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#98 LES PERSONNES ÂGEES, SUIVRE LE FIL DE LA RAISON

2 sept.
4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 8 heures


 Dans les institutions où on s’occupe de personnes âgées, on a remarqué combien il est important de préserver ou développer leur autonomie. On a aussi remarqué qu’elles sont souvent désorientées et qu’elles se déconnectent du présent. Les personnes âgées donnent même parfois l’impression de perdre la raison.

Alors on essaie de les ramener dans ce présent, de leur rendre de l’autonomie et de les ramener à la raison. Mais ces notions d’autonomie et de désorientation sont souvent mal comprises. Avec beaucoup de générosité, on accomplit alors souvent l’inverse de ce qu’on souhaitait leur apporter.

 

Une femme très âgée, dans le couloir d’une maison de retraite, veut aller ranger son bois avec sa brouette avant d’aller se coucher. Soit la soignante lui rappelle gentiment où elle est et qu’il n’y pas de bois à ranger, soit elle va « ranger le bois avec elle » pour la calmer. Mais il ne s’agit pas de cela. Cette femme de la campagne était battue par son mari quand son travail n’était pas fait. Elle est seulement en train de nous montrer celle qui, en elle, attend qu’on l’aide, qu’on l’aime, qu’on la rassure. Elle nous montre le chemin de sa raison, de son Ariane pure (le fil d’Ariane), de l’amour attendu. Si on range le bois avec elle, on la maintient dans sa douleur car on n’a rien vu de l’essentiel. Si, au contraire, on nie ce bois à ranger, on contribue à lui faire perdre la raison. La solution consiste simplement à lui demander ce que ce bois représente pour elle. Elle nous parle alors de ce qu’elle risque si elle ne le range pas. Mais le funambule est encore vulnérable car, comprenant sa douleur passée, on lui dit : « mais maintenant vous êtes avec nous, vous n’avez plus rien à craindre. »

 

On pense avoir bien fait ! On vient simplement de lui faire abandonner l’Ariane retrouvée. La ramener dans le présent en lui proposant d’oublier, c’est l’amputer de sa vie. Celle qui a souffert autrefois n’a pas besoin qu’on l’oublie, mais qu’on la comprenne et qu’on l’aime ! Ici encore, le funambule vient de tomber et de perdre son fil.

La solution consiste à lui demander de penser à cette femme d’autrefois, battue par son mari, et à imaginer qu’elle en est la confidente bienveillante qu’elle n’a pas eue à l’époque.

Celle qu’elle était ne doit pas être identifiée à ce qu’il faut oublier, mais à un trésor qui attend d’être découvert pour enrichir celui qui le trouvera. A l’instant où cette femme peut donner de l’amour à celle qu’elle était, elle revient spontanément dans le présent car elle a retrouvé sa raison.

 

 GUIDER SUR LE FIL DE LA RAISON

 

 Cela peut paraître trop beau ou un peu trop simple. Mais ça marche tellement bien ! Les solutions n’ont pas toujours besoin d’être compliquées pour être bonnes. Ce qui reste délicat, c’est qu’on a vraiment plus besoin de sensibilité que d’intellect pour accomplir une réhabilitation.

Pour y parvenir, il ne suffit pas d’avoir « compris » et « d’appliquer la technique ». Cela demeurera impossible si ce n’est pas accompagné d’un profond état de respect et de confiance en l’autre. Nous ne devons pas douter qu’il s’agit d’un trésor !

Sinon, cela se verra sur notre visage. Le non verbal qui accompagne nos paroles représente quatre-vingt-dix pour cent de l’information que nous envoyons à l’autre en lui parlant.

 

Le non verbal est-il si important ? Quand par exemple, en maison de retraite, la personne âgée ne veut pas prendre son repas, elle s’entendra peut-être dire « Vous ne voulez pas manger ? Que se passe-t-il ? ». Si le soignant qui pose cette question pense sincèrement que cette personne âgée a une bonne raison et qu’elle va lui révéler quelque chose de précieux, il ne la prononcera pas sur le même ton que s’il pense qu’elle n’a rien compris car elle est démente… même si les mots de la question sont les mêmes, le non verbal sera très différent selon le cas !

 

« Aider ou être thérapeute, ce n’est surtout pas aider quelqu’un à se débarrasser de ce qui le gêne. C’est avant tout être un chercheur de trésor. C’est permettre à autrui d’accéder aux trésors qui sont en lui. C’est ne plus croire aux démons purs leurres. C’est avoir conscience des enjeux de naissance qui s’accomplissent chez celui qu’on aide. »

 

 C’est reconnaître le fil d’Ariane que le patient nous propose et l’aider à l’emprunter pour mieux accéder à lui-même. C’est respecter ses peines et ses résistances. C’est l’aider à sentir plutôt que lui expliquer. C’est l’accepter comme étant celui qui sait. Si le patient est un funambule, le thérapeute doit être son balancier l’aidant à ne pas perdre l’équilibre sur son fil de la raison. Le moins qu’on puisse attendre d’un tel balancier, c’est qu’il ne le déséquilibre pas ! Et de grâce, le thérapeute ne doit jamais inciter à abandonner Ariane une fois celle-ci retrouvée ! Cela reviendrait à sauter dans le vide une fois arrivé à l’autre bout du fil !

 

Thierry Tournebise, L’écoute thérapeutique, cœur et raison en psychothérapie, Ed. ESF Sciences Humaines, 2028

 

 

 

« Avec le patient, on est là pour s’apprendre mutuellement quelque chose. » « L’homme qui devient fou révèle, par sa folie même, une part essentielle de la vérité sur l’homme. » « Ce que je tente d’emblée avec les patients est en gros de saisir, avant tout délire, une cohérence […] on admet que ce hiatus entre nous ne masque pas un chaos mais une cohérence. » Henri Grivois, Parler avec les fous, Ed. Les empêcheurs de penser en rond, 2007

 

 Psychopraticienne, mentor et formatrice certifiée en Maïeusthésie, psychothérapie intégrative et humaniste, et praticienne en Médecine Chinoise & Vietnamienne, je vous accueille au Cabinet Aliotis à Genève ou en visioconférence. J'interviens également dans les hôpitaux, les unités de soins palliatifs, maisons de retraite et établissements médicaux spécialisés. Je collabore étroitement avec des médecins en thérapie déléguée en Suisse.

 

 Bien chaleureusement, Angela Dupraz

 

Mobile :  +41 79 126 57 73 - Mail : angela.dupraz@bluewin.ch  - www.angeladupraz.com

 

 

Genève, le 02.09.2026

 

 

 

 

 
 
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