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Angela Dupraz

#81 MIRAGES RELATIONNELS

  • il y a 2 jours
  • 6 min de lecture

Quand nous sommes négatifs, en rupture, en opposition, l’anesthésie altère nos perceptions. Ces altérations provoquent, par la suite, ce que j’appellerai des « mirages relationnels ».

Origine du mirage relationnel

L’origine est une rupture. Rappelons-nous quand nous sommes en rupture nous ne sommes pas communicants, mais nous restons quand même relationnels. Nous sommes reliés. Nous pouvons énoncer ce paradoxe : plus nous sommes en rupture, plus nous sommes attachés ! Si vous avez un doute à ce sujet, remarquez, dans une journée, le temps que nous consacrons à parler de gens que nous apprécions, et comparez-le avec celui que nous consacrons à parler de ceux que nous ne supportons pas. C’est remarquable ! Les principaux sujets de conversation sont souvent à propos des gens avec lesquels nous sommes en rupture. Nous y sommes vraiment attachés ! Précisons cependant qu’il existe deux types de rupture : par répulsion et par fascination.

1.      Ruptures par répulsion

Nous les connaissons bien. Ce sont celles qui se produisent à chaque fois que nous souhaitons éviter ou rejeter quelqu’un. Dans ce cas, ce qui passe inaperçu, c’est l’attachement qui en résulte. Cet attachement est parfaitement exprimé dans le langage habituel : nous avons tendance à être contre les gens que nous jugeons désagréables (« contre » signifiant aussi collé. Nous avons même tendance à leur faire des reproches (re-proche). Quand nous venons de nous quereller, nous disons également que nous nous sommes « accrochés ».

2.      Ruptures par fascination

Ce deuxième type de rupture passe généralement inaperçu car nous nous croyons communicants. Ce type de rupture est par exemple l’admiration. Quand nous admirons quelqu’un, nous ne voyons plus que son personnage, nous perdons de vue l’individu qu’il est. L’idéalisation nous éloigne de lui, qui, bien qu’admiré, se sent finalement seul et non considéré (seule son image est considérée). Il ne s’agit là que d’une situation relationnelle, sans aucun fondement communicationnel. On dira : « je suis ébloui », « je suis emballé », « je suis captivé » (captif) ; c’est fabuleux (substitué à la réalité). Nous voyons combien ces expressions expriment un paradoxe où, bien qu’admiratifs, nous sommes coupés de la réalité, donc en rupture.

3.      Conséquences

Si nous avons une rupture-répulsion, les mirages relationnels qui en résultent engendreront une attitude de fuite, de défense ou d’attaque pour éviter la douleur qui est réactivée. Si nous avons une rupture-fascination, les mirages relationnels qui suivent, produiront en nous une attirance pour profiter du plaisir qui est réactivé. Nous voyons ainsi des personnes victimes d’une rupture-répulsion antérieure être agressives avec d’autres qui ne leur veulent pourtant que du bien. En revanche, nous trouverons des gens ayant eu autrefois une rupture-fascination « tomber dans les bras » de quelqu’un qui, en réalité, les détruit. Ils ne voient pas la destructivité de cette personne car elle ressemble à ce qui les a autrefois fascinés. L’éblouissement antérieur est ainsi réactivé !

4.      Deux paradoxes

Plus nous sommes en rupture, plus nous sommes attachés. Plus nous sommes admiratifs ou passionnés, plus nous sommes en rupture. Dans le premier cas, nous voyons la rupture mais pas l’attachement ; dans le second, nous voyons l’attachement, mais pas la rupture. Dans chaque cas, nous avons rupture et attachement. Cela provoque des mirages relationnels quand des éléments de ces zones non structurées du paysage intérieur sont rappelés par des circonstances ultérieures analogues. L’information y étant globalisée, il n’y a plus de différentiation et l’évènement nouveau sera perçu comme étant « le même » que l’ancien. Cette globalisation conduira à des comportements peu judicieux pour le présent, car inappropriés à la circonstance actuelle, mais judicieux pour rappeler à soi ce que, en nous, nous n’avons pas encore su réhabiliter.

Face à une circonstance vécue douloureusement, cette anesthésie (cette baisse de l’acuité mentale et de la lucidité), est rendue nécessaire par l’importance de l’émotion qui, compte tenu de la surtension qu’elle produit (en douleur ou en plaisir), nous ferait « sauter un fusible ».

5.      Grâce à notre intelligence cachée

Grâce à cette pertinence qui nous habite, nous allons régulièrement nous placer en situation de réactivation, jusqu’à ce que nous soyons capables d’accomplir la réconciliation (ce qui est notre projet profond). Alors pour accélérer ce processus, nous pouvons faire équipe avec cette intelligence cachée plutôt que de nous y opposer. Nous avons tendance à ne pas coopérer car, souvent, nos projets de surface vont à l’encontre de nos projets profonds : en surface, nous faisons tout pour ne pas voir ces ruptures, et en profondeur, nous faisons tout pour les reproduire en vue de la réconciliation !

Faire équipe, c’est se réjouir des réactivations plutôt que de s’en affliger. C’est profiter des ces opportunités pour explorer les zones apparemment incultes de notre paysage intérieur.

Nous oscillons ainsi autour de « se voir » et de « s’accueillir », en nous appuyant sur des réactivations qui apparaissent quand nous rencontrerons ceux qui nous entourent. Nos interlocuteurs participent ainsi à la progression de notre champ de conscience et à l’étendue de notre « venue au monde », qui, jusque-là, n’est que partielle. En effet, les « bouts de soi », avec lesquels nous sommes en rupture, sont restés en attente, en gestation, prêts à saisir l’opportunité d’une réactivation pour paraître. De la même façon, nous participons à la progression de nos interlocuteurs, y compris avec nos maladresses ! En faisant équipe avec ces réactivations, nous gagnons en rapidité.

6.      Pour ne pas subir les mirages relationnels

Il y a deux possibilités pour éviter le mirage relationnel :- soit nous réalisons la réconciliation à laquelle il nous renvoie.- soit nous mettons d’avantage notre attention sur l’individu que sur le personnage !

Ce qui provoque la réactivation, c’est que nous avons trop porté notre attention sur les personnages ou sur les apparences. De ce fait, nous sommes beaucoup plus vulnérables face aux flux d’informations que nous recevons. Quand nous portons notre attention sur l’apparence physique (physionomie, habillement) ou mentale (personnalité, idées), cela entre immédiatement en résonance avec des correspondances, aux mêmes niveaux (physique et mental), chez nous. C’est un peu comme les cordes de deux instruments. Si elles sont accordées sur la même note, il suffit d’en faire vibrer une pour que l’autre entre spontanément en vibration à distance. Quand je reçois l’information (verbale ou non) que m’envoie mon interlocuteur, j’éviterai cette résonnance en ayant l’essentiel de mon attention sur lui en tant qu’individu. Le communicationnel c’est quand nous donnons notre attention à l’individu (ouverture). Le relationnel, c’est quand notre intérêt se porte sur l’information ou sur les problèmes (lien, attachement).Quand notre attention est tournée vers l’individu, ses messages, bien que nous les percevions, restent au second plan. Si, à l’inverse, nous mettons l’essentiel de notre attention sur ses messages, sans avoir conscience de lui, cette résonnance risque de nous affecter. Nous retrouvons ici la base du communicationnel : mettre plus notre attention sur le sujet (individu) que sur l’objet (son propos).

Le message n’est pas négligé, mais il se trouve à sa juste place : il est au service d’une rencontre entre individus !


Vous remarquerez, en communicationnel, que plus vous vous manifestez à votre interlocuteur en tant qu’individu, plus vous acceptez de le considérer, lui aussi, comme un individu en lui donnant votre attention sans condition, et moins vous êtes vulnérable.

La résonance qui peut en résulter au niveau « individu » est toujours confortable, jamais anesthésiante. S’exposer en tant qu’individu ne veut pas dire déballer l’intimité de son paysage intérieur. C’est simplement ne plus se cacher derrière un propos ou un personnage. C’est juste offrir sa présence authentique.


 Photo, Charles Brooks

« Si nous devenons capables de donner notre attention aux autres en tant qu’individus, nous contribuons à leur processus de réconciliation, d’affirmation de soi, d’individuation, sans pour autant nous occuper de leur histoire personnelle, sans nous occuper de leur passé. » Thierry Tournebise

 

Thierry Tournebise, L’Art d’être communicant avec les autres et avec soi-même, Ed. Dangles, 2008, pp. 241-253

 


Psychopraticienne en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins et des psychiatres en thérapie déléguée en Suisse.

Je peux, à la demande, organiser des présentations interactives de la Maïeusthésie près de chez vous si vous avez un lieu d'accueil (min. 6 personnes).


Bien chaleureusement, Angela Dupraz


Genève, le 24.03.2026


Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com

 
 
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