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Angela Dupraz

#80 STRATEGIE INCONSCIENTE ET PERTINENCE

  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours


 Si la psychologie a énormément évolué, la tendance à chercher l’erreur afin d’y remédier est bien ancrée. Aujourd’hui, la psychothérapie cherche le sens d’une situation avec tout le respect qu’elle sait nécessaire. Mais elle oublie trop souvent de porter son attention sur la quête de réconciliation et sur la pertinence qui l’accompagne. Nous imaginons aussi trop souvent que d’avoir verbalisé la blessure est une fin thérapeutique en soi. Or, l’expérience en consultation montre que l’effet thérapeutique ne tient pas dans la verbalisation, mais dans la réconciliation (si traiter les ruptures par une solution ou une distanciation (détachement) n’est pas juste, nous devons cependant ne pas tomber dans l’excès inverse qui veut absolument aboutir au « pardon ». Le pardon peut induire tant le déni du vécu de la victime, que l’élimination des raisons de l’auteur et anéantir une réhabilitation responsable. La réconciliation est d’une autre nature : elle reconnaît pleinement le vécu de la victime ainsi que les raisons de l’auteur. La gravité de l’acte n’y est pas effacée).Il se trouve seulement qu’il est plus facile d’aboutir à la réconciliation à propos d’une rupture qui a été verbalisée. Pour y parvenir, avec ou sans thérapeute, chacun de nous est le maître d’œuvre d’une stratégie inconsciente. Le mot « stratégie » a deux sens : le premier concerne la guerre et évoque « un plan pour vaincre l’ennemi » ; le second nomme « un plan d’action coordonné en vue de la réalisation d’un projet ». Dans les deux cas, il désigne une action optimisée pour arriver à ses fins.


L’intégration de la douleur

Certaines douleurs antérieures sont si fortes que nous tenons à rester en rupture, pour rester à distance de la souffrance. Nous voulons aussi nous tenir à distance de tout ce qui nous les rappelle. Nous ne sommes plus alors en communication (ouverts), mais seulement en relation (reliés). Ce qui revient à dire que la distance n’est qu’apparente car nous restons attachés à ce que nous avons voulu éviter Qu’est-ce que nous anesthésions au moment de la douleur ? D’abord notre conscience. L’individu que nous sommes est « endormi », mais notre mental et notre corps fonctionnent. Cette anesthésie nous protège de la douleur mais, en contrepartie, altère notre capacité à sentir ce qui se passe et nous fonctionnons alors en pilote automatique. Si la douleur est trop forte, le mental peut même se déconnecter jusqu’à l’évanouissement. Il peut même y avoir une occultation totale du souvenir conscient de ce vécu.


Ajustement de l’état de veille

Lorsque nous rencontrons quelque chose de trop difficile à supporter, d’impossible à accueillir, nous allons progressivement diminuer notre état de veille (ouverture). Et si notre force est insuffisante pour en sortir vainqueur, nous nous abandonnerons dans l’anesthésie afin d’éviter au moins de souffrir.  Nous passons alors de la phase active (exploiter, combattre) à la phase passive (se cacher, se résigner).


Quelques descriptions sommaires de la sortie d’anesthésie


1 – A travers les étapes de fin de vie

D’abord anéantie par le choc de la nouvelle, la personne est dans le déni car elle refuse cette situation. Puis elle perçoit la réalité et se révolte contre l’injustice que cela représente pour elle. Elle va ensuite entrer dans une sorte de négociation avec la vie et avec la mort. Elle va faire « tout ce qu’il faut » pour prolonger son existence au maximum et surtout pour avoir le temps de réaliser tout ce qui lui reste à faire. Cette phase est souvent nommée « marchandage ». Elle est une source ultime de motivation. Vient une phase de dépression emplie de vide et de « à quoi bon ». Lui succède l’acceptation dans laquelle la personne est prête à terminer sa vie (Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre).


2 – A travers une progression de la fuite vers l’assertivité

Eric Schuler reprend les propos de Andrew Salter et Joseph Wolp sur l’assertivité (mot qui définit une attitude d’affirmation de soi dans le respect d’autrui, c’est-à-dire l’état communicant), en nous donnant les quatre attitudes suivantes : la fuite (évitement, déni), la révolte (combat, rejet), la manipulation (séduction, tentatives de profit ou de retourner la situation à son avantage), l’assertivité (affirmation de soi dans le respect d’autrui, attitude réellement communicante).


3 – Description résumée de la stratégie inconsciente

De la lucidité vers l’anesthésie : face aux situations de la vie, nous serons portés à intégrer spontanément notre vécu. Il en résulte une croissance de notre maturité. Mais quand la situation est trop douloureuse, il y aura tentative d’évitement par détournement de notre attention vers des centres d’intérêt. Quand nos projets ne peuvent aboutir, nous évoluons vers la révolte. Notre colère monte contre ces barrières qui nous empêchent de compenser selon nos élans naturels. Nous remarquerons que dans ce sens, l’intérêt est utilisé ici à des fins d’évitement, d’anesthésie, alors que dans la remontée vers la lucidité, il sera utilisé à des fins de motivation, de réanimation. De l’anesthésie vers la lucidité : ce passage à vide joue un rôle très important pour passer d’une situation d’intérêt pour les « choses » à une situation d’attention pour les « êtres ». Si tout se passe bien, nous arrivons, là, à l’intégration de ce qui avait été laissé en suspens, et le processus d’individuation (réalisation de soi) s’accomplit un peu plus.

 

Thierry Tournebise, extrait de l’Art d’être communicant, avec les autres et avec soi-même », Ed. Dangles, 2008, pp. 161-230


 Photo, Daniel Kordan

« Que manque-t-il ? Nous avons un défaut de quoi ? En vérité, nous ne manquons pas de quelque chose, mais de quelqu’un : de nous-mêmes. Ces vides, ces manques, ces défauts, sont un manque de Soi. Ils représentent les zones que nous n’occupons pas, celles pour lesquelles nous ne prenons pas la responsabilité. Cela se produit toutes les fois où nous disons : je n’y suis pour rien, c’est à cause des autres ou de pas de chance.  S’accueillir, c’est venir habiter ce vide. » Thierry Tournebise

 

Psychopraticienne en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins et des psychiatres en thérapie déléguée en Suisse.

Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 6 personnes).


Bien chaleureusement, Angela Dupraz

Genève, le 17.03.2026


Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com

 
 
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