#94 LES FACETTES DU TRAUMATISME - LE MYTHE DE LA NORMALITE
- 27 juin
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Dernière mise à jour : 2 juil.
Le Dr. Gabor Maté, né en 1944 à Budapest (Hongrie) durant l’occupation nazie, est un médecin, psychothérapeute, écrivain, qui, après 20 ans d'expérience en médecine familiale et en soins palliatifs, a travaillé pendant plus d'une décennie dans le quartier Downtown East Side de Vancouver auprès de patients souffrant de toxicomanie et de maladies mentales. Auteur à succès de cinq livres publiés dans près de 40 langues, dont le livre primé In the Realm of Hungry Ghosts: Close Encounters With Addiction, Gabor Maté est un conférencier de renommée internationale très recherché pour son expertise en matière de toxicomanie, de traumatismes, de développement de l'enfant et de la relation entre le stress et la maladie. Pour son travail médical et ses écrits novateurs, il a reçu l'Ordre du Canada, la plus haute distinction civile de son pays, ainsi que le Civic Merit Award de Vancouver. Son dernier livre, The Myth of Normal : Trauma, Illness and Healing in a Toxic Culture (Le mythe de la normalité : Le traumatisme, la maladie et la guérison dans une culture toxique), co-écrit avec son fils Daniel, est un best-seller international. Gabor Maté nous invite à cesser de nous demander « Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? » et à commencer à se poser la question : « Que m'est-il arrivé ? ». Et si ce que nous appelons la « normalité » était en réalité profondément déséquilibré ? Pourquoi y a-t-il tant de souffrances psychologiques et physiques dans les sociétés dites développées ? Et si bon nombre de maladies, angoisses, traumatismes et addictions d'aujourd'hui n'étaient pas des échecs personnels mais des réponses intelligentes à un monde qui nous déconnecte de nous-mêmes ? Comment comprendre les liens profonds entre les traumatismes, le corps, les émotions et le comportement ? Gabor Maté explore une vision radicalement différente de la santé et des êtres humains et nous invite à changer de perspective.
Dans cet ouvrage d'une richesse inouïe, Gabor Maté met en évidence le fait qu'aujourd'hui, la quasi totalité d'entre nous, avons subi des traumas et que ce sont eux qui sont responsables des comportements que nous jugeons trop hâtivement, chez les autres comme chez nous-mêmes.
Mais alors, qu’est-ce qu’un trauma ?
Tout d’abord, le traumatisme, ce n'est pas l'événement malheureux qui vous arrive, mais ce qui se passe en vous à la suite de cet événement.… il peut y avoir des tragédies terribles, comme le décès d’un parent, des violences familiales…. Mais on peut aussi blesser les enfants d’une autre manière, non en leur faisant du mal, mais en les privant de ce dont ils ont besoin.
Est-ce que l’Humanité est blessée par nature ? Nous sommes blessés lorsque des choses se produisent contre notre nature.
Le Dr. Maté précise : « Certains disent qu'ils n'ont pas eu une enfance malheureuse, qu'ils n'ont jamais manqué de rien. Alors, je leur demande simplement ceci : « Enfant, quand vous avez vécu quelque chose de très difficile, douloureux, y avait-il un parent ou un adulte de confiance à qui en parler ? »
Pour ma part, la réponse était évidente : « Non. Personne. »
Ce n'est pas nécessairement la gravité d'un acte qui en fait un trauma, dit Gabor Maté : c'est aussi et surtout le fait d'avoir vécu quelque chose dans l'isolement, sans soutien, d'avoir appris trop tôt qu'il fallait se débrouiller seul, d'avoir pris l'habitude de se déconnecter de multiples façons, quand la réalité est trop douloureuse et qu'on n’a personne pour en parler, pour nous aider à la traverser, la comprendre.
L'abandon n'arrive pas seulement lorsqu'un enfant est laissé physiquement seul, il y a une forme tout aussi dévastatrice : l'abandon émotionnel et psychologique. C'est cette condition dans laquelle l'enfant grandit aux côtés d'une mère qui, malgré sa présence physique, ne reconnaît pas ses besoins d'affection, ne lui offre pas un regard, un geste de tendresse, une reconnaissance authentique.
Selon la perspective de Gabor Maté, le besoin premier de tout être humain est la connexion. Sans connexion, l'enfant ne peut développer un sentiment de sécurité intérieure, ni la conviction qu'il est digne d'amour. Le manque d'attachement n'est pas seulement une blessure émotionnelle, c'est un traumatisme qui façonne l'esprit et affecte le corps, le développement neurologique et psychologique.
L'enfant qui grandit à côté d'une mère émotionnellement indisponible apprend très tôt à lire ces signes, à se percevoir comme un fardeau et la cause du malaise maternel. Au lieu de se sentir accueilli, il se sent coupable de la souffrance maternelle. Comme l'observe Gabor Maté, l'enfant ne cesse pas d'aimer le parent qui le rejette ; plutôt, il arrête de s'aimer lui-même, il se convainc qu'il ne mérite pas d'affection. Cette dynamique intérieure est profondément destructrice, car elle enracine un sentiment de honte et d'insuffisance qui peut accompagner l'individu tout au long de sa vie.
En tant qu'adulte, qui a vécu l'abandon émotionnel, il continue de porter en lui des questions larmoyantes telles que "Ai-je vraiment été aimé ? "
L'absence de tendresse non seulement laisse un vide émotionnel mais se manifeste dans des difficultés relationnelles, de l'anxiété, des addictions diverses ou dans un besoin constant d'approbation extérieure. Gabor Maté souligne combien de formes de souffrance et d'inconfort psychologiques et même physiques sont à l'origine de ces premières blessures, invisibles mais profondément enracinées.
L'abandon affectueux est plus douloureux que l'indifférence parce qu'il ne renie pas seulement la présence, mais communique le mépris, la colère, le dégoût. L'enfant, incapable de distinguer les limites entre lui-même et sa mère, intériorise ces sentiments et les retourne contre lui. Ainsi se forme un cercle vicieux dans lequel l'estime de soi est minée jusqu'à terre et le monde est perçu comme un lieu hostile.
Les mères émotionnellement absentes ne le font pas par choix, mais souvent parce qu'elles ont vécu le même abandon émotionnel, portant des signes non résolus. Comprendre cette dynamique ne justifie pas la douleur infantile, mais permet de briser la chaîne de transmission transgénérationnelle des traumatismes.
Le chemin vers la guérison vient alors de la reconnaissance : nommer la blessure, légitimer la douleur, accueillir l'enfant intérieur privé d'amour. C'est la seule façon possible, en tant qu'adulte, de construire des relations basées non pas sur la peur du rejet, mais sur la confiance qu'une véritable connexion est possible.
Partant de la vie intra-utérine, et des traumas qui commencent souvent dès cette période, Gabor Maté revisite l'accouchement, la petite enfance, l'enfance, l'adolescence, et ainsi de suite, étape par étape, pour parler ensuite des contextes sociaux, professionnels, politiques dans lesquels nous vivons. Sans jamais être accusateur, avec toujours une compassion immense, il brosse le tableau d'une société profondément malade, à tous les étages… au point que la plupart d'entre nous croient cela normal.
Comme le présente la couverture : « Ce livre présente non seulement une vive critique de notre société et de sa tendance à nous pousser à la maladie, mais il nous propose également un chemin vers la guérison. (…) Après plus de quarante ans de pratique en temps que médecin, Gabor Maté remet en question la conception dominante de la « normalité » qui néglige l’impact des traumatismes, du stress, et de la pression découlant de notre mode de vie moderne sur notre corps et notre esprit, au détriment d’une bonne santé. L’auteur déconstruit les grands mythes concernant les origines des maladies en montrant les liens entre les maladies des individus et une société qui peine à être saine d’esprit, afin de mieux offrir une voie vers la santé et la guérison. »
La lecture de ce livre économise en fait celle de dizaines d'autres qui abordent une partie des sujets que le Dr Maté synthétise ici avec une intelligence et une humanité rare. J'y ai retrouvé tant d'auteurs que je connais et ai lus au fil des ans tels que Michel Odent, Jean Liedloff, Peter Levine, Richard Schwarz, Anita Moorjani, Stanislav Grof, Lewis Mehl-Madrona et tant d'autres. Compte tenu du succès énorme de ce livre, il donne une visibilité précieuse à leurs travaux tellement importants.
Un ouvrage à lire et à faire lire très, très largement, car il nous rend meilleurs.
Merci Olivier Clerc.
La lecture de cet ouvrage remarquable que j’ai entre les mains ne me quitte plus… pendant quatre jours… et quatre nuits.
Puis, je tombe sur une capsule d’Anne Ghesquière et son interview de Gabor Maté : » La vérité sur votre enfance, les traumas, la guérison et la mémoire du corps ». En voici un extrait de retranscription :
AG : Comment les traumatismes que vous avez vécu durant votre enfance et votre jeunesse vous ont-ils personnellement façonné et comment ont-ils influencé par la suite l’orientation et le contenu de tout votre travail ?
GM : Et bien, c’est vers la quarantaine que j’ai réalisé que nombre de mes comportements, sentiments et croyances étaient fortement influencés par mon enfance et mes premières expériences de vie. Et j’ai constaté que c’était vrai non seulement pour moi, mais aussi pour tous mes patients. Qu’il s’agisse de maladie mentale, de maladie physique chronique, d’addiction ou de problèmes relationnels, leur fonctionnement est largement conditionné par ce qui leur était arrivé plus tôt dans la vie.
Pour ma part, tout a commencé il y a 82 ans. Au mois de janvier à Budapest en Hongrie. Je suis né de parents juifs 2 mois avant l’occupation nazie de mon pays. J’ai donc passé ma première année bébé auprès d’une mère juive menacée d’extermination dans des conditions terribles. A 11 mois, elle m’a confié à une parfaite inconnue dans la rue pour me sauver la vie. Je ne l’ai pas revue avant 5 ou 6 semaines et cela a vraiment influencé mon estime de moi-même ainsi que ma vision du monde. Mais je ne m’en suis rendu compte que vers la quarantaine. C’est à ce moment-là que j’ai compris à quel point les expériences vécues durant l’enfance sont déterminantes dans notre façon de vivre. Pour vous donner un exemple flagrant, j’étais un médecin très travailleur. On pourrait même dire un médecin accro au travail, il primait sur tout le reste, au point de négliger les besoins de ma famille. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Le message que j’avais reçu très tôt dans la vie est que je n’étais pas désiré … comme une preuve que je n’avais aucune importance. Alors pour prouver mon importance en tant que médecin, j’étais motivé par le désir d’aider l’humanité, de soulager la souffrance et d’atténuer la maladie. Mais inconsciemment, j’essayais aussi de prouver mon importance. C’est donc souvent ce dont nous n’avons pas conscience qui guide nos vies.
AG : Vous dites que ce que notre culture appelle finalement « normal » est souvent profondément malsain et nous conduit à une adaptation, à un stress chronique et à une déconnexion de soi. Quelle est, selon vous, la chose la plus « dangereuse » que nous avons normalisé dans la société occidentale, parfois même sans nous en rendre compte ?
GM : « Normal » signifie « sain » et « naturel », il en est de même pour la tension artérielle. Mais nous commettons l’erreur d’utiliser le mot « normal » dans un autre sens. Il est utilisé pour ce à quoi nous sommes habitués, ce que tout le monde fait, ce qui est courant et beaucoup de choses auxquelles nous sommes habituées ne sont ni saines ni naturelles. En occident, le plus gros problème est ce que nous croyons savoir sur les êtres humains, sur la nature humaine. Beaucoup d’entre eux vous diront que les gens sont égoïstes, individualistes et compétitifs... C’est ça la nature humaine. Mais ce n’est pas la nature humaine, c’est la façon dont la société capitaliste conditionne les gens. Chaque société a sa propre conception de la nature humaine et cela correspond à ce que tout le monde est habitué. Or, il n’y a rien de normal, de sain ni de naturel dans une vision de l’être humain qui est considéré comme agressif, individualiste et compétitif… car au cours de notre évolution, nous étions des êtres sociaux. Nos relations humaines étaient bien plus importantes que notre seule réussite individuelle, je parle d’évolution sur des millions d’années (...).
Merci Anne Ghesquière. Je ne peux m’empêcher de penser à la publication de Thierry Tournebise : « l’A-temporelle réunion », publication #88 sur mon blog, lorsque l’Homo Sapiens prend la parole : « Considérer notre préhistorique époque comme brutale et dépourvue de sensibilité, c’est faire offense à cette source dont vous venez ! … honorer vos racines est essentiel… et nous, dans cette époque archaïque, sommes vos racines ! D’ailleurs, nous ne sont pas les seuls ! Merci par avance de nous inclure dans ce cheminement de la Conscience ! N’oublions pas que l’on a dénombré quatorze espèces d’humains, dont bien sûr Neandertal. Toutes ont contribué à ce que vous soyez ce que vous êtes. Si c’est nous qui avons survécu, ce n’est pas en ayant éliminé les autres. Mais il y avait déjà en nous, et en eux, toute cette humanité, cette considération, ce soin apporté à autrui, cette capacité à vivre en communauté et même à nous soutenir entre communautés. C’était indispensable face à l’environnent. »

Photo, Daniel Kordan
Et, pour compléter la lecture ou la stimuler, regardez le documentaire consacré à Gabor Maté, disponible en VOSTFR sur DailyMotion, "The Wisdom of Trauma". https://dai.ly/x90s0s6
« Le corps se souvient de ce que l’esprit a dû oublier pour survivre. » « Vous ne pouvez pas guérir le passé, mais vous pouvez guérir les effets du passé que vous portez encore en vous. » « L'addiction n'est pas un choix ni une maladie. Elle trouve son origine dans la tentative désespérée d'un être humain de résoudre un problème ; le problème de la douleur émotionnelle, du stress écrasant, de la perte de connexion, de la perte de contrôle, du malaise avec soi-même. En bref, il s'agit d'une tentative désespérée de résoudre le problème de la douleur humaine. » Gabor Maté
Psychopraticienne, mentor et formatrice certifiée en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités d'urgence, de soins intensifs et palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins en thérapie déléguée en Suisse.
Bien chaleureusement, Angela Dupraz
Mobile : +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch - www.angeladupraz.com
Genève, le 27.06.26


