#8 LES PIEGES DE L'EMPATHIE
- Angela Dupraz

- 15 juil.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 août
L'empathie est prônée par de nombreux spécialistes de l'aide et de la communication. Pourtant, dans le même temps, ces mêmes professionnels de la communication invitent souvent à trouver la bonne distance, à ne pas trop s'impliquer, à ne pas mettre d'affectivité.
Ceci nous donne un ensemble d'informations ambiguës car contradictoires :
Se mettre à la place de l'autre génère forcément de l'affectivité ! Garder ses distances conduit forcément à ne pas comprendre l'autre.
Cela produit des discours maladroits où l'on entend qu'il faut comprendre, écouter, humaniser (car on sent bien qu'il est urgent de progresser sur ce point) mais en même temps qu'il faut ne pas trop s'investir et garder ses distances (car il faut aussi prendre soin de soi, éviter le stress, l'attachement).

L'illusion du miroir
Écouter l'autre pour se mettre à sa place (tout en restant soi-même) est un leurre. Se mettre à la place de l'autre, ne peut permettre de le comprendre.
Cela fait penser à Narcisse qui, voyant son image se refléter dans la fontaine, croit voir une autre personne et en tombe amoureux. Puis, dans sa stupéfaction il en oublie même de boire et meurt de soif devant sa fontaine. Il fut alors transformé en la fleur "Narcisse" dont l'étymologie nous ramène au grec narké qui a donné narcose.
Celui qui s'adonne à l'empathie ne fait que du narcissisme relationnel. Croyant accéder à une compréhension de l'autre, il ne voit que lui-même... et encore ! Il ne voit qu'une image erronée de lui-même. En effet, si plus tard il vit une situation équivalente à celle de son interlocuteur d'aujourd'hui, il vivra une expérience très différente de ce qu'il avait imaginé.
Plutôt s'ouvrir sans se mettre à la place
Se mettre à la place de l'autre est un "jeu" compliqué et dangereux. L'autre s'y sent incompris (ça peut même le rendre agressif... ou déprimé !). Quant à nous, nous croyons l'avoir compris et nous ne saisissons que de l'illusion... ce qui en découlera sera donc inadapté. En plus nous nous chargeons d'un poids qui ne nous appartient pas en tentant de "ressentir" ce que vit l'autre.
Nous pouvons faire beaucoup mieux en nous ouvrant simplement à notre interlocuteur.
Plutôt que de nous mettre à sa place, nous pouvons mettre du soin à l'entendre exprimer ce qu'il ressent, pense, ou vit à la place où il est. En laissant notre imaginaire et nos hypothèses de côté, nous pourrons mieux le comprendre.
Notre imaginaire nous est cependant très utile pour être créatif. Notre capacité à émettre des hypothèses nous est aussi très utile dans la résolution de problèmes... mais à deux conditions : d'une part, avec une rigueur mathématique, nous ne devons pas confondre hypothèses et certitudes... d'autre part avant de conclure, apprenons à lire tout l'énoncé.
Une vraie qualité d'écoute s'opère de façon active. Il serait maladroit d'être passif et de simplement laisser parler. Il est plus efficace d'aider notre interlocuteur à exprimer ce qu'il a à dire grâce à des questions pertinentes, sans conditions de réponse, et non indiscrètes. Ceci amènera la précision et la concision optimale pour le plus grand bonheur de chacun.
« Être touché sans être affecté, rester distinct du patient sans jamais en être distant, tel est cet enjeu d'humanité que propose la psychothérapie. » Thierry Tournebise
Être distinct sans être distant
J'entends souvent des stagiaires se préoccuper de garder la bonne distance (dans le management, dans la conduite de réunions, dans les entretiens individuels, dans l'accueil, dans l'aide et l'accompagnement, dans les soins, dans la prise en charge des personnes âgées, dans la fin de vie, etc...). Que de domaines concernés !
Ceux qui se préoccupent d'humaniser les rapports humains recherchent cette distance optimale un peu comme l'alchimiste recherche la pierre philosophale... ils semblent ne jamais la trouver et ils oscillent seulement entre le trop proche et le trop loin (c'est à dire entre le copinage et l'indifférence).
Ils ne la trouvent pas car le problème de la distance est trop simple pour les esprits compliqués : La bonne distance c'est PAS DE DISTANCE DU TOUT.
Le zéro de la distance produit l'infini de la qualité. Mais "distance zéro" ne signifie surtout pas "se mettre à la place". Car se mettre à la place, c'est aboutir à une sorte de fusion... qui amène la confusion. Si la bonne distance c'est pas de distance du tout, il est par contre fondamental d'être distinct.
Nous mettrons donc un soin tout particulier à ne pas confondre distinct et distant autant qu'à ne pas confondre proche et fusionnel
Être distant, c'est se mettre en rupture (se couper) de son interlocuteur. Il en résulte bien sûr qu'on ne le voit plus.
Se mettre à la place, c'est se mettre en fusion (ne faire qu'un) avec lui. Il en résulte alors qu'il disparaît et qu'on ne le voit pas non plus. Pour voir l'autre, ce qui est important, c'est de s'individualiser. Être pleinement SOI face à quelqu'un à qui on accorde d'être pleinement LUI.
Thierry Tournebise, extrait de la publication « Les pièges de l'empathie », novembre 2000
« Se remettre en cause c'est se remettre aux commandes de sa vie. C'est ne pas croire ce qui est dit parce qu'on nous le dit (même si on prétend nous donner des "preuves"). C'est plutôt confronter ce qu'on sait à l'expérience et en mesurer l'efficacité sans complaisance. » Thierry Tournebise
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Bien chaleureusement, Angela Dupraz
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Genève, le 15.07.25


