#76 PSYCHOPATHOLOGIE
- 21 févr.
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1 - Un regard maïeusthésique sur le mot « sémiologie » : il fait bien ressortir l’idée d’un « propos » que nous adresse le sujet à travers son symptôme. Même si le symptôme n’est pas volontaire, il peut être considéré comme « langage », comme invitation à l’émergence, comme une possibilité de contact (il ne semblerait pas correct ici d’assimiler le symptôme à un signe passif). Cela se trouve confirmé par l’étymologie du mot symptôme lui-même. Il vient du latin symptoma ou du grec sumtôma qui signifie « coïncidence des signes » et dérive du verbe grec sumpiptein « tomber ensemble, survenir en même temps, se rencontrer » et même de la racine latine petere signifiant « chercher à atteindre ». Nous verrons là, soit une simple coïncidence de signes (passive), soit une volonté de chercher à atteindre (active). Ce dernier point est particulièrement évocateur dans l’approche maïeusthésique où l’on considère que le symptôme est un moyen par lequel « une part de l’individu non reconnue » cherche à atteindre « la conscience » pour y être reconnue, réhabilitée, accueillie, afin de restaurer l’intégrité de la psyché. Le symptôme, en Maïeusthésie, est considéré comme l’indice qu’un contact s’est fermé dans la psyché et cherche à se restaurer.
2 - Un regard maïeusthésique sur le mot « étiologie « : qui vient du grec etia « causes » et logia « théorie ». L’idée de traumatisme ayant un impact psychique, ou celle de prédispositions rendant vulnérables à cet impact, sont souvent présentes au niveau de l’étiologie. Le concept fréquent est que le sujet est habité par quelque chose de nuisible dont il doit se défaire, ou qu’il doit corriger, que ce soit lié à un trauma ou à la personnalité.
Des praticiens comme Winnicott (prudence avec l’interprétation), Jaspers (l’esprit est toujours là, même en situation pathologique) ou Rogers (confiance inconditionnelle) ont pointé pourtant à quel point le sujet est présent et qu’il n’y a que lui qui sait. Lacan, comme Winnicott ou Bruner ont souligné le risque de la généralisation, et insisté sur la nécessité de considérer chaque cas comme unique, en étant libre des présupposés, afin de faire du « un par un ».
Ce qui sous-tend la théorie est souvent néanmoins qu’il y a un disfonctionnement à corriger, quelques émotions à libérer ou quelques traumas dont il faut épurer le patient. Le projet thérapeutique est régulièrement cathartique (élimination, purification) ou correctif (nouveaux apprentissages dans les actes ou dans les mécanismes cognitifs). En bref, l’idée est qu’il y a quelque chose qui ne va pas ! C’est aussi le cas du DSM qui, comme nous l’avons vu, se veut a-théorique en remplaçant le terme de « névrose » par « trouble » afin d’éviter d’induire systématiquement une étiologie psychologique et de laisser la possibilité de causes sociologiques ou biologiques. Pourtant le mot « trouble » sous-entend une théorie bien ancrée : celle qu’il y a quelque chose qui ne va pas !
3 - Un regard maïeusthésique sur le mot « pathogénèse » (ou plutôt « sémiogénèse »)
Puisque dans l’exemple précédent la manifestation (symptôme) permettait une réhabilitation, nous peinerons en Maïeusthésie à la nommer « pathologie ». Si bien que le terme de « pathogénèse » n’est pas très adapté non plus. Même si l’on s’occupe de manifestations phobiques (considérées selon d’autres approches comme pathologiques, dites « trouble phobique », ou plus précisément « trouble anxieux phobique » dans le CIM), le mot « pathogénèse » ne convient plus en Maïeusthésie pour nommer le processus qui conduit à la manifestation (en tout cas, pas dans l’exemple cité). En vous priant de bien vouloir m’excuser pour ce néologisme, je parlerai donc de sémiogénèse pour désigner le processus par lequel, partant de la cause (étiologie) on aboutit au symptôme (sémiologie).
Les agents du processus sont deux pulsions ayant deux rôles chacune :
1/ Nous avons d’une part la pulsion de survie dont le premier rôle est de « couper le contact » d’avec la part de soi en souffrance, tant que celle-ci n’est pas intégrable, et dont le second rôle est de compenser le manque (le vide) résultant de cette « coupure ». La pulsion de survie fonctionne sur le mode « énergie » et on pourrait même dire « libidinal ». Dans sa première version (où elle coupe le contact pour « éloigner » une part du Soi), elle peut être comparée à la pulsion de mort de Freud (car elle a pour but de faire « disparaître » une part du Soi en investissant son énergie dans la « répulsion »). Dans sa deuxième version (compensatrice), elle pourrait être comparée à la pulsion de vie de Freud (investissement dans l’attraction). Mais la pulsion de vie de Freud ne correspond pas à la pulsion de vie en Maïeusthésie, car elle fonctionne sur le mode de « l’énergie libidinale de plaisir » où l'on se sert de l'autre (objet), alors que la pulsion de vie en maïeusthésie ne fonctionne pas du tout sur le mode « énergie » manipulatrice, mais sur le mode « existentiel » ouvert. En effet, en Maïeusthésie, nous mettons un soin tout particulier à différencier l’énergie (ergos, travail, faire) et la vie (être) afin d’optimiser la description des processus. L’énergie suppose une dépense de « carburant », alors que la vie suppose un accomplissement spontané (retour à un état). Naturellement les deux jouent un rôle important, mais il ne s’agit pas du même rôle.
2/ Nous avons d’autre part la pulsion de vie, dont le premier rôle est de préserver la part du Soi mise à distance par la pulsion de survie, afin de pouvoir la réhabiliter ultérieurement. Cette sorte de « sauvegarde », dure jusqu’à ce que la maturation psychique en permette la réintégration. Mais au fond, pourquoi réintégrer cette part douloureuse ? Simplement parce que son absence laisse un vide dans la structure psychique, qui s’en trouve ainsi fragilisée dans sa stabilité. Comme une sorte de puzzle dans lequel manquerait une pièce « à sa place » et où le vide disgracieux laissé par une pièce manquante, pousserait à la rechercher pour la mettre à sa juste place. Bien après cette première étape de sauvegarde, quand la psyché a crû en maturité, la pulsion de vie va mettre en route son second rôle, qui consiste à interpeller la conscience par des symptômes. Pareils à des manifestations émanant de la part manquante, ces ressentis vont habiter le sujet et semblent le troubler, le perturber, voir le déséquilibrer ou même l’handicaper. En fait ces symptômes ne viennent que perturber les mécanismes de compensations mis en place par la pulsion de survie, afin de « reprendre contact » avec la part manquante. Dans l’exemple cité plus haut, « la petite fille qu’était la mère » (re)prend contact avec « la femme qu’est devenue sa fille » afin de pouvoir trouver sa place dans la structure psychique de la fille. Vous comprendrez naturellement, dans cet exemple transgénérationnel, qu’il s’agit de « parts du Soi » dans la structure psychique de la fille et qu’il n’est pas nécessaire d’envisager un concept métaphysique pour comprendre que la fille n’est en paix et en complétude que si la mère fait correctement partie de l’édifice de sa psyché. Il est important de noter que la pulsion de vie ne fonctionne pas sur un mode « énergie » et reste disponible même quand il n’y en a plus. C’est ce qui fait que les moments d’effondrement de l’énergie ou de l’intérêt sont souvent propices à sa mise en œuvre, notamment dans certains cas de dépression.
Processus : le processus de sémiogénèse vient du jeu de ces deux pulsions qui nous conduisent à dire que le symptôme ne se produit pas « à cause du traumatisme », mais « spécialement pour » la réhabilitation de la part du Soi, jusque-là mise à l’écart. L’étiologie ne se trouve donc pas dans le traumatisme mais dans la nécessité de retrouver et de réintégrer la part du Soi mise à l’écart, et la sémiognénèse ne consiste pas en un processus pathologique mais en une manifestation de vie qui d’abord protège puis ensuite permet de retrouver.
Face à ce constat, de même que Carl Rogers se considérait comme une sorte d’accoucheur, un patient devient une sorte de « parturiant » en train de mettre au monde une partie de lui-même, jusque-là restée en gestation, et la dénomination de « psychopathologie » ou de « trouble » n’est pas adaptée. C'est pourquoi nous lui préfèrerons le mot plus général de « manifestation ».
Sans exclure cette possibilité, il y a pourtant une autre voie à envisager : le symptôme, quoi qu’extrêmement inconfortable, voire même douloureux ou invalidant, n’est pas forcément l’expression de quelque chose qui ne va pas, mais peut au contraire être l’expression de quelque chose qui va très bien.
L’étiologie est donc ici :
1/ La mise à distance de la part de soi en souffrance (trop douloureuse pour être intégrée sans causer de dommages à la structure complète). Mais du coup la structure psychique (le Soi) est amputée d’une part d’elle-même.
2/ Le besoin de retrouver ultérieurement cette part manquante, quand la structure psychique (le Soi) aura gagné en maturité, afin que celle-ci remplisse le vide, qui jusque là ne pouvait être que compensé, mais jamais comblé.
3/ Les symptômes résultants sont ceux de la compensation (aide à vivre temporaire), puis ceux de l’interpellation par cette part de Soi (aspirant à retrouver sa juste place).

(…) Nous hésitons à parler de psychopathologie en Maïeusthésie, dans ce sens où les symptômes y sont considérés comme une manifestation conduisant à un rééquilibrage dans la structure psychique. Même si nous pouvons y parler avec précision de sémiologie, d’étiologie et de sémiogénèse (mais pas pathogénèse), nous préfèrerons parler de « manifestations » plutôt que de « psychopathologies ».
La question initiale n’y est pas « qu’est-ce qui ne va pas ? » afin de l’éliminer ou de le corriger...
...mais plutôt « en quoi cela nous conduit-il de façon pertinente vers ce qu’il y a de plus important chez l’autre ? » afin d’en accompagner l’accomplissement.
Naturellement, nous trouverons aussi des psychopathologies d’ordre organiques, biologiques, héréditaires, neurologiques, dont il importe que la médecine s’occupe médicalement, et où la psychothérapie (quand elle est nécessaire) ne joue qu’un rôle complémentaire. Pour les autres cas, au contraire, la psychothérapie sera sensée jouer un rôle de premier plan.
Pourtant, en Maïeusthésie, même le mot « psychothérapie » n’est pas tout à fait satisfaisant, puisque le projet n’y est pas de guérir le moindre symptôme. Peut-il s’agir alors de thérapie, et à quoi sert-elle ? Il se trouve que, paradoxalement, alors que le projet n’y est pas de les éradiquer, les symptômes disparaissent après cette réhabilitation des parts de soi (et souvent très rapidement).
Nous avons finalement là une approche dans laquelle rien n’est combattu ni corrigé, mais dans laquelle le praticien accompagne un projet intime déjà en route. L’accompagnement y ressemble à celui d’un obstétricien ou d’une sage-femme : ils ne guérissent pas leur parturiente de sa grossesse (même si on dit maladroitement qu’elle est « tombée enceinte » !), mais ils l’aident à réaliser l’accouchement en train de se produire.
Thierry Tournebise, extrait de la publication : « Psychopathologie, synthèses et ouvertures », avril 2008
« Le monde n'est si meurtrier que parce qu'il est aux mains de gens qui ont commencé par se tuer eux-mêmes, par étrangler en eux toute confiance instinctive, toute liberté donnée de soi à soi. Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne, l'empêchement de vivre, d'aimer. » Christian Bobin, La plus que vive, Ed. Gallimard, 1997
Psychopraticienne en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins en thérapie déléguée en Suisse. Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 6 personnes).
Bien chaleureusement, Angela Dupraz
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Genève, le 21.02.2026


