluant la dimension transgénérationnelle et transpersonnelle. Ce qui s'y trouve en émergence peut être identifié n'importe où et n'importe quand. Pour voir large et ne pas limiter l'investigation, nous dirons avec humour : n'importe où « entre maintenant et l'éternité »… ce qui inclut le transgénérationnel et le transpersonnel... et même des éléments « hors du temporel ».


Thierry Tournebise, Françoise Leclère, Au cœur de la psychothérapie, nouveaux paradigmes et déroulements détaillés d’entretiens, Ed. ESF Sciences Humaines, 2018

 


Psychopraticienne en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins en thérapie déléguée en Suisse. Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 6 personnes).


Bien chaleureusement, Angela Dupraz


Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com

 

 Genève, le 07.02.2026

 

 

 
 
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